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Interview de Valérie Dioré, directrice de l’aménageur Sagès
Propos recueillis par Yannick Nodin | 19/11/2009 | 16:49 | Territoire
« Dix mille rotations de camion économisées en centre-ville »
Dans quel contexte le projet d'écoquartier a-t-il vu le jour ?
La ville de Grenoble est contrainte par la topographie. Ceinturée par des montagnes, elle ne peut pas s'étendre. Ce tissu urbain confiné rend toute libération de foncier très attractive pour les promoteurs, d'autant que la forte croissance démographique de l'agglomération et son dynamisme économique entretiennent la demande de logements. Or la Ville et son aménageur maîtrisent la majorité des terrains disponibles. Cela crée un contexte favorable, dont la municipalité s'est emparée pour imposer des exigences environnementales très strictes aux promoteurs.
Comment êtes-vous parvenus à faire respecter ces exigences ?
Pour atteindre nos objectifs, il fallait imposer des solutions techniques, comme la ventilation double flux, la surisolation par l'extérieur, les panneaux solaires, la cogénération... Ces moyens ont été intégrés aux cahiers des charges environnementaux et architecturaux de la ZAC, essentiels dans l'instruction des permis de construire. L'apport du programme européen Concerto, finançant les surcoûts d'études liés à la performance environnementale des bâtiments, a été également important. Enfin, nous avons réussi, grâce à l'agence locale de l'énergie et la FFB de l'Isère, à introduire une logique de filière « verte », avec des formations spécifiques sur l'étanchéité à l'air, le positionnement de la ventilation double flux, l'installation des panneaux solaires... Chacun a évolué.
Dans quelle mesure les espaces publics du quartier répondent-ils aux objectifs environnementaux ?
On applique aux espaces publics ce qu'on essaie d'imposer aux constructions. Dans la conception même du quartier , 3,5 ha sont réservés à du végétal en pleine terre. La nappe phréatique, qui affleure à deux mètres du sol, sera ainsi réalimentée. Les végétaux produiront de l'ombre en surface, leur action combinée avec celle des bassins contribuant à une régulation climatique de l'espace urbain.
Nous avons aussi cherché à être exemplaires dans la réalisation de ces espaces. La caserne de Bonne comportait à l'origine 29 bâtiments, dont cinq seulement ont été conservés. Les matériaux issus de la déconstruction, les gravats comme les éléments architecturaux, ont été réutilisés au maximum sur place, en structures de voirie ou en mobilier urbain, économisant plus de 10 000 rotations de camions en centre-ville.