Aménagement

A la recherche du juste éclairage public

Mots clés : Eclairage urbain - Rénovation urbaine

L’éclairage des espaces publics devient un enjeu, sur le plan de la qualité des ambiances urbaines nocturnes mais aussi en terme d’économie d’énergie. Deux approches se distinguent pour parvenir à un éclairage optimisé: la modernisation des installations et la baisse du niveau d’éclairement.

Dépollution lumineuse, diminution des consommations, recyclage des matériels… De plus en plus de collectivités locales inscrivent les économies d’énergie dans les orientations de leurs politiques d’aménagement lumière. Cela ne doit rien au hasard : l’Ademe estime de 20 à 40% le potentiel d’économies réalisables sur les dépenses d’éclairage public. « Aujourd’hui, il ne s’agit plus de multiplier les points lumineux, mais de les équilibrer de façon pertinente », résume Dominique Fourtune, chargé de mission MDE et éclairage public à l’Ademe. L’heure est donc à la maîtrise de la demande d’électricité (MDE), et au « juste éclairage ».

Une notion difficile à cerner
Pour l’Ademe, « Eclairer juste signifie que les élus doivent définir, avec leurs éclairagistes et techniciens, la juste lumière, là où il le faut, quand il le faut, et au meilleur coût » indique l’Ademe dans son « Guide pour l’intégrations de prescriptions énergie-environnement dans les schémas directeurs d’aménagement lumière et les plans lumière » édité en 2005.
Cependant les interprétations sur les moyens à mettre en œuvre pour parvenir à cette « juste lumière » divergent. On trouve ainsi une approche « technicienne » des économies d’énergie, cherchant d’abord à moderniser les parcs existants, indépendamment des opérations d’aménagement. Les interventions sont menées point par point : l’implantation des points lumineux est conservée, à l’exception des situations de sur-éclairement. Le remplacement des sources lumineuses, l’abaissement des hauteurs de feux, le rabattement des flux lumineux vers le sol limitent les déperditions et diminuent les puissances installées.

Baisser le niveau d’éclairement
« Grâce aux évolutions des matériels, il est possible de diminuer considérablement les consommations, d’accroître les durées de vie des équipements, de rallonger les intervalles de maintenance, en augmentant dans la plupart des cas le niveau d’éclairement. Les performances des nouveaux équipements se traduisent en plus par une restitution des couleurs de meilleure qualité », explique ainsi Christophe Montélimard, directeur d’exploitation du contrat de gestion déléguée de l’éclairage public conclu entre la ville de Lille et la société ETDE.

L’autre approche cherche à combiner les apports de ces technologies avec une vision renouvelée du rôle de la lumière dans l’identité urbaine. « Il faut rompre avec la sacro-sainte uniformité de l’éclairement, qui entretient une vision diurne des paysages nocturnes. Les habitants ont tellement pris l’habitude du sur-éclairement que pour eux, être bien éclairé signifie en fait être ébloui. On peut baisser les niveaux d’éclairement, on peut réintroduire la pénombre, créer des alternances et des irrégularités, sans compromettre pour autant la sécurité des lieux », estime Roger Narboni, concepteur lumière. Un discours qui n’est pas toujours compris : dans l’esprit des élus, la sécurité, fonction première de l’éclairage public, est encore étroitement associée au niveau d’éclairement. Les initiatives supposent donc une réelle volonté politique. La ville de Poitiers a ainsi franchi le pas : les économies d’énergies se traduisent par un niveau d’éclairement moyen de 25 lux, au lieu des 35-40 lux que l’on retrouve dans la plupart des agglomérations. De son côté, la ville de Lyon mène actuellement une étude sur 3 sites : une avenue périphérique routière, une rue mêlant voirie et cheminement piétonnier dans le centre-ville, un axe uniquement piétonnier. L’objectif est d’évaluer les économies d’énergie et le ressenti des usagers en baissant le niveau d’éclairement sur certaines sections. Pour compenser ce moindre éclairement, des solutions d’aménagement existent : par exemple l’utilisation de revêtements clairs au lieu d’enrobé sombre permet d’obtenir une luminance équivalente tout en divisant la puissance installée par deux.

Un dispositif incitatif
Autre direction prospectée, l’économie de flux lumineux : « Le sur-éclairement généralisé nuit à la lisibilité des espaces nocturnes: plus on éclaire, moins on voit. Il s’agit au contraire, comme au cinéma, de n’éclairer que certaines surfaces pour donner à la nuit une identité qui lui soit propre, et de moduler l’éclairage en fonction de la fréquentation et des usages des lieux », développe Laurent Fachard, concepteur lumière.
Pour produire tous ses effets, cette nouvelle conception de l’aménagement de la lumière devra convaincre la maîtrise d’ouvrage dans ses nouvelles opérations urbaines. Mais elle pourrait aussi rester à l’état embryonnaire : « Dans la commande publique, la rémunération des concepteurs lumière est indexée sur le montant des travaux d’éclairage, indique Roger Narboni. Il n’y a là aucun encouragement à rechercher des installations économes, bien au contraire! Peut-être serait-il utile, si l’objectif est effectivement de diminuer les consommations, de mettre en place un dispositif incitatif ».

Yannick Nodin

Retrouvez l’enquête complète dans Le Moniteur du 5 mai avec notamment les exemples de Toulouse (quartier d’Empalot), Fontaine (parc d’activités Aéroparc), Talmont-sur-Gironde et Lille.

Focus

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L'éclairage des espaces publics en France


Parc : 8 750 000 lampes, dont 3 300 000 mercure et 4 600 000 sodium
Taux annuel de renouvellement du parc : 3%
Puissance totale installée : 1200 MW, soit l’équivalent d’un réacteur nucléaire de puissance moyenne.
Consommation : 5,35 TWh/an, soit 45% de la consommation totale d’électricité des collectivités locales

Economies de consommation possibles
– 50% par le remplacement des « boules » par des luminaires fonctionnels
– 30% par le remplacement des lampes mercure par des lampes sodium
– 25% par l’installation de réducteurs/variateurs de puissance
– 10% par la mise en place de ballasts électroniques
– 5% par la mise en place de commandes d’allumage plus précises
Sources : Sofres, Ceren, Ademe

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