Solutions techniques

Construire en zone inondable, c’est techniquement possible !

Stéphane Miget | 08/06/2009 | 16:43 | Qualité/Sécurité

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Comment construire en zone inondable ?

« Déréglementer et rendre constructible les zones inondables « , comme le souhaitait Nicolas Sarkozy, lors de la présentation des projets du grand Paris en avril dernier ou au contraire « durcir les règles » comme l’a évoqué après la tempête Xynthia, la secrétaire d’Etat à l’Ecologie, Chantal Jouanno. Le gouvernement va devoir trancher. En tout cas, la question est bien politique car techniquement, construire en zone inondable est possible.

La possibilité de construire en zone inondable existe déjà sous certaines conditions. La loi n° 95-101 du 2 février 1995, relative au renforcement de la protection de l'environnement, et qui a créé les plans de prévention des risques naturels prévisibles (PPR), est le dernier texte qui en fixe les limites. Ces PPR _ Plan de prévention des risques d'inondation (PPRI) pour l'identification du risque inondation _ identifient les risques prévisibles constituant une menace pour la population. Ce document, opposable pour toutes les constructions, travaux ou aménagements en zone inondable, précise donc les zones constructibles en fonction du risque d'inondation.

Respect des obligations inscrites au PPRI

Ainsi, il fait la distinction entre trois zones : les zones rouges où le risque est élevé et où aucun permis de construire pour construction nouvelle ne peut être délivré même par dérogation - si dérèglementation il y a, c'est sur ces zones qu'elle interviendra - ; les zones bleues à risque moyen où le permis de construire est assorti de conditions ; les zones blanches présumées sans risque où le permis de construire soumis aux règles du PLU.
Résultat, seules les zones à risques moyens et faibles sont constructibles. Concernant les zones à risques moyens, le PPRI permet la délivrance du permis de construire, mais le constructeur s'engage à respecter les obligations inscrites au PPR et reprises dans les Plans locaux d'urbanisme (PLU) ou dans les Plans d'occupation des sols (POS). Le PPRI impose notamment des prescriptions constructives particulières.

Faciliter les écoulements

Principes de base qui relèvent du bon sens : toutes les constructions nouvelles sont conçues de manière à résister à une crue (hauteur et vitesse de l'eau).
Leur implantation, ainsi que les aménagements réalisés sur la parcelle, tels que clôtures, modelés de terrain, vide-sanitaire ou pilotis, ne doivent pas gêner les écoulements. En ce qui concerne le plancher du rez-de-chaussée, son implantation à plus de 0,50 m au-dessus du terrain naturel permet d'éviter les effets des remontées de nappe. Dans tous les cas, le niveau habitable doit se situer en permanence au-dessus des Plus hautes eaux connues (PHEC), accessible de l'intérieur et doté d'un accès permettant l'évacuation, crue ou non, des habitants par l'extérieur. Cet objectif de mise en sécurité des personnes peut se traduire par l'interdiction des pièces de vie (chambre, séjour, salon, cuisine) en rez-de-chaussée, sauf si le bâtiment est suffisamment rehaussé. De même, une réflexion s'impose sur la position des ouvertures principales, la conception des escaliers et des sous-sols éventuels pour permettre aux personnes de monter rapidement aux étages.

Faciliter l'assèchement

Le choix des matériaux est tout aussi important en fondations, vide-sanitaire, sous sol et cloisonnement : ces derniers doivent être en mesure d'assurer une bonne tenue du bâtiment aux pressions exercées par l'inondation et un blocage des remontées capillaires génératrices d'humidité, tout en facilitant l'assèchement et le nettoyage du bâtiment. Les équipements techniques (chaudières, machineries d'ascenseurs, compteur électrique...) ou polluants sont à réaliser dans des pièces hors d'eau ou à une hauteur suffisante. Par exemple, la distribution électrique peut être effectuée par le plafond. Important : la ventilation, de préférence naturelle à cause des coupures électriques, autorisera un assèchement plus rapide. Pour cela, il faut prévoir des ouvertures en opposition, dans le sens des vents dominants pour améliorer la ventilation naturelle.

Le cas particulier des cloisons

Pour les cloisons, il n'y a pas de matériau idéal. Une cloison en matériaux lourds (parpaing, brique...) n'est pas endommagée par une inondation longue. Seuls les enduits et revêtements sont à refaire dès que le support est sec, ce qui peut prendre plusieurs semaines. Les travaux peuvent être encore plus longs s'il faut assécher les réseaux électriques dans la cloison ou changer les dormants de menuiserie.
Une cloison sur ossature métallique imposera le changement des parements, mais présentera l'avantage d'être opérationnelle plus rapidement. Elle offrira aussi un accès facile aux réseaux électriques et aux huisseries. L'utilisation de matériaux hydrofugés n'est valable que si le matériau ne perd aucune de ses qualités physiques après une immersion de plus de 72 heures.

Une solution : construire sur une plate-forme amphibie

L'une des solutions pour construire en zone rouge, là où aucun permis de construire ne peut être délivré même par dérogation, consiste à faire flotter la construction. Cette solution technique est développée, entre autres, par la société Batiflo®, laquelle propose un concept original. La construction repose sur un ensemble de flotteurs réalisés dans un thermoplastique spécifique de forte épaisseur. Dispositif qui sert de support et de coffrage à la dalle de béton, et qui transmet la poussée d'Archimède lors de son immersion. Le dispositif est complété par des colonnes de guidage empêchant la dérive de la plate-forme. Elles reposent sur des semelles en béton armé. Ces piliers sont constitués d'un ensemble de buses de béton précontraint, remplies de mortier. Le guidage est assuré par des glissières plastiques. Les différentes gaines de raccordement passent à l'intérieur. L'évacuation des eaux usées est prévue à l'aide de tuyaux télescopiques.

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FOCUS

Briques et ossature bois en zone inondable

Le cabinet d'architecture Fonctions Plurielles à Lagny sur Marne (77) a eu l'occasion, à plusieurs reprises, de construire en zone inondable, sur les bords de Marne. Le mode constructif utilisé, sur de bonnes fondations, est simple : brique et ossature bois. La brique de type monomur enduite au plâtre est utilisée en sous-sol ouvert pour que l'eau puisse circuler. Ce « rez-de-chaussée » est fermé par une dalle béton, dont la hauteur est fixée par la ligne d'inondation. Au-dessus, l'ossature bois constitue les logements proprement dits. Avantage du bois dans cette situation : le poids. Ainsi la construction n'est pas surchargée sur des rives meubles.