Réalisations

A Lille, un tribunal peut en cacher un autre

Mots clés : Établissements pénitentiaires et judiciaires - Gouvernement - Jurisprudence

Le garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas était dans le Nord, ce lundi, pour inaugurer les nouveaux locaux du tribunal administratif de Lille. Le ministre en a profité pour annoncer la construction d’un nouveau palais de justice.

C’est une majestueuse bâtisse en briques de 1894 dessinée par le gadzart Alfred Mongy. La Ville de Lille n’avait pas choisi la facilité en décidant de faire du neuf dans du vieux. Le bâtiment a d’abord dû faire l’objet d’un curage complet, qui a nécessité l’évacuation de 900 m3 de gravats. Un chantier encore compliqué par l’étroitesse des rues du quartier, qui ne permettait pas de faire passer des camions ni d’installer une grue. Il a donc fallu faire preuve d’imagination. «Nous avons utilisé des monte-charges ainsi que des chariots fabriqués sur mesure, explique Stéphane Garzino, chef de travaux chez Bouygues Bâtiment Nord-Est. La mise en œuvre du béton s’est effectuée par pompage. Il est rare que nous atteignions un tel niveau d’industrialisation sur de telles réhabilitations.»

Les pratiques de gestion lean ont été adoptées en conception comme en fabrication. Et la numérisation 3D du bâtiment a valu aux opérateurs d’être distingués au palmarès des BIM d’or 2015 (catégorie «Rénovation entre 5 000 et 40 000 m2»), organisés par «Le Moniteur». Sur cette opération, le nuage de points a précisément servi à établir des plans intégrant l’ensemble des contraintes de la rénovation: déformations de plancher, conduits de cheminée, murs hors d’aplomb, etc. La mise à nu de la structure a néanmoins réservé quelques surprises, notamment au niveau des boiseries, dégradées par des attaques de champignons et de xylophages.

L’opération a elle-même fait l’objet d’un montage singulier: la Ville de Lille a signé un bail emphytéotique avec le financeur SNI, lequel a passé un contrat de promotion avec le développeur immobilier Cirmad, maître d’ouvrage, qui a lui-même mandaté Bouygues Bâtiment Nord-Est pour effectuer les travaux, d’un montant de 9,5 millions d’euros HT. Si l’immeuble n’est pas classé au titre des monuments historiques, il est situé dans un périmètre de protection. Tous les choix du clos couvert ont donc été validés par l’architecte des Bâtiments de France. La maîtrise d’œuvre avait, quant à elle, été confiée à l’architecte du patrimoine Etienne Sintive, par ailleurs en charge de la couverture du palais des Beaux-Arts de Lille, après avoir notamment participé à la réhabilitation de la Condition publique, à Roubaix.

 

Soin du détail

 

65 % des joints de façade ont été repris suivant la technique hollandaise. La toiture a été refaite en intégralité avec de l’ardoise naturelle, ainsi que les chéneaux et les décorations côté rue. Les membrons ont été reproduits à l’identique par les Ateliers d’art français, le détail étant poussé jusqu’à la conservation des mitrons de cheminée. Les menuiseries extérieures ont été changées en totalité, le RAL Mars sablé venant se substituer au bois. Seule modification apportée au plan d’origine, un cube vitré fait désormais office d’accueil pour le public.

A l’intérieur du bâtiment, si certaines salles ont conservé leur grande hauteur, la surface de sol a été doublée pour atteindre 4 700 m2 en R+3. Fondations et cages d’ascenseur ont été reprises en sous-œuvre, tandis que 25 tonnes de poutres métalliques ont été rajoutées. Au niveau de l’habillage, les bois d’époque ont été conservés et les corniches en staff renforcées à l’aide de fibre de verre et de résine. Un procédé, également utilisé sur les appuis de poutre bois, qui permet de désétayer au bout de 48 heures. Enfin, trois cages d’escalier ont été créées.

«Au final, l’anticipation nous a fait gagner un mois et demi, souligne Stéphane Garzino. Le chantier a été réalisé en seize mois au lieu des dix-huit prévus.» Quelque 45 entreprises sous-traitantes, pour la plupart de la région, y ont participé, l’opération ayant par ailleurs dépassé les 5 000 heures d’insertion.

 

Focus

Un nouveau palais de justice en 2021

C’est un projet qui était attendu depuis dix ans. Jean-Jacques Urvoas a annoncé la construction d’un nouveau palais de justice d’ici à 2021. Celui-ci regroupera tribunal de grande instance et tribunal d’instance. Un projet à 100 millions d’euros, soit le plus gros investissement immobilier judiciaire en dehors de Paris. Un site d’implantation a d’ores et déjà choisi, à proximité du vieux Lille, à la jonction avec la commune de La Madeleine. Après qu’une étude de faisabilité ait été confiée à la SPL Euralille, un concours d’architecture va désormais être lancé. Le lauréat sera choisi courant 2017 pour un début des travaux en 2019.

 

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