Paysage

14 grands platanes accostent sur l’île de Caen

Mots clés : Bibliothèques, centres de documentation et de consultation d'archives - Etat et collectivités locales - Manifestations culturelles

Avec l’implantation de 14 platanes de 12 à 13 m de haut le long de la façade de la médiathèque d’agglomération, la pointe de l’île de Caen franchit une étape de sa métamorphose. Deux signatures prestigieuses conjuguent leur talent : Rem Koolhaas pour l’équipement culturel, Michel Desvigne pour l’espace public.

Quatre heures pour planter un arbre : sous la bise qui chasse les nuages neigeux de l’aube, le déchargement du premier sujet se révèle délicat. Au terme d’un voyage de 1 000 km depuis les pépinières Bruns de Brême jusqu’à la capitale normande, le houppier compressé et empaqueté peine à se dégager du semi-remorque, malgré les efforts des gaillards dirigés par Marion Chanon, cheffe de l’agence caennaise de l’entreprise de travaux paysagers Vallois

Quand la désincarcération les récompense enfin, arrive l’instant de grâce : le platane de 35 ans lévite, suspendu à la grue de 35 tonnes. Jusqu’à la fosse d’1,5 m de profondeur, le conducteur coordonne le pilotage de sa machine avec les hommes au sol, armés de sangles, sous les yeux soulagés des représentants de la ville de Caen, de l’agence de paysage Michel Desvigne et des pépinières Bruns.

 

Dimensions exceptionnelles

 

Conformément aux prescriptions du bureau d’études Sol Paysages, l’arbre prend pied dans un mélange terre pierre préparé depuis 15 jours, moins vulnérable aux affaissements que les limons vasards de l’île artificielle. Une partie de la terre extraite servira au calage final du sujet. « Heureusement et malgré les fortes pluies et les grandes marées des dernières semaines, nous avons échappé aux remontées de nappe », se réjouit Marion Chanon.

Jusqu’à l’implantation des arbres, les bâches qui couvrent les fosses contribuent également à prévenir leur submersion. Ce mode opératoire permet de respecter l’absence de tuteurage prescrite par Michel Desvigne, malgré les dimensions exceptionnelles des sujets à manutentionner. « L’offre commerciale dédiée à ce type de travaux ne comprend que des outils sous-dimensionnés, si on tient compte des effets du vent. Cela nous a conduits à tout recalculer », précise Marion Chanon.

 

Essence emblématique

 

Tout au long de la semaine, Vallois prévoit de planter deux grands arbres par jour. Selon la rapidité des opérations, les 19 sujets plus petits trouveront également leur nouvelle implantation dans le même calendrier. Ce temps fort arrive à mi-chemin d’un lot de 250 arbres à planter, dont une centaine réservée à une prochaine phase à la fin 2016. « Déjà présent le long de l’Orne et du canal, le platane conforte un élément de l’identité de Caen. Ce nouvel espace public rendu aux piétons concrétise le concept de bocage urbain développé par Michel Desvigne », se réjouit Sonia de la Provôté, première adjointe chargée de l’urbanisme, de l’habitat et du renouvellement urbain. Le climat normand constitue reste une barrière de protection contre le chancre qui ravage les platanes du midi.

 

Ingénierie intégrée

 

Le bon déroulement du premier test de ce lundi matin récompense une offre originale : « Le bureau d’études intervient en général dans la maîtrise d’œuvre. Sur ce chantier où nous l’avons intégré au groupement dont font également partie les pépinières Bruns, Sol Paysage a garanti notre plan d’assurance qualité », commente Christophe Beaugé, directeur de Vallois.

Prochain défi pour l’entreprise de travaux paysagers : comme sous-traitant de Colas, elle réalisera les couches de surface de l’esplanade située entre le nouveau rideau d’arbres et le quai, soit 10 000 m2. Encore en phase d’études et d’analyse de planches d’essais pour régler les questions mécaniques, esthétiques et hydrauliques liées au drainage et aux joints de fractionnement, cette prestation occasionnera le plus important chantier béton jamais exécuté par l’agence caennaise de Vallois, pour partie en sablé, pour partie en désactivé. « Côté quai, le béton gris blanc s’harmonise avec l’autre rive du bassin Saint-Pierre, tandis qu’autour des arbres, le désactivé prolongera la teinte du pied de la médiathèque », commente Guillaume Leuregans, paysagiste à l’agence Michel Desvigne.

 

Percée sur l’abbaye aux Dames

 

Pour mesurer les étapes déjà franchies dans le cadre de l’opération « Pointe Presqu’île », il suffit d’aller de l’autre côté de la médiathèque en fin de chantier. Comme le prévoyait au début des années 2000 l’urbaniste Philippe Panerai, confirmé 10 ans plus tard par le Hollandais Winny Maas, la première moitié de la grande pelouse plantée en 2015 offre une percée paysagère sur l’abbaye aux Dames, juchée  sur son promontoire au-dessus de l’Orne. Le long de l’eau, les entreprises Marcanterra et Dacquin ont mis en place les pontons et les bancs de chêne dessinés par Inessa Hansh, de l’agence Michel Desvigne. La même designer soulignera l’arrondi de cette extrémité du site par un banc circulaire en béton.

Cette pelouse de deux hectares à vocation récréative reflète la dimension des équipements qui structurent le quartier, en attendant la construction des logements et l’arrivée du tramway en 2019 : témoignage vivant de l’histoire industrielle, la minoterie côtoie le Cargö, scène de musiques actuelles, la maison de la recherche et de l’imagination, la future médiathèque dont l’ouverture publique interviendra en fin d’année, ainsi que le tribunal de Grande Instance ouvert en août dernier devant le nouvel espace vert. Son implantation a motivé le montage d’un projet urbain partenarial (Pup) coordonné par la ville : l’agence publique pour l’immobilier de la justice contribue au financement de l’opération d’aménagement.

 

Des décennies de chantier

 

Alors que vers l’intérieur de l’île, les engins de terrassement et de démolition préparent le terrain pour la seconde moitié de la grande pelouse, l’aboutissement de l’opération Pointe Presqu’île, qui mobilisera 8,4 millions d’euros sur 12,6 hectares dont 6,5 d’espaces publics jusqu’en 2017, amène Caen dans le club des villes à la reconquête de leur friche portuaire.

La Société publique locale d’aménagement Presqu’île prendra le relais de la ville pour les phases suivantes qui intéressent trois communes (Caen, Mondeville et Hérouville) et un total de 300 hectares, soit des perspectives de travaux pour plusieurs décennies.

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