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 » Linky est un élément déterminant du système électrique « 

Propos recueillis par Philippe Rodrigues pour Enerpresse | 23/01/2012 | 16:26 | Eau & énergie

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Le nouveau compteur communiquant d'Erdf baptisé "Linky"

Tout en jugeant indispensable le déploiement généralisé d’un système de comptage communicant face à la montée des énergies renouvelables intermittentes, ERDF entend avoir les « garanties » promises sur la sécurisation du financement de ce projet de 4,3 milliards d’euros avant de lancer un premier appel d’offres. La filiale d’EDF met également en avant la dimension industrielle de ce projet tout en soulignant sa volonté d’être un acteur du futur marché de capacité, via des actions d’effacement. Rencontre avec Marc Boillot, Directeur stratégie et grands projets chez ERDF, qui détaille pour Enerpresse la stratégie smart grid d’ERDF.

Que peut apporter le smart grid pour ERDF ?

Marc Boillot – « Le réseau d'ERDF est constitué de 1,3 million de km de réseaux moyenne et basse tension. Depuis une dizaine d'année, ERDF a modernisé et automatisé la partie moyenne tension. Cela s'est traduit par une baisse très importante du temps de coupure annuel et une rapidité accrue de ré-alimentation en cas de panne. Ces efforts vont être
poursuivis par la généralisation à toute la France des logiciels les plus avancés en matière d'autocicatrisation des réseaux.
Or le développement des énergies renouvelables est très rapide sur le réseau de distribution ; 95 % des installations sont raccordées en France sur le réseau de distribution. Ces productions sont intermittentes et peu prévisibles et constituent une suggestion à prendre en compte pour préserver la stabilité du réseau. En l'absence de stockage, il y a nécessité pour le GRD de gérer l'équilibre offre demande en temps réel. Afin d'éviter des congestions et des surtensions, voire des black-out locaux, il est nécessaire de connaitre en temps réel cette production et d'exploiter le réseau en intégrant sa variabilité. Linky est un élément déterminant du système électrique. »

Ce compteur communicant est qualifié de première brique du smart grid. Le ministre a donné fin septembre l'aval pour la généralisation de ce dispositif ? Sur quoi ce dossier bloque-t-il ?


Marc Boillot – « L'enjeu réside dans la capacité pour ERDF à sécuriser l'investissement nécessaire pour déployer ce système de comptage. Pour réaliser ce projet, l'investissement s'élève à 4,3 milliards d'euros. Un financement par ERDF, comme l'a proposé le ministre, suppose que les gains réalisés sur 20 ans d'exploitation suivant la pose des compteurs remboursent cet investissement : moins de déplacement (35 millions de km en moins) et réduction des pertes techniques (meilleure configuration du réseau et réduction des fraudes). Mais le financement ne peut être mis en oeuvre que si ERDF est certain de la pérennité de ses flux financiers et donc de ses contrats. Les débats sur l'organisation de la distribution et une transposition incomplète de la 2e directive en matière de durée de désignation d'ERDF en qualité de distributeur rend problématique la réalisation de l'investissement. En Italie la durée de désignation est de 30 ans ; elle est de 99 ans au Royaume Uni. »

Quelle serait la solution pour vous ?

Marc Boillot – « Une proposition serait de traiter ce dispositif de comptage en bien de « reprise ». À l'échéance de l'amortissement, la propriété du compteur reviendra à l'autorité concédante, si elle le souhaite. Par ailleurs, nous discutons avec la CRE des modalités qui permettraient que l'intégralité des gains générés par les compteurs soit « sanctuarisée » afin de couvrir l'investissement. Nous ne pourrons pas mettre en oeuvre ce projet sans avoir ces garanties. Ce qui serait dramatique. Je rappelle, en effet, le volet industriel de ce dossier. Le déploiement du compteur devrait créer 10 000 emplois en France, moitié au niveau de la fabrication et moitié au niveau de la pose. Pour les industriels français, il s’agit de conserver une longueur d’avance sur leurs concurrents. Nous disposons de la technologie la plus évoluée dans le monde – testée à près de 300 000 unités. Notre ambition est de conserver cette avance pour notre pays. »

Plus largement, la stratégie smart grids d’ERDF est-elle arrêtée ou en construction ?

Marc Boillot – « Le réseau d’ERDF, qui couvre 95 % du territoire, doit faire face à la montée en puissance des énergies éolienne et solaire. Fin 2011, quelques 230 000 installations sont raccordées au réseau avec une croissance supérieure à 100 000 installations par an. Dès à présent, nous devons préserver la stabilité du réseau dans les zones de fortes concentrations d’énergies éolienne et solaire. À cela va s’ajouter le développement du véhicule électrique dans certaines villes. L’objectif est de prendre en compte une nouvelle dimension du réseau avec un fonctionnement des flux électriques dans les deux sens, puisque les clients peuvent devenir des producteurs. »

Lors d’un colloque mi-octobre, vous avez indiqué que « le compteur représente en gros 30 % de la problématique smart grids, le réseau 50 % et l’aval 20 % », pouvez-vous expliciter ces différents éléments ?

Marc Boillot – « Ces chiffres sont tirés d’analyses de consultants que nous partageons. Certes, on considère le compteur communicant comme la première brique du smart grid, encore que le réseau moyenne tension soit déjà équipé en automatismes. Il s’agit maintenant de généraliser ces développements afin de pouvoir gérer le réseau en temps réel. Outre sa fonction de facturation des clients, le compteur communicant va permettre de transmettre l’information quant à l’état du réseau à nos trente et une agences de conduite (Cf. Gros plan p. 10, ndlr). Le gros du travail est d’automatiser la basse tension. Avec Linky, ERDF sera à même d’identifier les zones impactées par des incidents et de gérer à distance ce type d’aléas. »

Et concernant la partie aval ?

Marc Boillot – « L’obligation réglementaire est d’offrir à tous nos clients un accès gratuit à l’ensemble de leurs propres données de consommation (pas de 30 mn). Pour cela, un site internet leur sera accessible. Par ailleurs, les fournisseurs d’énergie et les équipementiers se préparent activement aux services aval. »

C’est ce qui est expérimenté avec le mode « maquette » de la phase test Linky…

Marc Boillot – « À l’issue de l’expérimentation réelle sur près de 300 000 compteurs Linky, les fournisseurs testent actuellement, en effet, leurs nouveaux services. ERDF leur met à disposition un système d’information conforme au système Linky afin qu’ils puissent développer des nouvelles offres commerciales. Au total, 2 000 points de comptage par fournisseur ont été mis à disposition suite à la signature de conventions avec ERDF. Je précise qu’ERDF n’a pas à connaître les offres que développent les fournisseurs. »

Combien de projets smart grids sont en cours de développement chez ERDF ?

Marc Boillot – « Nous développons actuellement onze projets différents (Cf. liste des projets p. 11, ndlr). Il est important, voire capital, pour ERDF d’être au coeur de ces projets pour bénéficier au maximum du retour d’expérience. Cela permet d’une part d’éviter les redondances et d’autre part de s’assurer qu’il n’y a pas de sujets qui ne seraient pas étudiés. »

Propos recueillis par Philippe Rodrigues pour Enerpresse | Source LE MONITEUR.FR