Aménagement

1.100 kilomètres de routes à construire à travers la forêt vierge

Relier l’Atlantique au Pacifique par la jungle amazonienne, c’est le projet titanesque de la route Interocéanique sud, dont le chantier vient d’être inauguré officiellement jeudi.

Les présidents brésilien Luis Inacio Lula da Silva, péruvien Alejandro Toledo et bolivien Eduardo Rodriguez se sont retrouvés jeudi à Puerto Maldonado à 1.000 kms à l’est de Lima, pour lancer officiellement le chantier dont la portion brésilienne a déjà démarré.
« Qui dit qu’une route doit-être rentable ? », s’interroge Michel Portier, maire franco-péruvien de Macusani (à 1.200 kms au sud-est de Lima), une ville de 8.500 habitants perdue à 4.375 mètres d’altitude dans l’Altiplano, qui se trouve sur le tracé de l’Interocéanique.

Sa casquette « Interoceanica » vissée sur la tête, le maire qui est aussi le chef de la province de Carabaya (60.000 habitants, quechuas en grande majorité) – grande comme deux départements français – défend avec vigueur la route des deux océans.
« Il faut développer les provinces pour éviter que les gens n’aillent s’entasser à Lima, notre région est abandonnée par les autorités », estime-t-il.
Pour M. Portier, cette route est un « grand espoir », qui marquera la fin de l’isolement de ces plateaux désolés où l’activité repose sur la laine d’alpaca et la pomme de terre.

Actuellement, une seule piste en terre aux ornières profondes, sans téléphone ni panneaux de signalisation parcourt les 400 kms séparant Juliaca de Puerto Maldonado.
A 20 ou 30 km/h, quelques camions et 4X4 empruntent à leurs risques et périls cette voie étroite, impraticable en saison des pluies. En passant une rivière sans pont, le chauffeur raconte l’histoire de ceux qui furent emportés par les flots.

La portion péruvienne de l’Interocéanique est controversée: le président Toledo a été contesté sur la « rentabilité » de ce « projet pharaonique » qui créera pourtant 72.000 emplois pendant sa construction.

La route devrait avoir des retombées positives pour 5 millions de Péruviens (20% du total) facilitant les échanges et le tourisme pour neuf départements du sud-est, couvrant 32% du territoire.

Les entrepreneurs de BTP brésiliens et péruviens chargés du chantier devront construire 324 ponts dont 22 importants, dans des zones très accidentées.
Dans la région montagneuse de l’Altiplano au nord de Juliaca à presque 5.000 mètres d’altitude, les ouvriers devront remblayer puis goudronner dans le froid glacé avant de plonger brutalement en à peine 80 kilomètres, à seulement 200 mètres d’altitude, en pleine forêt vierge, le long de la rivière San Gaban.

Fruit d’un projet datant des années cinquante, l’Interocéanique, goudronnée et large de 6 mètres, devrait être terminée en quatre ans.
Si les projets de stations-services, d’hôtels et restaurants fleurissent déjà, certains maires redoutent aussi que ce formidable axe routier ne se transforme en autoroute de la drogue.

Gilles BERTIN (AFP)

Focus

Un chantier titanesque



La partie la plus rude pour les hommes du BTP seront les 1.100 kms partant de la ville brésilienne d’Assis (département d’Acre en Amazonie) et de sa jumelle péruvienne Inapari et traversant une forêt vierge spongieuse pour atteindre l’Altiplano péruvien à Macusani (700 km au sud-est de Lima) à plus de 4.000 mètres d’altitude.
Dans l’Amazonie péruvienne, les ouvriers devront s’ouvrir une voie dans la forêt, consolider le sol, bâtir des ponts et des systèmes de drainage. Puis sur l’Altiplano, parfois à près de 5.000 mètres de haut, ces pionniers devront percer les montagnes, dynamiter les roches pour transformer le chemin existant en une route goudronnée de plus de 6 mètres de large.
Ces 1.100 kms de route seront reliés à un réseau routier de 2.400 kms au Pérou qu’il faudra réhabiliter et consolider. Le côté brésilien à partir d’Assis (province d’Acre) est déjà terminé jusqu’à l’Atlantique.

Ce gigantesque chantier dont le coût s’élèvera à 892 millions de dollars nécessitera la construction de 324 ponts dont 22 importants. Environ 72.000 personnes travailleront durant quatre ou cinq ans à la réalisation du projet.
Cinq millions de Péruviens (soit 20% de la population) devraient être concernés, selon les autorités, par l’Interocéanique sud dans neuf départements du sud-est du pays: Madre de Dios, Cuzco, Puno, Moquegua, Arequipa, Ica, Ayacucho, Apurimac et Tacna.
Côté Pacifique, la nouvelle route débouchera par deux axes différents sur les ports péruviens de Ilo et Matarani.

Les principales entreprises de BTP des cinq tronçons prévus sont les brésiliennes Odebrecht, Constructora Andrade Gutierrez, Constructora Queiroz Galvao et Construcoes e Comercio Camargo Correa et les péruviennes Grana y Montero, Ingenieros Civiles y Contratistas Generales. La concession sera de 25 ans.

Toutefois, comme ce projet, qui aura un impact économique et mais aussi social important, ne sera pas rentable rapidement par les péages, l’Etat péruvien s’est engagé à verser aux entreprises concessionnaires 96 millions de dollars par an durant 15 ans.

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