Interview

Bernard Chevassus-au-Louis, auteur d’un rapport pour le Meeddat : « La biodiversité a un prix »

Propos recueillis par Eric Leysens | 12/05/2009 | 13:26 | Territoire

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Bernard Chevassus-au-Louis

Bernard Chevassus-au-Louis, Docteur en sciences de l’Université Paris XI et Directeur de recherche à l’Institut National de la Recherche Agronomique, vient de remettre au Meeddat un rapport intitulé « Approche économique de la biodiversité et des services liés aux écosystèmes ». Il nous explique comment, à travers cette étude pointilleuse, il a tenté de définir le coût induit par le recul de la biodiversité ordinaire.

Quelle a été votre démarche ?
Notre point de départ s'est fixé sur les barèmes existants pour le calcul des investissements publics. Aujourd'hui, ces grilles évaluent le nombre de morts évitées lors du choix d'une autoroute plutôt qu'une 4 voies, la réduction du bruit ou encore le temps gagné grâce à l'implantation d'un TGV, mais elles n'intègrent pas la biodiversité.
Pour évaluer économiquement la biodiversité, nous avons choisi de nous focaliser sur la valeur, par unité de surface et par an, des services rendus par la biodiversité. Autrement dit, ce que coûterait la compensation des "services écologiques" que rend un hectare de biodiversité, s'il était supprimé.
D'autre part, nous ne nous sommes intéressés qu'à la "biodiversité ordinaire". Pour celle classée ou protégée, sa valeur culturelle rend les méthodes d'évaluation économique fortement critiquables.

Pouvez-vous détailler votre estimation des "services écologiques" d'un hectare de forêt ?
Pour les forêts, nous avons distingué trois types de services. Le premier regroupe les prélèvements comme la coupe du bois ou la cueillette des champignons. Par exemple, pour donner une valeur monétaire à la cueillette, nous nous sommes basés sur le prix du kilo de champignons à Rungis.
Ensuite, nous avons estimé les services de régulation qu'offre la biodiversité. Pour chiffrer les régulations du climat ou de la pluie, il a fallu passer par la fixation et le stockage de carbone et la fourniture d'eau potable. Pour estimer le traitement naturel de l'eau, nous avons multiplié le coût de l'épuration artificielle d'un m3 d'eau par le volume d'eau qu'un hectare de forêt peut traiter. Par contre, il faut reconnaître que certains services de régulation identifiés, comme la stabilisation du sol, n'ont pas pu être mesurés économiquement.
Le troisième domaine de "services écologiques" regroupe les activités culturelles ou récréatives. Pour les évaluer, nous nous sommes basés sur la somme des coûts de transport pour se rendre en forêt et l'argent dépensé par les chasseurs (armes, munitions, ...) pour pratiquer leur loisir.
Au final, avec l'ensemble des "services écologiques", nous avons abouti au chiffre de 970 euros par hectare de forêt et par an. Evidemment, c'est une moyenne nationale qu'il faudrait préciser à l'échelle départementale.

Comment envisager l'application de ce rapport dans le monde de la construction ?
En amont du choix d'une implantation ou d'un tracé, cette estimation permettrait de comparer différentes alternatives. Mais il faut être réaliste, ce n'est pas le coût des "services écologiques" qui dissuaderont de réaliser un projet dont le montant des investissements rend négligeable la prise en compte économique de la biodiversité. Il faut plutôt envisager une compensation en nature, ce que propose déjà la Caisse des Dépôts. Inspirée par les banques américaines, elle a acquis des surfaces de zones naturelles et elle propose aux aménageurs de compenser l'impact de leur projet par l'achat de parcelles de terrain, où la biodiversité est préservée. Aujourd'hui, la Caisse des Dépôts dispose d'un comité scientifique qui évalue l'équivalence entre les zones impactées et les zones compensées. Néanmoins, pour généraliser la démarche, il sera indispensable de disposer d'une autorité de régulation indépendante et transparente.
Autre application envisageable, en Suisse, ils ont déjà intégré une estimation de "services écologiques" au prix de la vignette qu'il faut se procurer pour emprunter l'autoroute. L'euro vignette pourrait s'en inspirer.

Pour voir le rapport, cliquez ici

Propos recueillis par Eric Leysens | Source LE MONITEUR.FR

 

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