Point de vue

Intégration au bâti: « un bon moyen de maintenir la filière dans une logique de niche »

Marc Jedliska directeur de l'association Hespul | 09/05/2011 | 19:53 | Matériaux

L’obligation faite en France de passer par l’intégré au bâti afin de pouvoir bénéficier du meilleur tarif d’achat présente un certain nombre d’inconvénients, notamment en comparaison d’une pose dite en « surimposition » de panneaux standards sur une toiture existante. C’est ce qu’explique Marc Jedliska directeur de l’association Hespul, travaillant au développement de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables.

Hespul  a développé dès 2001 la première "tuile photovoltaïque française" à la demande du centre de recherche d'Imerys-Toiture, leader français de la tuile en terre cuite, qui avait vu apparaître un produit de cette nature chez l'un de ses concurrents allemand et craignait de se faire distancer en matière d'innovation. Hespul avait apporté à Imerys son savoir-faire pour le montage de programmes de démonstration financés par l'Union Européenne, ce qui a permis d'installer entre 2002 et 2005 environ 300 systèmes essentiellement sur des maisons individuelles à travers toute la France et plusieurs autres États-membres (Espagne, Grande-Bretagne, Belgique, Allemagne, Portugal), mais aussi de former les couvreurs et les installateurs, de sensibiliser les commerciaux et de mesurer les résultats, avec un soutien particulièrement appuyé de la Commission Européenne. Récompensée par plusieurs prix dont la Pyramide d'Or au salon Batimat de 2003, cette tuile PV est aujourd'hui encore régulièrement citée y compris par l'administration du ministère de l'industrie comme l'exemple idéal de produit d'intégration. Je parlais à l’époque de ce projet comme de "fiançailles" entre deux industries qui n'avaient rien en commun mais que tout destinait à un futur mariage d'amour autant que de raison. C'est entre autres cette expérience pionnière et particulièrement positive de collaboration avec un grand industriel de la couverture qui m'a permis de me faire une opinion assez précise sur les avantages mais aussi sur les inconvénients et les limites de l'intégration au bâti.
Ce n'est pas l'intégration au bâti en tant que telle que je "pointe du doigt", mais l'obligation qui est faite en France depuis 2006 de n'avoir pas d'autre choix que de passer par ce type de mise en oeuvre pour pouvoir bénéficier d'un tarif d'achat permettant d'atteindre un équilibre économique suffisant, alors qu'elle présente un certain nombre d'inconvénients, notamment en comparaison d'une pose dite en "surimposition" de panneaux standards sur une toiture existante :

- un coût de matériel plus élevé du fait à la fois de la plus grande sophistication de la mise en oeuvre et de l'obligation d'obtenir les certifications adéquates pour être assurable, avec les délais d'instructions que l'on connaît (jusqu'à plus de deux ans)

- un coût de pose également plus élevé à cause de travaux supplémentaires : dépose de la couverture existante, reprises d'étanchéité, abergements, ...

- des risques supplémentaires de sinistres dus à une mauvaise étanchéité, d'autant plus sensibles sur la durée que les différents éléments ne "travaillent" pas de la même manière sous l'influence de intempéries

- une moins bonne ventilation en face arrière ce qui, dans le cas de panneaux à base de silicium cristallins (85 % du marché) peut réduire notablement la production et, partant, la performance économique

- une plus grande difficulté d'intervention pour remplacer le cas échéant des panneaux défectueux

Tous ces inconvénients cumulés conduisent à un coût nécessairement plus élevé, pouvant aller jusqu'à un doublement du prix de vente final : c'est précisément pour cette raison que l'administration française en charge de l'industrie, dont le manque d'intérêt pour la production d'électricité photovoltaïque est historique et ouvertement assumé, a décidé depuis 2006, tout en se dissimulant derrières un message positif sur l'esthétique et la "valeur ajoutée" de ce qui ne devrait être qu'une option, au moins dans le bâtiment existant, d'utiliser l'intégration au bâti comme un bon moyen de maintenir la filière dans une logique de niche et de ralentir artificiellement la baisse des coûts de production de l'électricité solaire, dont elle refuse d'admettre qu'elle pourra être un jour compétitive avec celle délivrée par le réseau (la fameuse "parité" qui pourrait être atteinte avant 2020 en France malgré un prix bas de l'électricité de détail).

Marc Jedliska directeur de l'association Hespul | Source LE MONITEUR.FR

 

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