Immobilier

A Londres, les immeubles de la City ne sont qu’à moitié britanniques

La City, coeur des affaires à Londres, n’est plus qu’à moitié britannique, car les investisseurs s’arrachent ses immeubles anciens ou futuristes, particulièrement les Allemands qui en possèdent près d’un cinquième, et les Irlandais qui montent en puissance dans tout le pays.

Dans son précédent rapport « A qui appartient la City? », publié en 2001, le groupe immobilier Development Securities indiquait qu’un tiers des bureaux du prestigieux « Square mile » (mile carré, la City) appartenait à des étrangers. Cette proportion est passée à plus de 45% en décembre 2005.
La part des investisseurs allemands est passée de 8% en 2000 à 18%, celle des Etats-Unis de 1,5% à 6,8%, celle des Japonais a reculé de 7,6% à 2,5%, mais les pays du Moyen-Orient et l’Irlande montent, autour de 5% chacun.

Les auteurs, Colin Lizieri et Nina Kutsch, spécialistes du droit immobilier à l’Université de Reading, près de Londres, mettent cette évolution en parallèle avec la mondialisation des marchés: la part des investisseurs étrangers dans les entreprises britanniques cotées en Bourse est passée de moins de 5% en 1981 à 33% en 2004.
Les auteurs soulignent la part de moins en moins importante des propriétaires traditionnels (organisations publiques, associations caritatives, corporations) au profit de sociétés d’investissement visant davantage « les gains à court terme, avec moins de souci du risque ».
Parallèlement, 10% de surface de bureaux reste inoccupée, ce qui n’empêche pas les constructions de continuer, et les acheteurs s’endettent de plus en plus, atteignant actuellement « trois fois le pic d’emprunt qui a précédé le dernier effondrement du marché immobilier », relève l’étude.
Les auteurs ne concluent pas à « un risque imminent » d’effondrement, d’autant que la City repose « sur des marchés financiers solides ». Mais « les risques à long terme sont réels », selon eux, dans les rues de la plus grande place financière européenne.
Les pays investisseurs dans la City se retrouvent dans le reste du pays, la Grande-Bretagne étant un marché immobilier particulièrement florissant.
L’immobilier britannique a suscité en 2005 77 milliards d’euros d’investissement, soit 54% de l’Europe des 15 toute entière, selon le cabinet CB Richard Ellis.
Selon les calculs de DTZ, l’investissement étranger se monte à quelque 18 milliards d’euros.
La présence étrangère sur l’ensemble du pays se caractérise par une très forte présence irlandaise: le petit voisin à forte croissance (4,7% en 2005) y est devenu le premier investisseur immobilier l’an dernier, avec 3,9 milliards d’euros, un niveau similaire à 2004, mais près de trois fois supérieur à celui de 2001-2003, et quadruple de celui de l’an 2000, selon le cabinet spécialisé DTZ.

Le marché irlandais est lui aussi florissant, mais peu liquide, et les professionnels de l’immobilier se tournent ailleurs, relève CB Richard Ellis. Ils ont réalisé 97 transactions au Royaume-Uni en 2005 dont 36 à Londres.
DTZ remarque que les Irlandais ont dépassé en 2005 les Américains (3,8 milliards d’euros), les Allemands (2,9 milliards d’euros), et les Néerlandais, nouveaux venus surprise (1,96 milliard d’euros).
Les investisseurs moyen-orientaux ont poursuivi leur recentrage des Etats-Unis vers Londres, y doublant leur investissement immobilier en 2005 à 1,89 milliard d’euros, profitant de la grande tolérance du pays face aux investissements des pays arabes.
Enfin, même si les sommes restent plus modestes, le plus grand bond sur un an est venu en 2005 d’Extrême-Orient avec 900 millions d’euros investis dans l’immobilier britannique (quatre fois plus que l’année précédente), reflétant le retour du Japon et l’émergence de la Chine.
Odile Duperry (AFP)

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X