Qualité/Sécurité

Les risques du radon dans le logement restent sous-estimés

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Bâtiments d’habitation

Une conférence de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire a rapporté les leçons de quelques initiatives en France et dans le monde pour sensibiliser le public aux risques sanitaires liés à la concentration de radon dans les logements.

L’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a organisé les 11 et 12 avril à Paris une conférence internationale sur les risques liés au radon et les mesures prises à travers le monde pour assurer la prévention et la remédiation aux concentrations excessives de ce gaz cancérigène dans les logements. Deuxième cause après le tabagisme, il pourrait être à l’origine de 10 % des décès dus au cancer du poumon. « Pourtant, ce gaz naturel radioactif issu de la désintégration de l’uranium, surtout présent dans les sols granitiques ou volcaniques, n’inquiète pas les habitants des 31 départements français jugés « à risque ». Jacques Repussard, directeur général de l’IRSN, rappelle cependant que les risques sanitaires liés au radon sont très supérieurs à ceux des centrales nucléaires, des déchets radioactifs, voire des retombées de l’accident de Tchernobyl. L’exposition au radon, répétée sur une longue période, serait même plus dangereuse que les radiations médicales. Or, la perception du public est exactement inverse : il craint plus l’industrie nucléaire que l’exposition aux radiations naturelles du radon.

 

Pas de réglementation pour les logements

 

S’il existe une réglementation imposant la mesure des radiations dans les ERP (depuis 2002) et dans les lieux de travail (2008) des 31 départements sensibles, aucune précaution constructive n’est  imposée pour la construction de logements et rien n’oblige à surveiller les habitations existantes. Seules des campagnes d’information du public et des professionnels de la construction peuvent sensibiliser les Français aux risques encourus et aux solutions de prévention ou de remédiation.

« Les expériences étrangères et quelques initiatives locales en France pourraient inspirer l’élaboration d’approches innovantes », a exposé Jacques Repussard en ouverture de la conférence.

 

Pays scandinaves

 

Les pays scandinaves ont mis en place des politiques de prévention et de remédiation pour réduire l’exposition, tant dans les maisons neuves que dans les bâtiments existants. Ainsi, en Finlande, la réglementation impose depuis 2004 la prise en compte du radon dans la construction neuve de logements. Toute maison livrée doit présenter une concentration maximale de 200 becquerels/m3. Si des mesures révèlent un taux supérieur, l’entreprise de construction est tenue de corriger les défauts de construction : colmater les fissures ou passages de canalisations dans le plancher bas du rez-de-chaussée, améliorer le système de ventilation du logement. Olli Holmgren, de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection de Finlande (Stuk), a constaté qu’une dépressurisation sous la dalle de plancher réduisait de 65 à 90 % la concentration en radon. L’étanchéité à l’air accrue des maisons passives contribue aussi à réduire cette concentration. En revanche, il alerte sur les risques d’une VMC mal conçue, présentant des débits d’air extraits supérieurs aux entrées d’air, qui met alors le volume du logement en dépression et provoque l’entrée de radon si le plancher n’est pas étanche.

 

Initiatives françaises

 

En France, plusieurs initiatives locales ont été lancées pour sensibiliser le public et les professionnels de la construction.

A Concarneau (Finistère), l’association de consommateurs CLCV a mené en 2012 une première campagne de mesures du radon dans l’habitat. Les 632 dosimètres distribués ont révélé une activité volumique moyenne de 307 Bq/m³, avec une activité maximale enregistrée à plus de 5000 Bq/m³.  Près de 30 % des mesures sont supérieures à 300 Bq/m³  et  3,6 % dépassent 1000 Bq/m³. Le projet portant sur 5000 mesures au total a aussi pour objectif de former des entreprises de construction aux bonnes pratiques en matière de prévention et de remédiation.

A Nantes, c’est la mission de santé publique de la commune qui a pris l’initiative d’une campagne d’information menée depuis 2007. Bien que la Loire-Atlantique ne fasse pas partie des 31 départements « à risque », la mesure d’un taux élevé de radon dans une école de l’ouest de la ville a alerté la municipalité. Les habitants de maisons individuelles des quartiers ouest se sont vu proposer des dosimètres, posés pendant quatre à huit semaines. Les 516 appareils posés lors des dernières campagnes révèlent une moyenne de 294 Bq/m3, 30 % dépassant les 300 Bq/m3. Pour ces derniers, une nouvelle mesure un an après a été proposée. Au-delà de 700 Bq/m3, un diagnostic gratuit réalisé conjointement par le service Hygiène de la ville de Nantes et le CETE de l’Ouest (Centre d’études techniques de l’Équipement) de l’Ouest a été préconisé. Des recommandations de travaux ont été dispensées quand c’était nécessaire. Fabrice Guyard, responsable du projet, regrette le manque de formation des entreprises, citant l’exemple de l’installation d’une VMC avec des entrées d’air insuffisantes qui provoque une mise en dépression du logement.

Les solutions pour réduire la stagnation de radon dans les bâtiments sont pourtant aujourd’hui bien connues. Lire notre article.

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