Chantiers

460 experts réunis à Lyon pour échanger sur les impacts des infrastructures de transport sur la biodiversité

Mots clés : Démarche environnementale - Infrastructure de transports

Pour la première fois en France, se tient, depuis le 30 août et jusqu’au 2 septembre, à Lyon, la conférence Infra-Eco-Network-Europe (IENE). Une conférence biannuelle qui réunit, depuis 20 ans maintenant, quelques centaines de scientifiques, autorités publiques et entreprises privées du monde entier avec l’objectif d’améliorer l’intégration environnementale et paysagère des infrastructures de transport.

C’est un événement d’importance, qui passe pourtant quasiment inaperçu auprès des professionnels des infrastructures de transport en France, quelques mois seulement après la COP21 et quelques semaines après la promulgation de la loi sur la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages. Depuis le 30 août et jusqu’au 2 septembre, se tient à Lyon, pour la première fois dans l’Hexagone, une édition de la conférence biannuelle Infra-Eco-Network-Europe (IENE).

Cette année, l’événement, co-organisé par le ministère de l’environnement, de l’énergie et de la mer (MEEM), le Cerema (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement) et la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité (FRB), réunit 460 scientifiques et représentants d’autorités publiques et d’entreprises privées provenant de 43 pays.

Au menu de ces quatre jours : des visites d’opérations « exemplaires », réalisées tant en France qu’en Suisse, et la présentation, via 40 sessions et ateliers, de pas moins de 250 travaux de recherche, concernant, par exemple, l’accidentologie faune-véhicule, la recréation – via notamment de nouveaux outils techniques et technologiques – des connectivités écologiques, la renaturation sous les lignes électriques à haute tension, l’utilité des allées d’arbres dans la préservation de la biodiversité, etc.

 

25 millions de kilomètres de routes supplémentaires dans le monde d’ici 2050


« Les infrastructures de transport ont des effets directs et indirects sur la biodiversité, que l’on songe à leur emprise et à leurs dépendances – en France, leur surface est supérieure aux sept parcs naturels nationaux – mais aussi aux bruits, aux pollutions, à l’introduction d’espèces envahissantes, à l’isolement des populations animales, etc. L’enjeu aujourd’hui est de rétablir les continuités écologiques dans des territoires souvent très anthropisés, et ce à moindre coût, en favorisant la prise de conscience de toutes les parties prenantes et en partageant les bonnes pratiques à l’échelle internationale », indique Yannick Autret, chargé de mission infrastructures, écosystèmes et paysages au MEEM.

Une nécessité – si ce n’est un impératif – lorsque l’on sait que 64 millions de kilomètres de routes ont été construites sur la planète jusqu’à présent, et que 25 millions de kilomètres supplémentaires sont prévus d’ici 2050, dont 90 % dans les pays non-membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

« Cette expansion se fait de façon chaotique et souvent peu planifié, compromettant ainsi les investissements actuels et futurs de conservation de la biodiversité », notent les organisateurs de l’IENE 2016, qui ajoutent : « Les infrastructures linéaires sont essentielles à la réalisation de l’objectif n°9 de développement durable des Nations Unies. » A l’issue de la conférence, sera ainsi présentée « une proposition visant à élaborer des lignes directrices pour de meilleures pratiques mondiales assurant des infrastructures linéaires aussi écosensibles que possible. »

 

L’A89, une autoroute à « haute valeur environnementale »


Ce mardi 30 août, une journée de visites de terrain a été organisée à la veille de l’ouverture officielle de la conférence. Parmi ces dernières, la découverte de quelques opérations d’intégration environnementale de l’A89, réalisées en zones sensibles dans les départements du Rhône et de la Loire, a aiguisé la curiosité de plusieurs spécialistes internationaux.

« Il faut dire que durant la construction de ces 52 kilomètres d’autoroute, entre 2008 et 2013, une importante contestation locale s’est cristallisée, ce qui nous a permis, en définitive, de réaliser un projet à haute valeur environnementale », témoigne Philippe Chavaren, expert domaine nature, paysages et dépendances vertes pour ASF (Autoroutes du Sud de la France, groupe Vinci).

Au programme de la visite : le viaduc du Valletier (100 mètres de long), dont la construction (7 millions d’euros) – non prévue dans le projet initial (1,5 milliard d’euros) – permet de préserver le milieu de la désormais fameuse écrevisse à pattes blanches ; la restauration écologique – via un important ouvrage hydraulique et la replantation de végétaux – de la zone humide du Gand (près de 7 000 m²) ; l’un des deux « chyroptèroducs » de l’A89, un ouvrage expérimental de 40 mètres de long pour 40 tonnes, disposé à 5 mètres du sol, destiné à faciliter le passage des chauves-souris ; ainsi que plusieurs « écoducs », dont la fonction est de permettre les mouvements de populations animales à travers l’infrastructure.

Au final, la visite a permis, entre autres intérêts, de faire la « rencontre » inopinée d’écrevisses à pattes blanches et de grenouilles sonneurs à ventre jaune. Preuve que, si elles ne sont pas la panacée, les mesures d’intégration environnementale des infrastructures de transport portent leurs fruits.

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