Culture

A Bordeaux, Agora laisse le paysage dicter sa loi

Mots clés : Aménagement paysager - Architecture

L’exposition «Paysages augmentés», imaginée par le paysagiste belge Bas Smets a ouvert ses portes aujourd’hui au H14. Elle est le centre névralgique de la biennale d’architecture Agora, à Bordeaux, qui s’achèvera le 24 septembre.

«Quand j’ai visité le bâtiment vide, j’ai été frappé par la différence entre les deux côtés du hangar, raconte Bas Smets, en préambule de la présentation de son exposition, un côté ouvert sur la Garonne et un autre fermé sur la ville; ça ressemble à Bordeaux: le côté minéral et le côté Garonne. Ce bâtiment se prend pour un paysage». C’est à partir de là qu’a germé sa réflexion sur la scénographie de l’exposition. Au rez-de-chaussée, le visiteur suit la Garonne tracée sur le sol et se promène dans une forêt de 300 arbres. «Nous avons créé cette forêt pour renforcer l’identité paysagère, précise le commissaire de l’exposition avec des vallées lumineuses d’un côté et des endroits plus obscurs, intimistes de l’autre.» L’exposition met en lumière le ou les paysages de la Métropole, toujours en lien avec son développement. «La nature n’est pas là pour embellir, mais elle a un rôle et on doit faire avec», insiste Bas Smets. Pour Michèle Laruë-Charlus, directrice de l’aménagement de la Métropole, cette exposition est une illustration du projet métropolitain 55 000 hectares pour la nature (lire encadré ci-dessous).

 

La métropole sous un angle nouveau

 

Le parcours incite le visiteur à voir la métropole sous différents angles: la diversité de ses paysages, à travers l’exposition photos «C’est juste à côté» de Vincent Monthiers sur les territoires traversés par le futur BHNS entre Saint-Aubin-de-Médoc et la gare Saint-Jean; des cartographies sur son territoire; des films sur le projet de Caudéran, Bordeaux et ses paysagistes, etc. Mais aussi des maquettes qui illustrent la réflexion des étudiants de l’EnsapBx sur l’habitat en zone inondable ou sur la création d’une ferme urbaine à Bouliac; et les grands projets de la Métropole (Arena, Brazza, etc.). A l’étage, Bas Smets a créé deux salles de cinéma pour y projeter Homo Urbanus, cinq films réalisés par Ila Bêka et Louise Lemoine sur le lien entre le territoire, l’habitant et le climat à Saint-Petersbourg, Bogota, Naples, Rabat et Séoul. Cinq films diffusés en même temps dans une salle à la forme pentagonale. Même concept à côté avec cinq films réalisés par Christian Barani et Bas Smets «A la recherche de la résilience du territoire» ou comment cinq villes – Bordeaux, Hong Kong, Bruxelles, Singapour et Hyderabad (Inde) – s’adaptent à leur paysage et «l’augmente».

 

Bordeaux a l’art d’amplifier son paysage

 

Cette notion de «Paysages augmentés», titre de l’exposition, est, selon Bas Smets, présente à Bordeaux. Dans les esprits d’abord, «c’est la première fois qu’un paysagiste est commissaire à une biennale d’architecture», relève Bas Smets. Dans la ville ensuite, «le parc aux Angéliques de Michel Desvigne, rive droite, est un prolongement de la Garonne, on amplifie ce qui existe». Même démarche du paysagiste Michel Corajoud — décédé en 2014 — qui avait réalisé le réaménagement des quais. «On voit que c’est un paysagiste qui a fait les quais, note Bas Smets, avec le choix des essences qui créent des endroits intimes avec de l’ombre sur ces larges quais, notamment.» Avec le projet d’aménagement de la Brazzaligne — ancienne ligne de chemin de fer qui traverse le futur quartier Brazza — sur la rive droite de Bordeaux, Bas Smets a l’intention de mettre cette notion de paysage augmentée en pratique, avec la plantation des 300 arbres de l’exposition et de le faire évoluer. «La brazzaligne était une digue, puis une ligne de chemin de fer, elle deviendra une promenade, une forêt… Au lieu d’imposer un schéma, on rationalise le territoire.»

 

Tout le programme sur www.agorabordeaux.fr

 

Focus

55 000 hectares pour la nature

L’initiative de Bordeaux Métropole «55 OOO hectares pour la nature», pendant à la démarche 5O OOO logements autour des axes de transports collectifs, est un concours lancé en 2O12 pour faire réfléchir des équipes pluridisciplinaires en matière d’écologie, de paysage, d’urbanisme, de développement territorial ou d’agronomie sur un projet métropolitain en adéquation avec la nature. Les équipes menées par l’agence TER, le Bureau Bas Smets, Coloco et BeCitizen ont respectivement réfléchi aux thématiques les usages pour les zones humides et inondables, les trames vertes et bleues, les friches et espaces en mutation et la nature comme catalyseur de la ville dense. A travers ses recherches, Bas Smets a découvert le tracé des jalles, canalisées pour lutter contre les inondations. Sur un parcours de 13 km entre la Garonne et la source qui traverse des sites comme le CHU Pellegrin ou le stade Chaban-Delmas, etc. «On pourrait recréer des points de végétation et imaginer une piste cyclable par exemple», indique Bas Smets. «Nous faisons des recherches depuis plusieurs années, maintenant, il faut passer à l’action», estime-t-il en renvoyant la balle dans le camp de la Métropole.

 

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