Actualité

Les villes du futur, entre environnement et commerce

Florent Detroy | 25/08/2011 | 15:48 | Territoire

Agrandir la photo © Ville d'Issy-les-Moulineaux
Fortdissy.com, un cyber-quartier Haute Qualité Environnementale.

Niché sur les hauteurs d'Issy-les-Moulineaux, cet éco-quartier qui se veut exemplaire optimise l'utilisation des nouvelles technologies pour mieux maîtriser les consommations énergétiques et la sécurité des biens et des personnes. Les logements y sont intelligents grâce notamment à la domotique, à la fibre optique et un système de câblage électrique prévu à l'origine pour chaque appartement.

Suite et fin du dossier sur les villes durables, le BIP ouvre une fenêtre sur les villes vertes de demain. Entre joyau technologique et vitrine commerciale, l’efficacité énergétique et environnementale passe parfois au second plan. Une certitude cependant, la consommation énergétique dépend autant des technologies développées par les villes que du comportement de ses habitants.

L'utopie des « villes nouvelles » est en train de retrouver une actualité sous la contrainte environnementale. Créés ex nihilo, ces projets oscillent entre le laboratoire, la vitrine ou l'expérience politique. Ces villes écologiques et futuristes, en repoussant les limites de la ville post-carbone, permettent désormais aux industriels et aux décideurs de faire le point sur les dernières avancées technologiques, et d'évaluer ce qui est réalisable au plan économique et technique. Songdo, Masdar, ou encore Dongtan sont ainsi devenues les boites à outils des acteurs urbains du monde entier. La question de la reproductibilité de ces projets reste cependant largement sans réponse.

Les villes vertes, entre écologie et commerce

Une dizaine de projets de « villes vertes » se sont développés à travers le monde. Si le facteur environnemental reste évidemment le dénominateur commun, il est intéressant de constater leur grande diversité en fonction des problématiques propres à chaque pays. Ainsi, au Japon, après la catastrophe de Fukushima, c'est la problématique de la pénurie d'énergie qui s'est développée, avec un vrai risque pour cet été. Les questions de la maitrise et de la réduction de la demande ont ainsi été au centre des projets verts. En Chine, la problématique porte davantage sur la maitrise du développement extrêmement rapide des villes. Le transport ou l'urbanisme ont ainsi davantage été valorisés.

D'autres projets ont mis délibérément l'accent sur les performances technologiques d'excellence, au risque de voir la prouesse technologique prendre le pas sur le degré de duplication du projet. C'est le cas par exemple de la ville écologique de Masdar à Abu Dhabi. Alors que l'Émirat devrait accueillir le siège de l'Agence International des Énergies Renouvelable (IRENA), Masdar est une pièce maitresse dans sa volonté de devenir « un leader dans la mise en place d'un marché rentable des énergies renouvelables ». La ville doit atteindre des performances environnementales inédites. 100% de l'énergie consommée devraient ainsi être renouvelables, et la ville vise le zéro émission de CO2. Un grand travail a ainsi été réalisé sur l'isolation (aluminium et coussins d'argon), la climatisation ou encore la ventilation (tour de vent). Grâce à ses partenariats avec de grands groupes industriels, comme Siemens ou General Electric, Abu Dhabi exporte désormais ce savoir-faire, notamment en Espagne et en Angleterre.

La dimension technologique est également au cœur de la ville coréenne New Songdo. L'objectif de cette ville est de devenir la première smart city, où les êtres humains communiqueront en permanence avec les objets. Cette ville « ubiquitaire », qui devrait être achevée en 2015, repose donc en grande partie sur les réseaux intelligents. Ces réseaux récupéreront les données sur les activités des habitants et les transmettront ensuite à un ordinateur central. Ce centre aura accès à l’intégralité des services de la ville, et adaptera ainsi les services à la demande. Quoique intrusif, ce système permettra cependant de réduire les déplacements des habitants. Depuis leur ordinateur, ces citadins pourront par exemple consulter un médecin, régler les démarches administratives, ou encore contacter les professeurs de leurs enfants. Les réseaux assureront également le fonctionnement des voitures électriques.

Les écoquartiers comme « vitrine » écologique

Développés en Europe, d'abord par les pays scandinaves et allemands, le concept d'écoquartier a été introduit grâce au rapport Attali sur la libération de la croissance française. Le rapport préconisait la création d'une dizaine de « laboratoires de la modernité urbaine », appelés « Ecopolis ». Ces pôles devaient associer la haute qualité environnementale aux technologies de pointe en matière de transport et de communication. Cette idée a été reprise par le Grenelle de l'Environnement. En 2008, le Plan Ville durable, dans la continuité du Grenelle, lance un appel à projet sur les « Ecoquartiers ». Ces projets sont décrits comme de véritables « laboratoires, et vitrines de la ville durable française » par Benoit Apparu, secrétaire d'État chargé du Logement. Les projets rendus mettent l'accent sur une multitude de secteurs, dont celui de l'adaptation au changement climatique, de l'énergie, ou encore de la mobilité propre. Ainsi, la ville de Besançon s’appuie sur la collecte des déchets, alors que Chambéry fait un effort de développement sur l'énergie solaire.

Premier retour d'expérience pour la ZAC de Bonne de Grenoble. 

Grand Prix national EcoQuartier 2009, ce quartier a mis l'accent sur les énergies renouvelables. 1.000m² de capteurs solaires thermiques ont été installés, ainsi qu'une centrale photovoltaïque et un système de ventilation « double flux » avec récupération de chaleur. Or un rapport de retour d’expérience réalisé par Enertech pour la SAGES (aménageur de la ZAC de Bonne) et la Ville de Grenoble, publié en avril 2011, relativise le succès de cette opération, en pointe dans la planification et la prévision du contrôle de la consommation énergétique. Les données météorologiques, différentes dans le centre et la périphérie de la ville, le choix du niveau de chaleur, la consommation électrodomestique ou encore le régime d'ouverture des fenêtres ont un impact majeur sur la consommation finale. Ces données, déterminées par le comportement individuel, sont imprévisibles et faussent les prévisions du concepteur.

FOCUS

Guillaume Parisot, directeur de projet IssyGrid®, Bouygues Immobilier : « Optimiser l’énergie à l’échelle d’un quartier »

Pouvez-vous nous présenter le projet en quelques mots ?

Bouygues Immobilier travaille depuis plusieurs années sur les performances énergétiques de ses bâtiments tertiaires et résidentiels. L'idée d'IssyGrid, c'est de passer à l'étape suivante, et d'optimiser l'énergie à l’échelle du quartier, en l'occurrence le quartier d'affaire HQE Seine Ouest, de concert avec la ville d’Issy-les-Moulineaux. Grâce à l'apport de nos 9 partenaires dans les secteurs de l'infrastructure urbaine, de l'énergie et des technologies de l’information et de la communication (Alstom, Bouygues Immobilier, Bouygues Telecom, ERDF, ETDE, Microsoft France, Schneider Electric, Steria et Total), nous avons désormais une couverture des trois grands domaines qui concernent les réseaux intelligents. Cette « vitrine » a pour objectif de nous forger une conviction stratégique, afin d'envoyer un signal fort aux marchés, tout en donnant un certain nombre de clefs de lecture aux instances réglementaires.

Le projet Issygrid doit s'étendre à des bâtiments résidentiels. Cette extension va-t-elle apporter de nouvelles contraintes ?

L’amélioration majeure concerne la mise en œuvre de systèmes de pilotage de la consommation des logements. Un système efficace de pilotage de la consommation repose sur deux compteurs. Le premier (de type Linky) fait le lien avec le réseau. Le deuxième gère l'énergie à l'intérieur du foyer. Contrairement aux bureaux, qui intègrent un système de pilotage, dans le logement tout reste à mettre en œuvre. Une autre distinction importante est la plus grande maturité du tertiaire sur les questions d'énergie ; en résidentiel, il faut encore convaincre de l'intérêt d'être plus vigilant sur la gestion de l’énergie.

Le projet Issygrid accorde une grande place à la voiture électrique. Avez-vous été amené à faire un choix entre le transport en commun et la voiture électrique ?

Le meilleur service au client est souvent un ensemble de solutions  Il faut reconnaître que pour l'instant nous avons davantage de pistes de lecture sur le transport en commun que sur la voiture individuelle. Abordé de plus en plus comme un service, l'usage de la voiture individuelle, de type voiture électrique ou autopartage, va changer. Nous voulons comprendre quel impact ces nouveaux modes de déplacement auront sur la consommation énergétique.

Qui finance le projet IssyGrid ?

Pour obtenir rapidement des résultats, le projet est financé par les entreprises partenaires Toutefois, nous étudierons les possibilités de financements complémentaires par l'État ou par l'Europe. Par exemple, nous pourrions être candidat à l'AMI de l'Ademe sur les démonstrateurs de smart grid.

Suivez-vous le projet coréen de ville « ubiquitaire », qui met l'accent sur les réseaux ?

Bien entendu. Issy-les-Moulineaux est d'ailleurs jumelé avec le quartier de Guro, à Séoul. Ce quartier est très avancé sur ces concepts de villes « ubiquitaires ». De manière générale, les Coréens sont très orientés « service ». Ils développent cette notion d'accéder de n'importe où et à n'importe quand à l'information. Chaque projet se développe en fonction des besoins, du contexte énergétique et de l'environnement légal du pays. A ce titre, nous étudierons les possibilités de partage d’expériences avec des villes sensibles aux mêmes innovations.

Florent Detroy | Source LE MONITEUR.FR