Culture

50 ans d’architecture portugaise en 50 œuvres

Mots clés : Architecture

Siza, Souto de Moura, Aires Mateus… Les architectes portugais les plus marquants des cinquante dernières années s’exposent d’avril à août à Paris. L’occasion de les interroger sur quelques spécificités architecturales portugaises et françaises.

Jusqu’au 29 août à Paris, la Cité de l’architecture et du patrimoine expose « 50 ans d’architecture portugaise ». Dans une scénographie habilement échafaudée par l’architecte Jean-Benoît Vétillard, le visiteur (re)découvre 50 œuvres majeures signées Fernando Távora (1925-2005), Nuno Teotónio Pereira (1922-2016), Álvaro Siza (1933), Eduardo Souto de Moura (1952) ou encore les frères Manuel (1963) et Francisco (1964) Aires Mateus. Pour le commissaire de l’exposition, Nuno Grande, chacune de ces œuvres illustre cette « façon portugaise de faire de l’architecture », qui consiste à s’approprier histoire, géographie et culture locales avant d’élaborer chaque projet.

Stade, logement, musée, école ou église, ce principe a été appliqué sur l’ensemble du territoire portugais (de Lisbonne à Porto et du Mozambique à Macao) et par-delà ses frontières (Irak, Allemagne, Brésil, Belgique). Deux réalisations en France sont exposées : le théâtre et auditorium de Poitiers (João Luís Carrilho da Graça, architecte, 2000-2007) et le Centre de création contemporaine Olivier-Debré à Tours (Aires Mateus, architectes, 2012-2016). L’architecture portugaise est « pragmatique » pour certains, « réaliste » pour d’autres, « poétique » pour beaucoup.

 

Portugal-France

 

Au cours des 50 dernières années, les architectes portugais sont passés de la dictature à la démocratie, du modernisme au postmodernisme, des colonies à l’Union européenne, du nationalisme à l’universalisme. Au-delà de l’histoire, Álvaro Siza se souvient de l’époque où « l’architecte entretenait une liaison forte avec les maçons » et où « il n’y avait pas de réglementation ». Pour lui : « C’était le paradis ! » Le lauréat du Prizker Prize 1992 regrette à présent que l’architecte soit considéré comme « l’ennemi » sur un chantier, cantonné au rôle de concepteur d’une « image attractive » et dépossédé de certaines missions de maîtrise d’œuvre gérées par des « spécialistes ». « Ça, c’est la mort de l’architecture », assène-t-il.

Son confrère Eduardo Souto de Moura se sent également bridé dans ses projets, notamment français, par des règlementations qui légifèrent de manière excessive l’acte de construire. Il reproche aux normes d’accessibilité de considérer « tout le monde comme handicapé alors que ce n’est pas vrai », diminuant ainsi les espaces à vivre des logements au profit des espaces de circulation. Le lauréat du Prizker Prize 2011 regrette aussi, qu’en France, « l’architecture se dessine avec une calculatrice » : de la surface du bâtiment, à l’épaisseur des murs, en passant par le coût des matériaux.

 

Fraîcheur

Même si leur pays est situé tout au bout de l’Europe, donc « en avance » ou « en retard » d’un temps sur les tendances, les deux Pritzker s’entendent sur le fait que l’architecture portugaise apporte un vent de « fraîcheur ». « Une jeune génération d’architectes portugais s’affirme aujourd’hui et ça nous remplit de joie », confie l’architecte Gonçalo Byrne (1941). « Existe-t-il une spécificité portugaise ? », s’interroge son confrère Alexandre Alves Costa (1939). Non. « La spécificité de l’architecture portugaise, conclut-il, est de ne pas avoir de spécificité ».

 

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