Solutions techniques
Grâce à une opération exemplaire, le poêle à bois a franchi un obstacle réglementaire
Olivier Berthelin | 08/12/2009 | 16:27 | Règles et normes
© ASP ARCHITECTURE
Les poêles à bois d'une puissance entre 3 et 6 kW viennent d'Allemagne et d'Autriche
Opérationnels depuis le 1er novembre, les vingt-deux pavillons à basse énergie construits par la SA HLM LeToit vosgien à Saint-Dié ont donné lieu à un arrêté du ministère de l’Ecologie prenant en compte le chauffage individuel au bois dans le calcul de la RT 2005.
Le 1er novembre, les locataires de vingt-deux maisons neuves construites à Saint-Dié-des-Vosges ont reçu les clefs de logements dont l'appareil de chauffage principal est un poêle à bois. Accompagnant l'expérience, les services de l'Etat ont pris le 9 juin un arrêté donnant leur agrément « pour la prise en compte des appareils indépendants de chauffage à bois dans le cadre de la réglementation thermique 2005 ».
« Nous avons été reçus deux fois au ministère, car jusqu'à présent, le chauffage individuel au bois était considéré comme un élément d'agrément ou comme un appoint, et non comme la principale source d'énergie », remarque Vincent Pierré, directeur du bureau d'études Terra Energie, en charge du volet thermique de l'opération. « Nous avons dû démontrer que nos calculs par simulation dynamique tenant compte des qualités du bâtiment et du comportement des usagers justifiaient notre démarche », précise l'ingénieur thermicien, remarquant au passage qu'une isolation efficace limite le recours au chauffage par l'usager.
« Nous avons constaté que dans les logements où nous avons installé des poêles à bois comme chauffage d'appoint, les locataires les utilisaient comme unique moyen de chauffage pour économiser sur les charges », précise Jean-Marc Gremmel, directeur du Toit vosgien, bailleur social, maître d'ouvrage de l'opération.
Poêles autrichiens et allemands
S'appuyant sur les études de comportement des locataires depuis 1998 dans des logements moins performants, Jean-Marc Gremmel mise dans les nouvelles maisons sur une utilisation intensive des poêles bouilleurs aboutissant à un budget annuel de chauffage, eau chaude sanitaire et ventilation de 45 euros contre 640 euros pour ceux qui n'auraient recours qu'à l'électricité. « Les performances thermiques de la maison permettent de réduire au minimum le recours au chauffage et de concentrer la consommation d'énergie sur l'eau chaude », précise Vincent Pierré, qui a obtenu un agrément pour 90 % d'énergie bois alors qu'il escomptait 100 %.
Avec une enveloppe en bois complétée par une isolation de 60 mm de fibre de bois et de 140 mm de fibre de cellulose pour les murs extérieurs, ainsi que de 300 mm de fibre de cellulose pour les combles, la construction atteint un niveau de perméabilité à l'air de 0,6 m3/h.m². « Nous atteignons le seuil des bâtiments basse consommation grâce à la qualité de la mise en œuvre par les entreprises », insiste l'ingénieur thermicien. Avec de telles performances un poêle bouilleur à bois suffit largement. « Mais les chauffagistes français ne travaillent pas véritablement sur la biomasse dans le cadre de maisons basses énergies et ne disposent que de poêles trop puissants pour nos besoins », remarque-t-il. Pour trouver des puissances de 3 à 6 kW, le maître d'ouvrage a dû se tourner vers les fabricants autrichiens et allemands qui disposent de quinze ans d'expérience dans le domaine. « La seule contrainte pour un fonctionnement correct des poêles réside dans le taux d'humidité du bois qui ne doit pas dépasser 20 % », précise Vincent Pierré. Soucieux de voir se multiplier de telles opérations, il suit de près les efforts réalisés par les acteurs de la filière bois pour structurer l'approvisionnement.
FOCUS
- Maître d'ouvrage : SA HLM Le Toit vosgien.
- Maître d'œuvre : AFP Architecture.
- Etudes : Terra Energie.
- Bilan carbone : 220 t de CO2 stockées.