Règles techniques

Bâtiments neufs RT 2012 : la thermique cède la place à l’énergétique

Mots clés :

Réglementation technique

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Performance énergétique

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Energie

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Marché de l'énergie

La réglementation thermique RT 2012, obligatoire dès 2011 dans le tertiaire et en 2013 dans le résidentiel, calque ses objectifs sur ceux du label BBC-Effinergie. Aux traditionnelles exigences en matière de consommation d’énergie primaire et de confort, elle ajoutera une contrainte inédite sur les besoins dits bioclimatiques.

Ce devait être la RT 2010. Finalement, ce sera la RT 2012, voire peut-être la RE 2012, ce qui serait une façon d’officialiser le caractère plus énergétique que strictement thermique de cette nouvelle réglementation. Parmi les choses que l’on connaît, il y a la hauteur de l’obstacle : 50 kWh de consommation d’énergie primaire en moyenne par m2 de Shon et par an pour les bâtiments neufs, quelle que soit leur forme, au lieu de 80 à 250 kWh avec la RT 2005. « Défini dans la loi Grenelle 1, l’objectif énergétique de la RT 2012 reprend le niveau de consommation requis par le label BBC-Effinergie pour le logement, et place à ce même niveau l’objectif moyen pour le tertiaire », précise Jean-Pierre Bardy, sous-directeur de la qualité et du développement durable dans la construction à la direction de l’habitat, de l’urbanisme et des paysages (MEEDDM). Une valeur qui sera modulée en fonction de la localisation du bâtiment mais aussi de son usage, de ses émissions de gaz à effet de serre et éventuellement de sa taille.

Véritable rupture

« Les réglages sont en cours. Mais alors qu’on se contentait jusqu’à présent d’améliorer les performances de 15 à 20 % tous les cinq ans, pour répondre à l’augmentation graduelle du coût de l’énergie, on vise ici les 50 %, voire plus. C’est une véritable rupture », estime Jean-Robert Millet, responsable du département Energie au CSTB, chargé d’élaborer le « moteur de calcul » du dispositif.

Autre certitude : le calendrier. « Les travaux devraient être achevés entre fin 2009 et début 2010 afin que les textes d’application puissent être publiés à l’été 2010, précise Jean-Pierre Bardy. Leur application sera effective dès le 1er janvier 2011 dans le tertiaire et le logement Anru, et à partir du 1er janvier 2013 pour les autres logements. » Depuis un an, les groupes de travail thématiques mis sur pied par le MEEDDM (voir encadré) n’ont donc guère eu l’occasion de chômer. Formées de représentants des professionnels, ces équipes se réunissent une fois par trimestre environ afin de proposer de nouvelles exigences réglementaires, chacune dans son domaine de compétence. Coordonnés et analysés par un comité scientifique constitué d’une vingtaine d’experts agissant en leur nom propre, ces travaux sont ensuite présentés à un public élargi lors de conférences consultatives semestrielles « ouvertes », la dernière ayant eu lieu le 30 septembre. « L’organisation est assez classique et semble assez bien fonctionner. J’aurais malgré tout préféré davantage de transparence sur l’articulation globale du projet », commente un expert de la FFB, frustré de ne pas avoir été convié au comité scientifique. Mêmes regrets du côté des petites entreprises : « Aujourd’hui, nous devons travailler sur la base d’informations somme toute parcellaires. Il y a certes les conférences consultatives du MEEDDM mais ce n’est vraiment pas là que les choses s’élaborent », juge Gabriel Bajeux, chef du service des affaires techniques à la Capeb.

Paramétrage climatique départemental

Ces réserves faites, c’est tout de même l’enthousiasme qui domine chez les professionnels en général et chez les protagonistes de la RT en particulier. « Pour la version 2000, nous étions vus comme des technocrates doublés d’empêcheurs de tourner en rond, observe Jean-Robert Millet. Depuis le Grenelle, notre travail est au contraire devenu est un enjeu de société. Il est d’autant plus important de ne pas se tromper. »
Le moteur de calcul, notamment, bénéficiera d’une plus grande sophistication. « Il sera apte à digérer rapidement des systèmes nouveaux et permettra d’affiner les différentes hypothèses et scénarios d’application jusqu’au pas horaire », précise Bernard Sesolis, directeur du bureau d’étude Tribu. Enrichi au niveau des règles Th-U, capable de prendre en compte des zones tampons, comme les vérandas par exemple, il exploitera par ailleurs des fichiers météo départementaux construits sur quinze ans, à la place des huit zones climatiques actuelles. « L’une des questions qui se posent est de savoir si cette RT permettra de conserver l’électricité pour le chauffage et l’eau chaude sanitaire (ECS) », s’interroge toutefois Christian Cardonnel, président de Cardonnel Ingénierie. Avec un coefficient de conversion en énergie primaire de 2,58, le choix de l’électricité ramène en effet le seuil moyen de 50 kWh/m².an à seulement 19 kWh électriques, soit à peine de quoi produire l’ECS. D’où la création en début d’année du GT10, un groupe de travail chargé de régler le problème de l’équilibrage entre les différentes énergies selon leur contenu en carbone. « Pourquoi ne pas imaginer une équivalence en CO2 variable dans le temps, avec une pondération de l’effet Joule plus ou moins forte selon que l’on fait ou pas fonctionner les centrales thermiques ? », avance Christian Cardonnel.
Pour l’instant, rien n’est joué. Ce qui est sûr en revanche, c’est que les exigences de la RT 2012 se traduiront par la montée en puissance des conceptions bioclimatiques. D’où l’apparition du paramètre Bbio, en remplacement du Ubât. De même, la RT ne pourra que favoriser le développement des techniques les plus performantes, du type chaudières à condensation et ventilation double flux, mais aussi pompes à chaleur sur air extrait, équipements domotiques ou encore récupération de chaleur sur eaux grises.
Le bien-fondé du concept architectural, ainsi que la qualité et la précocité des échanges entre les architectes et les bureaux d’études, prendront de plus en plus d’importance. Idem pour le soin porté à la réalisation, critique notamment pour l’étanchéité à l’air, qui fera pour la première fois l’objet d’une obligation de traitement. «En prenant les précautions nécessaires, on sait bien que les 50 kWh sont réalisables pour tous les modes constructifs, admet-on à la FFB. Le problème, c’est le surcoût par rapport à la RT 2005 : 10 à 15 % dans la maison individuelle. Les clients pourront-ils suivre?  Réponse en 2013.

Focus

Douze groupes de travail

Pour élaborer la RT 2012, le ministère de l’Ecologie a fait plancher des groupes de travail constitués en deux vagues. La première, opérationnelle depuis octobre 2008, comprend les groupes « énergies renouvelables » (GT1), « bioclimatique et confort d’été » (GT2), « enveloppe » (GT3), « systèmes » (GT4), « suivi et vérification des performances » (GT5), « tertiaire » (GT6), « éclairage » (GT7), « ventilation » (GT8) et « usages énergétiques spécifiques » (GT9). Depuis avril 2009, trois autres groupes sont venus s’ajouter : « équilibres entre filières énergétiques » (GT10), « applicateurs de la RT 2012 » (GT11, chargé notamment du calage du Bbio, lire ci-contre) et « acteurs de la construction résidentielle » (GT12). D’autres rencontres avec des professionnels sont prévues pour des bâtiments tertiaires très spécifiques (aéroports…).

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