Interview

« Les installations photovoltaïques françaises sont les plus chères d’Europe »

Propos recueillis par Eric Leysens | 27/04/2011 | 17:57 | Eau & énergie

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Reflet de l'église de Manspach sur sa toiture photovoltaïque

3 commentaires

Gaëtan Masson, économiste au sein de l’ European Photovoltaic Industry association (Epia), pointe le prix élevé des installations photovoltaïques en France, conséquence, à ses yeux, des tarifs d’achat élevés dont bénéficie l’électricité photovoltaïque française.

Les derniers chiffres relevés par l'Epia sur le coût d'une installation photovoltaïque situent la France comme le pays le plus cher pour les installations résidentielles. Comment l'expliquez-vous ?

Dans le résidentiel, le coût du watt photovoltaïque installé en toiture se situe en France autour de 6 euros, alors qu'en Allemagne il est à 3 euros  et à 4 en Italie, pays pourtant limitrophes. Autrement dit, une installation photovoltaïque  d'une puissance de 3kW  (soit 30 m² de panneaux) revient pour un particulier français à 15-16 000 euros  alors qu'en Allemagne l'investissement représenterait, pour le même matériel, seulement 9000 euros.
La spécificité française de l'intégré au bâti est loin d'expliquer ce quasi doublement  du prix. L'obligation d'intégrer au bâti pour bénéficier des tarifs de rachat avantageux  représente un surcoût qui s'élève au maximum à 0,5 euro par watt pour la rénovation et est quasi nul dans le cas d'une construction neuve.  L'écart de prix s'explique principalement par les tarifs de rachat de l'électricité photovoltaïque très élevés qui sont appliqués  en France; les nouveaux restant d'ailleurs hauts (entre 30 et 46 c€/kWh). Ils permettent aux acteurs de la filière faisant le lien entre les industriels et les particuliers de s'attribuer des marges importantes. On ne peut pas leur en vouloir, ils profitent de l'aubaine.  Néanmoins, avec la mise en place d'une mise à niveau trimestrielle des tarifs de rachat, on devrait progressivement voir les prix baisser.

Vous pensez qu'il y a un taux minimal de rentabilité financière à assurer pour que le particulier choisisse d'investir dans une installation photovoltaïque ?

En Allemagne, on  considère qu'un gain de 6 à 8 % sur l'investissement suffit à motiver le particulier. Bien qu'il représente nettement plus qu'un taux de livret A, il faut un taux de rentabilité  un peu plus élevé pour motiver le particulier français.

Quelle est la situation pour les  parcs au sol ?

La France a également le coût au watt installé au sol le plus élevé de France,  ceci alors que les coûts de la main d'œuvre et du terrain ne sont pas différents en France qu' ailleurs. Dans ce cas, cela ne s'explique pas par un tarif d'achat avantageux. Fixé à 12,00 c€ par kWh au sol, il est trop bas pour attirer les investisseurs. De plus le système des appels d'offre introduit une complexité administrative inutile et limite la croissance du marché dans ce segment.

Vous parlez de complexité administrative. Que pensez-vous du temps de raccordement au réseau en France ?

En Belgique, par exemple, la connexion au réseau prend une semaine. J'ai déjà entendu parler d'une attente de 3 ans sur un projet français. Même si cet exemple est extrême, c'est peu de dire qu'en France les délais de raccordement  sont trop longs. Mais il faut garder à l'esprit que tous les pays ont eu du mal à réduire le temps des procédures administratives et à les simplifier. Une simplification qui devrait, selon moi, commencer par l'instauration d'un guichet unique.

Alors que pour 2020, l'Italie discute un objectif de 23GW et l'Allemagne vise au moins 50GW , la France ambitionne d'atteindre 5 GW. Dans ces conditions, une filière française peut-elle émerger ?

Cet objectif qui fait figure d'aumône empêche le développement d'une filière sur le territoire français. Les industriels français qui pèsent, comme Tenesol (appartenant à Total) ou Saint-Gobain Solar, se développent à l'étranger là où se situe le marché, et de ce fait prive la France de créations d'emplois. Il n'y a  que les Chinois qui soient capables de développer une industrie sur leur territoire sans avoir un marché national.
Les entreprises souffrent également, en France, du manque de visibilité. Un grand industriel français me racontait récemment  qu'un projet, sur lequel son entreprise a travaillé, a connu 7 changements réglementaires.

Comment expliquez-vous cette moindre ambition française ?

La France a toujours défendu en priorité  le développement de ses très grands groupes industriels. Je ne dis pas que c'est un mauvais choix mais quand des PME   allemandes       livrent  des pièces détachées à la Chine, la France essaye de vendre ses avions ou ses TGV. C'est la même chose dans le domaine de l'énergie, avec Areva comme fleuron. Néanmoins, je pense que les ambitions photovoltaïques devront rapidement être revues à la hausse.  Aujourd'hui, EDF doit importer et donc acheter de l'électricité pour satisfaire  les pics de consommation hivernaux. En été, elle est par contre en surproduction et revend à l'étranger une partie de sa production. Ceci s'explique par le caractère non flexible de l'énergie nucléaire sur laquelle repose la production électrique française.  Mais ce business model risque d'être bouleversé par le développement du photovoltaïque dans les pays limitrophes qui, de ce fait, deviendront de plus en plus autonomes durant la période chaude.

Au-delà de la problématique économique sur laquelle se focalise la question du photovoltaïque en France, quel est le bilan environnemental de ces systèmes solaires ?

Il est désormais admis que le temps de retour énergétique des systèmes  (temps nécessaire pour que l'énergie produite par le système dépasse la quantité utilisée pour la fabrication du matériel) se situe autour de deux ans. De plus, nous n'y sommes pas encore confrontés,  mais le recyclage des installations est déjà structuré au travers de l'association «  PV cycle » qui regroupe près de 90 % des industrielles européens de la filière. Les premières installations datant du début des années 90, la collecte du matériel en fin de vie (25-30 ans) devrait commencer dans à peu près 5 ans.

Propos recueillis par Eric Leysens | Source LE MONITEUR.FR

 
  •  gregory  |
    Cette article compare ce qui est incomparable, il faut savoir qu’en France un installateur doit disposer d’une assurance décennale (entre 5 et 8% du chiffre d’affaire) ce qui n’est pas le cas en Allemagne, de plus les charges sociales ne sont pas les mêmes d’un pays à l’autre. A cela il suffit de rajouter les éléments des messages ci-dessus et la différence de prix est largement expliqué. Quand es que les journalistes se renseigneront avant de parler???
  •  Georges  |

    Présentation très orientée

    Ce monsieur exagère pour rendre sa thèse acceptable : 15 000 à 16 000 € pour 3 kWc font 5€ à 5,33€/Wc et non 6€/Wc ! De plus, dire que le surcoût de l’intégration est de 0,5€/Wc n’inclut pas la totalité du temps de pose supplémentaire. Enfin, les pays voisins ne s’encombrent pas de 2 coffrets (AC & DC) avec différentiel haute immunité. La critique est aisée mais l’art est difficile.
  •  Christophe  |

    didier

    Il est précisé dans l’article que la grande partie de la différence entre le prix de vente allemand et celui en France est dûe aux fortes marges prises notamment par les installateurs. Je suis installateur et je n’ai pas l’impression de prendre beaucoup de marge, il faut savoir que le prix d’achat auprès d’un industriel (sans relai de distribution) se situe entre 7800 et 9000 €HT. Il me parait alors difficile de le vendre 8000 €TTC, alors qu’il faut encore ajouter les petites forunitures, la main d’oeuvre, les frais de mise en sécurité et les frais de gestion. Sans parler du coût de raccordement (700 à 1400 €) pris parfois en charge par l’installateur. Je souhaiterais donc que l’on arrête de montrer du doigt les installateurs comme étant ceux qui tuent la filière alors que nous sommes sur le terrain à la développer et créer de l’emploi. Mais nous ne sommes pas aidés par les poignards dans le dos que l’on nous met régulièrement (médias ou changements brutaux de règlementation).

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