Aménagement

A Nice, Innovative City convention réfléchit à la ville intelligente

La 1ère Convention internationale des villes intelligentes et durables, organisée à Nice les 6 et 7 juin, a permis la confrontation d’expériences menées partout dans le monde. La France n’est pas à la traîne.

Le palais des congrès Nice Acropolis a accueilli mercredi 6 et jeudi 7 juin la 1ère Convention internationale des villes intelligentes et durables. La manifestation a rassemblé industriels, opérateurs économiques, décisionnaires locaux et politiques venus du monde entier échanger et confronter les expériences menées en matière d’intégration et de gestion globale des besoins et des fonctions de la ville moderne – mobilité, environnement, énergie, eau, communication,  développement durable, sécurité publique, santé, éducation, qualité de vie – et de la mise en œuvre des infrastructures qui conditionneront l’attractivité d’une métropole ou d’un territoire.

Le président de la Métropole Nice Côte d’Azur, Christian Estrosi, par ailleurs député et maire (UMP) de Nice, a détaillé les qualités de la ville du XXIe siècle « intelligente et durable »  et toujours soucieuse des conséquences sociales du développement urbain net économique. Et de citer notamment en exemple l’Opération d’intérêt national (OIN)  Eco Vallée, une extension de la ville lancée en 2007, (10.000 hectares répartis sur 15 communes le long de la plaine du Var à l’ouest de la ville) dont le récent financement jusqu’en 2026 permettra de faire sortir de terre quatre opérations majeures : un nouveau quartier d’affaires international, un pôle multimodal et un parc des expositions à proximité de l’aéroport ; une technopole urbaine et un éco-campus ; une plateforme agro-alimentaire et horticole ; un éco-quartier à Saint-Martin-du-Var.

 

Urbanisation responsable

Selon Christian Estrosi, quatre priorités structurent le projet : choisir une urbanisation responsable, créer la mobilité de demain, tendre à l’autonomie énergétique, incarner la ville intelligente du futur ou le territoire intelligent du futur. Autant de conditions qui caractérisent, entre autres et partout ailleurs, la cité innovante, celle qui s’inscrit pleinement dans son développement durable en s’articulant autour de réseaux intelligents présents à tous les niveaux, individuels et collectifs.

Dans sa présentation du rapport de la Commission européenne « Les villes de demain. Défis, visions et perspectives » (octobre 2011) , Corinne Hermant-De Callataÿ, administrateur principal de la Commission européenne, Direction générale de la politique régionale, unité Développement urbain et cohésion territoriale, a rappelé que « la ville est un organisme vivant, pas une collection de microprocesseurs » et que « la technologie seule ne nous sauvera pas ». « Le modèle de la ville européenne durable est menacé par la crise économique et la crise sociale, a-t-elle jugée, mais il faut transformer les menaces en chances et changer les gouvernances sans attendre tout d’un modèle unique et reproductible à l’infini puisque chaque situation est singulière. »

Ce constat a été partagé par Moacyr Duarte de Souza, conseiller technique du Centre opérationnel de la ville de Rio de Janeiro. « La plupart des gens vivent aujourd’hui dans des villes stupides, a-t-il regretté. Les rendre intelligentes a un coût. Il est très élevé. La technologie est un business mais la technologie n’est rien sans l’organisation et ne permet pas à construire une ville plus intelligente si elle ne sert pas la cohésion sociale. »

 

Faire plus simple

« Les villes ne pourront plus grandir comme elles ont grandi dans les siècles précédents, a renchéri Vicente Guallart, architecte en chef et directeur de l’habitat urbain de Barcelone. Elles doivent devenir plus efficaces et accepter de changer. Elles ne sont pas éternelles. Elles doivent se remettre en question. Une ville se construit toujours sur une autre ville. Et parfois, elle doit accepter de revenir en arrière. Aujourd’hui, on ne produit plus rien dans les grandes villes. Or, elles doivent redevenir productives. Sinon, aller chercher du pain finira par coûter plus cher en carburant qu’en farine. Les villes doivent aussi devenir rationnelles. A Barcelone, on compte actuellement 100 lignes de bus. Qui peut comprendre la logique d’un tel réseau ? A quoi sert de rajouter un tramway, un métro, des vélos en libre-service et des voitures en auto-partage ? Pour rendre service, il faut toujours faire plus simple. C’est ça, la véritable efficacité. Multiplier les propositions, empiler les couches ne sert pas à grand-chose. Seuls les industriels y trouvent leur compte. »

Vicente Guallart a tancé les politiques, qui, affirme-t-il, s’en remettent trop souvent à la technologie sans définir l’objectif à atteindre : « Les villes ont le devoir de réfléchir à leurs besoins réels. Elles ne doivent pas se comporter en clients mais en partenaires y compris dans la conception des produits qu’elles auront à choisir. » Gilles Rabin, directeur général adjoint chargé du pôle développement de la Métropole Nice Côte d’Azur,  a abondé : « La technologie doit être au service du besoin et le besoin doit être identifié auprès des usagers de la ville, qui ne sont pas uniquement les citoyens ou les habitants. Sans ça, c’est raté. Pour une ville, c’est le service rendu qui compte. La technologie, c’est la réponse de l’industriel à la question posée. Le risque de la décision de mise en œuvre relève, lui, des politiques qui doivent l’assumer. »

 

Risques de fracture

Ce souci du terrain, de la mesure exacte du besoin, de la prise en compte de la réalité a été également formulé par l’Ecossais Stuart Smith, consultant  expert de la ville intelligente, qui a travaillé, entre autres, sur le sujet avec les groupes Bouygues et Vinci, dont les propos sont aussi vifs et décapants que son blog www.smartcitythinking.com . Il s’est inquiété de l’ampleur de certains projets et de la complexité des systèmes mis à disposition des villes. Et, surtout, des risques de fracture… « Je crains que la ville intelligente soit un modèle réservé à ceux qui la comprennent, à une élite, a-t-il lancé. Je redoute aussi qu’elle ne réfléchisse pas assez à ses erreurs, qu’elle oublie de les analyser, qu’elle ne pense pas à échelle humaine. Aujourd’hui, on parle beaucoup de l’open data, de la libération des données et de leur utilisation en temps réel mais les villes sont-elles prêtes à décider en temps réel ? »

 

 

 

 

Focus

La 1ère Convention internationale des villes intelligentes et durables

Pour quoi faire ?

La Convention internationale des villes intelligentes et durables (Innovative city convention) se veut « le lieu de partage de tous les métiers impliqués dans la ville, qui ensemble vont mettre en place de nouveaux modes de travail collaboratifs privés/publics, des solutions pluridisciplinaires et multi-métiers nécessaires aux progrès économiques, sociétaux et environnementaux recherchés par les responsables politiques, les acteurs économiques et les citoyens »

Avec qui ?

Industriels (Veolia, EDF, ERDF, Cofely, GDF Suez, Ineo, Orange, Schneider Electric, Thales, Alstom, Cisco, IBM, etc.), opérateurs économiques, décisionnaires locaux et politiques (Association des maires des grandes villes de France, Commission européenne, Métropole Nice Côte-d’Azur, Lyon, Communauté urbaine du Grand Toulouse, Clermont-Ferrand, Angoulême, Marseille, Besançon, Sophia-Antipolis, Préfecture de police de Paris, Syndicat des eaux d’Ile-de-France, etc.), chercheurs ( Université Paris-Sud,Université des sciences de Tokyo, Pôle de recherche et enseignement supérieur Paris-Ouest, Institut polytechnique de l’Université de New York, Sciences Po Paris, etc.) et représentants des grandes villes internationales (Rio de Janeiro, Barcelone, Dallas, Charlotte, Vigo, etc.)

Comment ?

Une plateforme « market place » regroupant une quarantaine d’exposants venus présenter leurs technologies et solutions de mise en œuvre. Une quinzaine de conférences regroupant des intervenants internationaux pour débattre des enjeux, tirer les enseignements et proposer des pistes de progrès. Des sessions « pitch & démo » pour comprendre les meilleurs pratiques et découvrir des démonstrations, au travers de cinq secteurs clés : énergies, eaux et déchets, vie de la cité, transports, mobilité et intermodalité, bâtiments.

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