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2016, la sortie de l’ornière pour le bâtiment

Mots clés :

Bâtiments d’habitation

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Politique du logement

Après huit années de recul, le bâtiment devrait reprendre des couleurs en 2016. La Fédération française du bâtiment (FFB) table sur une hausse de l’activité de 0,9%, principalement portée par le logement neuf. Un pas vers la reprise avant une réelle croissance attendue en 2017.

C’est un ouf de soulagement : le bâtiment va enfin voir la sortie du tunnel en 2016. Et pour la première fois depuis 2008, l’investissement dans le logement s’avèrerait un accélérateur de croissance. Une note d’optimisme qui pointait lors du point de conjoncture organisé par la FFB le 16 décembre, alors que l’année qui s’achève n’a pas fait exception par rapport aux années précédentes, marquées par une baisse continue de l’activité.

2015 se solde en effet par un nouveau recul de 3% en volume, plus important que celui que la fédération prévoyait en mars (-1,5%), en raison du rendez-vous manqué de la rénovation énergétique ; secteur pour lequel la FFB espérait une belle progression, mais qui, avec une quasi stagnation (-0,2%), reste un marché atone. Effet direct de cette année de repli, l’emploi lui aussi chute avec la perte de 30 000 postes, y compris intérim et équivalent-emplois à temps plein. Les entreprises du bâtiment sortent épuisées de cette dégradation d’activité, notamment au niveau des trésoreries, ce qui fragilise l’appareil de production. Pour autant, la FFB observe une certaine résistance des entreprises à travers la quasi stabilisation des défaillances (-0,6%, soit en moyenne 1 337 défaillances mensuelles) et le recul contenu des créations, hors auto-entrepreneurs (-4%, soit en moyenne 3 637 créations/mois). « Une résistance qui s’opère alors que les prix se maintiennent à des niveaux très bas et que les délais de paiement clients restent trop longs, malgré une amélioration en fin d’année », constate l’organisation professionnelle. Voilà résumée la situation en 2015, que l’on a vite envie d’oublier, mais tournons la page, car l’année 2016 s’annonce sous de meilleurs auspices.

 

Le logement neuf tirera l’activité

 

La FFB envisage en 2016 une reprise de l’activité de 0,9% en volume. Certes, ce n’est pas une très forte croissance, mais  au regard des années antérieures, « il s’agit de l’amorce d’une reprise », indique Jacques Chanut, son président. Cette hausse sera principalement tirée par le logement neuf. Compte tenu des délais de production et d’une nette augmentation des mises en chantier (+10 %), l’activité progressera de 5,5 % en volume. « Il faut remonter à 2011 pour retrouver trace d’une hausse sur ce marché », constate la FFB.

Par segment de marché, l’individuel, du fait d’une plus forte progression des mises en chantier (+ 13,4 %, contre + 7,3 % en collectif) et de délais de production plus courts, affichera une hausse de 9,3 % en volume, contre + 1,1 % pour le collectif. Concernant les mises en chantier, près de 380 000 logements seront lancés en 2016, soit une hausse d’environ 35 000 unités, en lien avec l’augmentation des permis (+ 13,6 %). Au rang des facteurs qui expliquent ce redémarrage : la reprise des ventes, les conditions de crédit à taux bas, l’amélioration du moral des ménages qui renoue avec les niveaux observés avant la crise de 2008. Mais surtout le renforcement du PTZ à partir de janvier 2016 qui « aura un impact très fort, estime Jacques Chanut, en permettant à quelque 35-40 000 ménages supplémentaires d’accéder à la propriété dans le neuf. Nous avons beaucoup d’espoir dans ce dispositif simple et présent sur l’ensemble du territoire. Il faut vite le faire connaître ».

En non-résidentiel neuf, l’activité reculera encore de 5,3% en 2016, en lien avec une nouvelle baisse des surfaces mises en chantier, hors bâtiments agricoles. Les locaux industriels et assimilés connaîtront un léger repli (– 1,3 % en volume) et les bureaux, les commerces et les bâtiments administratifs, une baisse plus marquée (respectivement – 4,8 %, – 5,6 % et – 8,5 %). L’amélioration prévue des permis au regard de l’évolution de la situation macroéconomique, et notamment de l’investissement des entreprises n’infléchira positivement les mises en chantier qu’au second semestre, au mieux.

 

Rénovation énergétique : la dynamique se fait attendre

 

L’activité entretien-amélioration n’enregistrera qu’une très légère hausse de 0,4% en volume : +1% dans le logement et – 0,5% dans le non-résidentiel. Une hypothèse de +1% dans le logement que la FFB admet volontairement prudente, car les prévisions sur ce secteur, tablant sur la rénovation énergétique, ont été trop optimistes ces deux dernières années. Et c’est bien là que le bât blesse. « Les mesures en faveur de la rénovation énergétique sont bonnes, le CITE et le taux de TVA à 5,5% sont des outils fiscaux forts, mais cela n’accroche pas, reconnaît Jacques Chanut. On pense que le prix de l’énergie trop faible n’incite pas à faire des travaux énergétiques et que le problème réside dans leur financement par les ménages. Cependant, il y a un devoir de communication à faire ».

 

Une activité 2016 de +0,9% qui pourrait se transformer en +1,1%

 

Si la FFB table sur une hausse d’activité de 0,9% en 2016, elle s’interroge sur deux scénarios qui, s’ils s’avéraient, pourraient se traduire par une progression de +1,1% et non de +0,9%. Le premier repose sur la reprise de la commande publique en neuf, à travers un redressement soudain des mises en chantier (+ 18,6% entre août et octobre 2015 vs même période 2014). Dans le cas d’une confirmation de cette dynamique, le recul de l’activité sur ce segment des bâtiments publics serait plus limité, à savoir -4,3% au lieu des -8,5% estimés. Du coup, l’activité du bâtiment progresserait de 1,1%.

La seconde hypothèse concerne l’amélioration-entretien du logement. Si le marché de la rénovation énergétique sortait de sa léthargie en 2016 grâce notamment à l’accord trouvé lors de la COP 21, le secteur de l’amélioration-entretien du logement pourrait enregistre une hausse de +1,5% au lieu du 1% estimé. L’activité du bâtiment afficherait alors une progression de +1,1% et non plus +0,9%, comme annoncé.

 

Reprise de l’emploi : pas avant 2017

 

Compte tenu d’une hypothèse de gains de productivité limités à 1%, les effectifs resteront quasiment stables en 2016. Le redémarrage de l’emploi n’interviendra qu’en 2017, sauf dans les entreprises qui travaillent sur le logement neuf ; ces dernières pourraient recruter dès 2016. La FFB rappelle que « sans reprise d’activité en 2016, le bâtiment perdrait probablement encore 30 000 emplois, comme en 2015 ».

 

Des dossiers sur le feu

 

Si l’horizon pour le bâtiment s’éclaircit, il n’en demeure pas moins que certains sujets restent d’actualité et les inquiétudes demeurent. A commencer par l’apprentissage qui concourt au renouvellement des équipes. « Nous avons perdu quelque 25 000 apprentis au cours des dernières années. La baisse d’activité est bien sûr une des causes de cette baisse. Faire des contrats de deux ans alors que les carnets de commande sont à trois mois, on peut comprendre que les entreprises rechignent. Pour autant, il est nécessaire de lever les contraintes au contrat d’apprentissage, donner plus de souplesse tout en revalorisant son image ».

La pénibilité reste le sujet qui énerve. La FFB rappelle que tous les textes réglementaires ne sont pas encore publiés, notamment celui relatif à la grille d’évaluation des agents chimiques dangereux qui concernent les poussières de bois. Ce dernier imposerait un seuil de 0,2 mg/m3 qui conduirait automatiquement à déclarer la majorité des salariés en situation de pénibilité. « Les entreprises sont très engagées dans la prévention et respectent le seuil de 1 mg/m3, voire 0,5 mg/m3, mais même les machines aspirantes actuellement sur le marché ne permettraient pas d’atteindre 0,2 », tempête la fédération qui ajoute que les textes d’application ne pourront être en aucun cas sources de contentieux.

A l’inverse, concernant la lutte contre le travail détaché, la FFB se dit plutôt satisfaite de l’outil législatif mis en place. Elle a bon espoir que le décret relatif à la carte professionnelle pour tous les intervenants sur chantier (revendication forte de l’organisation professionnelle) soit publié d’ici la fin du 2e trimestre 2016. « Nous notons les efforts de l’administration sur les contrôles des gros chantiers, mais il y a un trou dans la raquette, ce sont les contrôles chez les particuliers, y compris le week-end, insiste Jacques Chanut. Il ne faut pas que la reprise soit cannibalisée par les travailleurs détachés frauduleux ».

Autre sujet qui fait tousser la FFB, l’annonce par Emmanuel Macron de réformer le dispositif de qualifications obligatoires, de rendre certains métiers plus accessibles pour des personnes éloignées de l’emploi et sans diplômes et de professionnaliser les petits travaux d’entretien et notamment du bâtiment (projet de loi «Nouvelles opportunités économiques» (Noé) en préparation). « Le terme « petits travaux » est un sujet glissant. Encore faut-il s’entendre sur la définition. Parle-t-on par exemple des travaux de peinture de volets au rez-de-chaussée, au 1er étage ou encore au 3e ? Ce n’est pas la même chose compte tenu des risques, prévient le président de la FFB. Promouvoir l’expérience acquise et non uniquement les diplômes comme le souhaite le ministre est louable. Nous lui avons rappelé, lors d’un entretien, que l’installation à son compte est possible dans l’artisanat du bâtiment après trois ans d’expérience professionnelle. Alors, oui à desserrer le carcan et à ouvrir le débat, mais non à l’open bar, car on ira tout droit vers des drames de sécurité et des problèmes sociaux ».

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