Etudes de cas
La certification HQE intègre la performance énergétique
Julien Beideler, Maxime Bitter et Isabelle Duffaure-Gallais | 13/03/2009 | 17:49 | Bâtiment
A quand la « HQE » dans le dictionnaire? « Même le président de la République a utilisé le terme lors de son discours sur la relance », rappelle Gérard Sénior, architecte, membre du bureau de l’association HQE. Construire selon la démarche de haute qualité environnementale n’est plus original. Dans certains domaines, le tertiaire notamment, ce serait plutôt un prérequis pour les investisseurs.
La HQE aurait pu continuer à se diffuser lentement dans les esprits si le Grenelle de l'environnement n'était passé par là. La mobilisation soudaine de tous les acteurs de la filière bâtiment pour « éradiquer les passoires thermiques », selon les termes du ministre du Développement durable, Jean-Louis Borloo, obligeait la HQE à bouger. « Il n'est pas question de se passer de la démarche HQE, rassure Philippe Van de Maele, nouveau président de l'Ademe (agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie). Mais il faut qu'elle évolue, notamment en ce qui concerne les critères liés à la consommation d'énergie. »
A l'heure des sixièmes assises nationales de la HQE, les responsables de l'association en ont conscience. « Des voix se sont élevées pour dire qu'aujourd'hui, certaines exigences du certificat HQE sont dépassées, indique Dominique Bidou, président d'honneur de l'association HQE. Si c'est vrai, c'est formidable. C'est le signe d'une évolution extraordinaire de l'ensemble des professions du bâtiment. [...] Le domaine où la HQE apparaît dépassée est essentiellement celui de l'énergie. Or la combinaison de la HQE et des labels énergétiques est non seulement possible mais recommandée et répond au double souci d'une performance énergétique à la hauteur des enjeux " facteur 4 " et d'un bon équilibre de l'ensemble des performances. » En témoignent les trois derniers référentiels élaborés par Certivéa (filiale du CSTB, Centre scientifique et technique du bâtiment), destinés aux bâtiments de commerce, d'hôtellerie et aux plates-formes logistiques, qui intègrent les labels de performance énergétique HPE, THPE et BBC-Effinergie.
Pour José Cohen, directeur général adjoint des services du conseil général du Nord, « l'enjeu est de tenir un objectif énergétique en gardant les autres cibles en tête. La certification aide à cela. Pour les archives départementales du Nord, un bâtiment à énergie positive, ou pour le collège d'Hellemmes, nous travaillons à éviter les effets pervers sur l'architecture, notamment sur les surfaces vitrées, de la recherche d'une performance énergétique maximale ».
La HQE explore de nouveaux territoires
De l'avis de la grande majorité des professionnels du bâtiment, la multiplication des marques et certifications brouille le message. Surtout si l'on considère les nombreuses initiatives à l'étranger (les certifications allemande Passivhaus et suisse Minergie évoluent vers de systèmes multicritères) et l'offre existante (Breeam en Angleterre, Leed aux Etats-Unis.), la forêt des labels et certifications s'épaissit encore. « C'est devenu très compliqué, constate Cécile Lamotte, analyste en investissement responsable et durable au Crédit agricole Cheuvreux. En attendant d'y voir plus clair, nous nous concentrons sur des labels de performance énergétique, essentiellement pour connaître la facture d'exploitation des locaux. »
Pour homogénéiser le message, dès avril 2008, le CSTB, sa filiale Certivéa et son homologue anglais BRE (Building Research Establishment) ont présenté le réseau SB Alliance. Objectif : faire converger ces systèmes en faisant appel à des principes de bases et à des indicateurs communs.
En attendant, la certification HQE évolue vers de nouveaux territoires : les bâtiments de commerce, d'hôtellerie et les plates-formes logistiques. Toujours avec le souci de prendre la problématique de façon globale : ainsi, dans l'hôtellerie, la limitation de la climatisation dans les chambres est essentielle. Mais le référentiel n'en oublie pas pour autant l'apport de lumière naturelle pour le confort des occupants ou le tri des déchets.
Autre exemple pour les plates-formes logistiques : sans négliger la consommation d'énergie des bureaux et des entrepôts, le référentiel s'intéresse à la gestion des flux sur la plate-forme et au recours à la multimodalité. Notons encore qu'une certification HQE dédiée à l'exploitation sera dévoilée dans le courant de cette année.
Certifier n'est pas obligatoire
Reste que la perspective de voir toute opération de construction passer sous les fourches caudines des organismes certificateurs n'est pas du goût de tout le monde. Pour l'architecte Rudy Ricciotti, Grand prix national d'architecture, « il y a lieu en urgence d'engager une réflexion critique autour de la question environnementale et les conséquences de la doctrine HQE et des normes sur les économies d'énergie ». L'association HQE réfute le terme de doctrine indiquant que la haute qualité environnementale est avant tout une démarche destinée à donner un mode de management de projet aux maîtres d'ouvrage souhaitant « construire durable ». La certification est une autre étape. « Nous voulions systématiser la démarche, témoigne José Cohen, directeur général adjoint des services du conseil général du Nord. C'est d'abord une volonté politique. La certification HQE est en réalité le dernier acte de structuration d'un Agenda 21 mis en œuvre depuis six ans. Dans cet agenda, nous avons construit une méthode exigeante qui est aujourd'hui notre système de management. »