Point de vue
RT 2012 : « les objectifs du Grenelle enterrés par les lobbies électriques ? »
Institut pour la Conception Environnementale du Bâti (ICEB) | 24/12/2009 | 12:48 | Management
L’ Institut pour la Conception Environnementale du Bâti (ICEB), association regroupant une cinquantaine de professionnels de l’architecture, du bâtiment, de l’urbanisme, de la santé et de l’environnement, donne son avis sur les propositions du rapport de l’office parlementaire des choix scientifiques et techniques, visant à établir les modulations de la future norme des 50kWh.
SUR LE MÊME SUJET
- RT 2012 : le secrétaire d'Etat au logement apporte quelques précisions
- RT 2012 : "Le rapport de l'Office Parlementaire d'Évaluation des Choix Scientifiques et Techniques souhaite enterrer les objectifs du Grenelle"
- 50 kWh : détail des modulations proposées autour de ce futur chiffre-clé de la RT 2012
Sollicités pour donner un avis sur les évolutions de la future Réglementation Thermique 2012, les députés Christian Bataille et Claude Birraux viennent de déposer leur rapport à l'office parlementaire des choix scientifiques et techniques de l'Assemblée nationale. Un rapport qui assure la pérénité du tout électrique et qui fait régresser les objectifs du Grenelle.
Sur quelques points, le rapport ne peut que nous satisfaire car il va dans le sens de la performance durable :
- en matière de photovoltaïque, il propose de ne prendre en compte dans le calcul réglementaire que la part de l'énergie produite qui est consommée sur place, ce qui évitera les passoires soi-disant performantes car recouvertes de photovoltaïque.
- en logement, il propose une modulation de l'exigence selon la taille du logement pour prendre en compte le poids grandissant de l'ECS1 dans les consommations
- il reconnaît que la modulation par zones géographiques du niveau BBC2 proposée par Effinergie crée quelques problèmes sur les marges de zones. Il propose d'élever à 70 kWh/m².an l'exigence pour l'Alsace et la Lorraine. Mais qu'en est-il de la Franche Comté qui est traitée comme Lyon, ou du Berry qui a les mêmes exigences que Nantes ...Ne vaudrait-il pas mieux une maille plus fine, départementale par exemple ?
Propositions inspirées par les lobbies électriques
Mais la plupart des propositions du rapport conduiraient à du surplace réglementaire, voire à de graves contre performances énergétiques. Elles traduisent une profonde méconnaissance des solutions passives, et certaines d'entre elles n'apparaissent que comme de grossières propositions inspirées par les lobbies électriques, dans l'esprit d'une des contre-vérités affirmées dans le rapport : " un chauffage par l'électricité en France dissipe trois fois moins de gaz à effet de serre qu'un chauffage par chaudière utilisant de l'énergie fossile" qu'en est il des déchets nucléaires ?
Usages
Les usages réglementés restent limités aux mêmes
5 usages
que ceux de l'actuelle RT 2005, alors qu'on sait que la consommation réelle d'un bâtiment est de l'ordre du double de celle du calcul réglementaire, du fait des consommations « cachées » non couvertes par la réglementation, et qui ne bénéficient, évidemment, d'aucun effort d'économie (éclairage et ventilation des parkings, ascenseurs, éclairage extérieur, bureautique, électroménager ...)
Coefficients d'équivalence en énergie primaire
Le coefficient d'équivalence en énergie primaire de l'électricité reste à 2,58 alors que le rapport fournit luimême un calcul qui conduirait à un coefficient de 2,7 et que, ce même calcul, s'il était physiquement réaliste, conduirait plutôt à 3,2 !
Le coefficient d'équivalence des réseaux de chaleur, quelque soit la part d'énergie renouvelable ou fatale brûlée, reste égal à 1, tout comme celle du bois (ramené à 0,6 par Effinergie). Ce qui pénalise toutes les énergies renouvelables issues de la biomasse et conduit à l'ineptie contre performante consistant à privilégier un poêle bois (à faible rendement et forte émission de polluants de proximité) plutôt qu'un réseau de chaleur bois (sur la chaufferie duquel pertes et émissions peuvent être contrôlées).
Tertiaire
Il renonce à des exigences en valeur absolue de consommation pour le tertiaire, soi-disant trop difficiles à évaluer (comment faisons-nous alors, nous qui concevons des bâtiments tertiaires performants ?). Les bureaux et écoles ne seraient alors plus réglementés que sur l'isolation de l'enveloppe ... et une vague promesse de contrôle des consommations. Qu'en est-il des gouffres énergétiques que constituent la ventilation et la climatisation en bureau, sans parler de certains process (commerces, hospitalier, cuisines ....)
Confort d'été
Quand les rapporteurs se préoccupent du confort d'été, nous nous attendions à lire un plaidoyer en faveur des solutions passives (protections solaires, surventilation nocturne ...). Que non ! La proposition est d'équiper tous les logements d'un système à choisir entre puits canadien, PAC réversible ou autre système de climatisation !!! Quant on connaît le coût et les difficultés du puits canadien pour les grands débits, c'est évidemment une prime à la PAC et à la climatisation.
Plafond de CO2
Enfin, soucieux de « faire barrage aux solutions tout gaz », les rapporteurs préconisent un plafond de CO2, qu'ils évaluent à 5 kg/m².an : plafond d'émission impossible à atteindre en BBC gaz sans ECS solaire, très facile en PAC sans aucun effort sur l'enveloppe et même atteignable en chauffage électrique direct sans ECS solaire !!!. Limiter les émissions de CO2 est une excellente chose, Messieurs Bataille et Birraux la copie est à revoir pour ce qui est des niveaux à fixer et de préserver les objectifs du Grenelle.
5 usages
chauffage, ECS, climatisation, éclairage, ventilation, auxiliaires
Richard | 28/12/2009 - 10:25
Une fois de plus, on voit bien qu'il y a loin de la coupe aux lèvres.… Le lobby nucléaire EDF/AREVA et consorts a infiltré tous les rouages de l'appareil politique, il n'y a même pas besoin d'invoquer la théorie du complot, la paresse d'esprit et le consensus ambiant y suffisent. J'aimerais savoir comment sont choisis les membres et rapporteurs de ces commissions parlementaires qui ont le pouvoir de vider de leur substance toutes les bonnes intentions écologiques hautement proclamées. Quel est leur niveau requis d'(in)compétence, comment prennent-ils en compte les rapports d'experts, quelles sont les justifications que doivent apporter ces "représentants du peuple" à l'appui de leurs propositions ?
Louis | 28/12/2009 - 11:17
Le grand bazar!
Ces 2 fameux objectifs que sont RT2012 et 50kWh/m².an font vraiment polémiquer nos politiciens et scientifiques! En revanche, rien n'est dit sur ce qu'il faut faire maintenant. Quelles solutions proposer aux maître d'ouvrages pour leur permettre de construire aujourd'hui sans trop les pénaliser demain. Pourquoi mettre des objectifs que personnes ne sait atteindre, et pourquoi ne pas avancer par étape. Aujourd'hui l'isolation et l'étanchéité à l'air, demain l'énergie. Comment chauffer autrement qu'à l'électricité lorsqu'il n'y a pas de gaz de ville, et lorsqu'on habite en centre bourg (pas de jardin ni de dégagement suffisant pour les énergies renouvelables). Bref autant de questions concrètes sans réponses.
JEAN-PIERRE | 28/12/2009 - 14:41
tous les mêmes
Ils sortent tous du même moule, ils ont tous appris leurs leçons a la même école, il leur est donc impossible intellectuellement de raisonner autrement que nucléaire électrique. Il ne faut trahir ni les copains d'école ni la main nourricière sous peine de se faire exclure du sérail. Il faut donc partir au combat sans état d'âme contre cette génération de gens instruits certes mais peut intelligents, sans discernement et incapables d'agir pour l'avenir de la collectivité. En nous regroupant, il devrait être possible de faire suffisamment de bruit (tous les moyens sont bons) pour être entendu par la presse, lu sur internet, entendu dans les salons et expositions, lu par nos élus, etc..
Yves | 29/12/2009 - 17:26
ingénieur conseil en écologie urbaine
Commentaire On peut penser que le nucléaire est une énergie souhaitable pour lutter contre l'effet de serre sans être accusé d'être un influenceur ("lobbyiste" en étatsunien), forcément décérébré et évidemment motivé uniquement par l'appât du gain (une espèce de monstre bête et méchant). La question qui se pose au monde n'est pas l'énergie, mais les émissions de gaz à effet de serre. Vouloir imposer des normes de consommation énergétique, c'est se tromper de problème (comme l'ont fait les écologistes lors du Grenelle, mais c'était parce qu'ils voulaient limiter aussi l'utilisation de l'énergie nucléaire). Bien sûr, il ne faut pas encourager le chauffage électrique s'il doit susciter une production électrique à partir du charbon. Mais on peut aussi installer des chauffages à accumulation qui utilisent de l'électricité en dehors des heures de pointe, comme cela se faisait dans les années 70. Dans ces conditions, les ascenseurs et la clim', électriques, ne sont pas le problème.
bernard | 30/12/2009 - 10:14
Commentaire En France,le developpement durable est aux mains du negoce et des lobbies des grandes entreprises d'etat pour parties privatisees.80% des produits innovants sont importes et les marges enormes preleves par les intermediaires et les societes qui commercialisent ces equipements aupres des particuliers font des marges indecentes en profitant des credits d'impots.En ALLEMAGNE,les prix sont inferieurs de 50% pour l'installation du photovoltaique,les panneaux solaires et les pompes a chaleur.En france le materiel represente environ 40% du prix facturé,60% la main d'oeuvre pour 2 a 4 jours d'intervention facturé entre 10000/15000 EUROS.Argent facile ,le gros de cette marge est empochée par la societe qui prospecte les particuliers EDF et ses filiales agissent de meme.Dans les faits,le credit d'impots profitent a ces societes commerciales