Transport et infrastructures

A Istanbul, un troisième pont spectaculaire sur le Bosphore signé Virlogeux

Mots clés : Ouvrage d'art

Le président Erdigan inaugure vendredi 25 août un ouvrage, conçu par Michel Virlogeux, battant des records mondiaux et qui vient s’ajouter à sa liste de réalisations spectaculaires dans sa chère ville d’Istanbul.

Recep Tayyip Erdogan aurait probablement préféré une actualité plus souriante pour l’inauguration de l’ouvrage, un des ponts suspendus les plus longs du monde, moins d’une semaine après un attentat qui a fait 54 morts dans le sud-est et un mois et demi après un putsch raté qui n’en finit pas de secouer le pays. « Ce pont met la Turquie au premier plan mondial, c’est le plus spectaculaire construit ces dernières années », a déclaré à l’AFP son concepteur, le Français Michel Virlogeux, qui a entre autres conçu le Viaduc de Millau et le Pont de Normandie.

Le troisième pont sur le Bosphore a une structure hybride – il est à la fois suspendu et haubané – « très originale » puisqu’aucun pont de ce genre n’a été construit dans le monde depuis le 19e siècle et le célèbre pont de Brooklyn. Ce pont jeté entre les rives européenne et asiatique du Bosphore et construit par une joint-venture sud-coréenne (Hyundai et SK) a la plus grande portée du monde, avec 1.408 mètres entre deux pylônes. L’ouvrage, qui comporte deux fois quatre voies pour la circulation et deux voies ferrées, possède aussi un tablier très large: 58,50 mètres.

L’option d’un ouvrage hybride près de l’embouchure de la mer Noire a été choisie en raison de la géométrie du site, des voies ferrées et d’un souci « d’élégance architecturale », explique Michel Virlogeux au sujet de l’ouvrage qu’il a conçu avec l’ingénieur suisse Jean-François Klein. « Le gouvernement turc avait demandé une grande qualité architecturale » et nous avons voulu « que la chaussée autoroutière et le train soient au même niveau », quand généralement les trains sont en dessous et la chaussée au-dessus.

 

« Décongestionner Istanbul »

 

La géologie du site, avec un Bosphore aux rives abruptes, comme un ravin, a rajouté au formidable défi technique et une partie des haubans ont dû être ancrés directement dans le sol. Avec une hauteur de 323 mètres, les pylônes du plus long pont ferroviaire du monde sont moins hauts que ceux du viaduc de Millau mais rivalisent avec la Tour Eiffel (324 m).
D’un coût total de près 900 millions de dollars (798 millions d’euros), le troisième pont du Bosphore est une pièce maîtresse d’un méga-projet autoroutier de 150 km Anatolie-Europe censé décongestionner Istanbul, métropole de 18 millions d’habitants qui suffoque. « Le pont va soulager le trafic (à Istanbul) de 30% et alléger la pression sur les deux autres ponts » du Bosphore, affirme à l’AFP le ministre des Transports Ahmet Arslan.

Mais les détracteurs de ces projets estiment que cela ne fera qu’étendre la métropole tentaculaire vers la mer Noire. Ils soulignent qu’aucune enquête d’impact environnemental n’a été réalisée pour ce pont, dont les autoroutes d’accès vont traverser la forêt de Belgrade, « poumon vert » d’Istanbul. « Il y a des forêts historiques, cela nous fait beaucoup de peine, mais il n’y a pas d’autres choix que cette construction. Il y a beaucoup trop de voitures », explique Cezahir Dogan, Directeur de la rédaction de Radio Trafik.

 

Projets titanesques

 

Comme pour ses autres « projets fous » censés redonner à Istanbul le lustre que cette ville, dont il a été le maire, avait sous l’empire ottoman, Recep Tayyip Erdogan a voulu qu’on aille vite. Très vite. « Je ne connais aucun exemple d’ouvrage conçu et construit en trois ans et demi », souligne Michel Virlogeux. « Il y a eu à la fois une volonté politique du gouvernement turc et une extraordinaire mobilisation des entreprises. »

Le nom du pont, Sultan Yavuz Selim, a fait polémique en Turquie. Le sultan Sélim 1er a persécuté la minorité chiite alévie, qui a ressenti ce choix comme une provocation. « Sans alimenter la polémique, j’aurais préféré qu’on lui donne le nom de Sinan, un des plus grands architectes de tous les temps », confie Michel Virlogeux à propos de ce génie ottoman à qui la Turquie doit notamment la mosquée stambouliote de Süleymaniye.

Parmi les projets titanesques de plus de 40 milliards de dollars du président Erdogan, figurent un troisième aéroport géant à Istanbul et un canal de la mer Noire à la mer de Marmara, parallèle au Bosphore, lui aussi très engorgé par le trafic.

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