Solutions techniques
Sédimatériaux : la France veut valoriser ses sédiments de dragage
Alix de Vogüé | 30/06/2009 | 10:21 | Recherche & développement
Rechercher des solutions innovantes de traitement des sédiments de dragage : c’est tout l’enjeu de la charte Sédimatériaux, démarche collective qui doit permettre de rassembler les initiatives isolées des gestionnaires de ports.
Les dragages d'entretien représentent tous les ans en France 50 millions de m3 pour les ports et 6 millions de m3 pour les fleuves et les canaux. Les sédiments portuaires qui ne sont pas contaminés peuvent être immergés. Les autre, dès qu'ils touchent terre deviennent des déchets et sont donc inexploitables. D'où l'intérêt de la signature le 10 juin 2009 à Lille de la charte de préfiguration du projet « Sédimatériaux » par quatre de ses cinq partenaires : la Région Nord Pas de Calais, la préfecture du Nord-Pas de Calais, l'association CD2e et l'Ecole des Mines de Douai. Celle du Meeddat est imminente.
Sédimatériaux a pour objectif de faire émerger des filières de gestion et de valorisation des sédiments à terre. Une douzaine de projets opérationnels seront mesurés et suivis. La démarche scientifique sera structurée à l'image du guide méthodologique que le Meeddat s'apprête à sortir d'ici six mois à un an sur « l'acceptabilité des matériaux alternatifs en techniques routières ». L'objectif est de fournir les éléments indispensables pour faire évoluer la réglementation concernant la gestion terrestre des sédiments. Un groupe de travail ad hoc constitué au sein du Meeddat est chargé de caractériser le seuil de dangerosité des sédiments gérés à terre.
Un budget d'un million d'euros
Pendant cette préfiguration, Sédimatériaux dispose d'un budget d'un million d'euros et de deux ans pour parvenir à une charte d'engagement définitif avec l'ensemble des gestionnaires portuaires ou fluviaux. Le projet fédère deux démarches développées en parallèle depuis dix ans : le Nord-Pas-de-Calais a travaillé sur la valorisation tandis que Sédimard, dans le sud, intervenait en amont sur la caractérisation des sédiments.
Draguant 3 à 4 millions de m3 par an (dont 500.000 ne sont pas immergeables), le Port autonome de Dunkerque dispose d'un gisement important. Il a aussi du foncier, ce qui facilite les expérimentations. Il a donc mené avec l'Ecole des Mines de Douai des actions de recherche et développement (soutenues par le dispositif régional du Predis puis le pole de compétences TEAM animé par l'association Cd2e) qui lui ont permis de réaliser 100 mètres de voirie. Les sédiments ayant été utilisés en couche d'assise.
De son côté le Conseil Général du Var (avec les Alpes Maritimes, le Finistère, la Marine Nationale et le conseil régional) à travers le projet Sédimard a mené des travaux de caractérisation des sédiments portuaires originaire d'une dizaine de ports et constitué une base de données avec 2700 analyses. L'enjeu dans la rade de Toulon est de reprendre le dragage abandonné depuis une trentaine d'années qui est indispensable pour son développement.
Sédimatériaux va donc aider la réalisation de projets opérationnels. Dunkerque veut aménager d'autres voiries et des éco-modelés paysagers en vue de développer la biodiversité. Le port veut aussi réaliser des granulats marins et des acropodes pour lutter contre l'érosion littorale. Ces opérations représentent entre 5 et 8 millions d'euros.
Réalisations en Belgique
Les belges suivent de près ces initiatives car leur législation qui prévoit la valorisation des sédiments selon leur typologie leur a permis de développer un savoir-faire sous l'impulsion de leurs groupes de dragage DEME et Jan De Nul. Soucieux de limiter l'immersion de ses boues et de développer des solutions de stockage plus économes en foncier le port d'Anvers a confié à DEME et Jan De Nul fin 2008 le contrat Amoras ( 482 millions d'euros sur 15 ans) pour draguer, déshydrater et stocker ses boues sous forme de « gâteaux de sédiments ». Leur réutilisation est à l'étude.
Ecoterres(groupe Deme) participe au projet Sédisol près de Charleroi où 8 millions d'euros vont être investi pour traiter les boues de dragage des canaux de wallonnie. Cette usine, d'une capacité annuelle de 235.000 m3, utilisera le procédé Novosol (Solvay) pour stabiliser les métaux lourds. Les sédiments pourront donc être valorisés dans le profilage de friches industrielles ou éventuellement la stabilisation de terrils. « Cette usine est bien placé pour les marchés de Bruxelles et du nord de la France » explique Denis Drousie directeur d'Extract-Ecoterres filiale de Vinci et Ecoterres.
A Toulon, Ecoterres a réalisé pour Sédimard un pilote de traitement des déblais de dragage. Son concurrent Envisan (groupe Jan De Nul) est mandataire d'un groupement (avecVeolia, Colas, Cari et Egis) qui propose sur le même site de tester des ouvrages type quai ou route intégrants des sédiments. A Dunkerque Envisan a réalisé la première plate-forme française de déshydratation de sédiments par lagunage d'une capacité de 50.000 m3.