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Agir contre le radon dans les bâtiments dès 300 Bq/m3
Frédérique Vergne | 21/04/2010 | 17:20 | Qualité/Sécurité
© IRSN
Cartographie départementale du radon établie par l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire.
Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) recommande de réviser à 300 becquerels par mètre cube le seuil de concentration du radon dans l’habitat existant et les lieux ouverts au public. Aujourd’hui, les niveaux d’actions préconisés en France sont fixés à 400 Bq/m3 et 1 000 Bq/m3.
Dans un rapport sur les projets de décrets et d'arrêtés relatifs à la protection des personnes contre le risque lié au radon dans les bâtiments, le HCSP préconise de « fixer le seuil de déclenchement des actions correctives contre le radon, un gaz radioactif naturel cancérogène, à 300 Bq/m3 (becquerel par mètre cube) dans l'habitat existant et les lieux ouverts au public».
Cette recommandation vise à tenir compte des dangers avérés du radon, ce gaz radioactif provenant du sous-sol et responsable, selon une étude de 2006, de 5 à 12 % des cancers broncho-pulmonaires, ce qui en fait un enjeu majeur de santé publique en France.
Le radon provient du sol et se trouve, par effet de confinement, à des concentrations plus élevées à l'intérieur des bâtiments qu'à l'extérieur. Les particules du radon sont alors inhalées avec l'air respiré et se déposent dans le poumon. Le radon constitue la part la plus importante de l'exposition aux rayonnements naturels reçus par l'homme.
Cause principale : le sol
La présence de radon dans les bâtiments résulte de nombreux paramètres et plus particulièrement :
- des caractéristiques propres au sol sous-jacent (concentration dans le sol, perméabilité et humidité du sol, présence de fissures ou de fractures dans la roche sous-jacente),
- des caractéristiques propres au bâtiment (procédé de construction, fissuration de la surface en contact avec le sol, système d'aération, etc.),
- du comportement des occupants vis-à-vis de l'aération des locaux.
Dans une moindre mesure, le radon peut également provenir de l'air extérieur, de matériaux de construction très spécifiques et de l'eau à usage domestique (dégazage de l'eau provenant de nappes souterraines en terrain granitique).
Un niveau de référence à ne pas dépasser de 300 Bq/m3 puis de 100 Bq/m3
Pour le Haut Conseil de la santé publique, ce seuil fixé dans les bâtiments existants à 300 Bq/m3 (valeur également retenue par l'Organisation Mondiale de la Santé et par la Commission européenne dans le cadre d'Euratom, l'organisme européen chargé de coordonner les programmes de recherches sur l'énergie nucléaire) n'est qu'une première étape ; l'objectif « à long terme » étant d'abaisser ce niveau à 100 Bq/m3. «Pour les lieux ouverts au public, le délai d'intervention devrait être modulé en fonction du niveau de concentration observé : des actions correctives sans délai devraient être déclenchées à l'initiative des propriétaires des lieux où, à défaut, des autorités publiques lors de dépassements du niveau de 1 000 Bq/m3. ». Pour l'habitat neuf, il réclame même un « objectif de construction plus exigeant que la valeur de 300 Bq/m3 ».
Dans les priorités, l'organisme place l'habitat individuel en première position, car « les expositions qui y sont rencontrées sont en moyenne plus élevées que dans l'habitat collectif ». Dans les 31 départements prioritaires définis par l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, 43 % des maisons individuelles sont exposées à des niveaux de concentration supérieurs à 100 Bq/m3 (contre 21,5 % pour les logements collectifs) et 10,8 % à des niveaux dépassant les 300 Bq/m3 (contre 2,8 % pour les logements collectifs).
Encadrement des mesures par des organismes agréés
Le rapport du Haut Conseil de la santé publique aboutit à demander un encadrement des mesures du radon par des organismes agréés et un allongement de 2 à 5 ans du délai des mesures « pour permettre aux professionnels et aux pouvoirs publics de se doter des moyens requis, notamment en terme de capacité de mesurage, d'analyse des résultats et d'établissement d'un diagnostic ». Les mesures s'effectuent à l'aide de dosimètres passifs permettant de réaliser un dépistage dans le bâtiment. Une inspection méthodique du bâtiment et de son environnement immédiat doit être effectuée de façon à pouvoir d'une part, définir les causes de la présence de radon dans le bâtiment et d'autre part à donner les éléments nécessaires à mise en place de solutions de lutte contre le radon.
Traiter l'étanchéité, l'aération et le soubassement
Plusieurs techniques visent à diminuer la présence de radon dans les bâtiments. Leurs principes, comme le rappelle le CSTB dans son Guide pour la remédiation dans les constructions existantes et la prévention dans les constructions neuves, consistent d'une part à empêcher le radon de pénétrer à l'intérieur du bâtiment, et d'autre part, à diluer la concentration en radon dans le volume habité.
Pour empêcher le radon d'entrer dans le bâtiment, il est essentiel de s'assurer de l'étanchéité à l'air mais aussi à l'eau entre le bâtiment et son sous-sol. Cette imperméabilité concerne principalement les joints entre le sol et les murs, mais il est également important de veiller à obturer les passages autour des gaines et au niveau des fissures du plancher et du mur. L'évacuation du radon présent dans le bâtiment ne peut se faire qu'à travers un système d'aération qui fonctionne et assure un renouvellement d'air suffisant.
Il est important également de traiter le soubassement du bâtiment (vide sanitaire, cave, dallage sur terre plein, etc.) par ventilation mécanique, aération naturelle ou encore avec un Système de mise en Dépression du Sol (S.D.S.). Cette dernière technique, considérée comme la plus efficace, consiste à générer un champ de pression dans le soubassement inférieur à celui régnant au niveau du sol du bâtiment. Pour cela, l'air du soubassement est extrait mécaniquement vers l'environnement extérieur où le radon se dilue rapidement. On empêche ainsi les mouvements convectifs de l'air contenu dans la porosité du sol et chargé en radon vers le bâtiment.
L'adaptation de ces techniques à la construction neuve présente l'avantage de les intégrer dans la conception du bâtiment. Leur efficacité sera donc améliorée et le coût marginal. Dans les bâtiments existants, les moyens à mettre en oeuvre pour lutter contre la présence de radon dans l'air intérieur sont à considérer en fonction des niveaux de concentration moyenne annuelle mesurés dans le bâtiment et des caractéristiques de ce dernier. Pour cela, un diagnostic du bâtiment doit être effectué. Selon les cas typologiques rencontrés et les niveaux initiaux de concentration, les mesures correctrices peuvent être réalisées fréquemment afin de minimiser l'investissement fait pour lutter contre ce problème.
Aides financières aux travaux
La mise en œuvre rapide de ces mesures dès le seuil de concentration de 300 Bq/m3 dans un premier temps et durci à l'avenir pourrait permettre à la France de rattraper son retard « important », selon le HCSP, en matière de gestion des risques liés à ce gaz dans l'habitat, par rapport à d'autres pays européens, comme la Suisse et le Royaume Uni, qui ont engagé depuis de nombreuses années un plan d'actions. Cependant, pour que ce dispositif soit efficace, le Haut Conseil de la Santé Publique milite en faveur de dispositions d'incitation ou d'aides financières pour la réalisation des travaux nécessaires et estime qu'une information sur le radon devrait « être rendue obligatoire lors de toute transaction immobilière (vente, bail) et dans les immeubles collectifs gérés par un syndic, auprès des futurs propriétaires ou locataires.
Pour en savoir plus : IRSN, CSTB