Solutions techniques
Lifting pour l’église anglicane de Nice
Stéphane Miget | 25/01/2012 | 11:30 | Innovation chantiers
Photo n° 1/6 - Lafarge / LE MONITEUR.FR
L'église anglicane étant située en plein centre-ville, l'entreprise a apporté une attention toute particulière à l'environnement, afin de limiter au minimum les nuisances.
Ainsi, tous les échafaudages sont recouverts d'un filet au maillage très dense pour éviter les poussières.
Des traitements tout en douceur, microgommage, dessalement des pierres à l’aide de compresses de ouate de cellulose, enduits à la chaux, ont redonné à l’église Anglicane Nice son caractère d’origine.
Construite entre 1860 et 1862 en centre-ville, à proximité de la promenade des Anglais, L’église Anglicane de Nice de l’architecte anglais Thomas Smith se distingue par son architecture néogothique. Dégradé au fil du temps, notamment par des embruns iodés qui ont attaqué la pierre et par de nombreuses traces de ciment résultant des travaux antérieurs, le bâtiment vient d’être complétement restauré. Restauration qui a débuté par un nettoyage en règle des façades extérieures par microgommage. L’objectif étant de retrouver « la lecture de l’édifice » qui devenait impossible en raison de ces altérations. Le microgommage a été réalisé à l’aide d’une poudre abrasive de 400 microns de diamètre. Les pierres dures – pierres de la Turbie froides et peu poreuses, très utilisées dans la région – et les pierres tendres ont été microgommées avec le même matériel mais, pour ne pas endommager les parties les plus délicates comme les baies ou les mascarons, la pression a été largement diminuée et la distance de projection a été augmentée d’environ 30 cm.
Dessalement à la ouate de cellulose
Mauvaise surprise, ce microgommage a révélé sur certaines pierres une pathologie liée à l’attaque corrosive du sel contenu dans l’air iodé. Hypothèse confirmée par des analyses réalisées pour connaître exactement la teneur en nitrates, sulfates et chlorures. Suite à ces analyses et compte-tenu des résultats – présence anormale de sels –, l’entreprise de restauration a procédé au dessalement complet des pierres malades, à l’exception de celles des clochetons trop abîmés pour être conservés. Le dessalement a été réalisé avec une technique spécifique qui consiste à projeter, à l’aide d’air comprimé, de la ouate de cellulose vierge imbibée d’eau distillée et d’un additif collant pour permettre l’adhérence de l’ensemble à la pierre. Cette ouate forme alors une compresse humide vers laquelle migrent les sels contenus dans la pierre. Compresses régulièrement réhumidifiées pour que la migration soit la plus complète et se fasse le plus lentement possible. Une fois les sels absorbés, les pierres ont été grattées à la spatule en caoutchouc ou à l’air comprimé.
Chaux blanche
Après ces différents traitements, les pierres de façade ont été rejointoyées conformément aux souhaits de l’architecte, Jean-Baptiste Griesmar, en charge de la restauration. Lequel a voulu une restauration à l’identique. D’où une recherche conduite pour trouver un bon compromis en sable et liant de façon que les mortiers utilisés s’adaptent à la blancheur de la pierre de Turbie et à la teinte ocre jaune des pierres tendres des ouvertures. Il fallait aussi « que les joints recouvrent les deux tiers de la pierre afin de garder le caractère typique de l’édifice avec un appareillage relativement grossier », explique l’architecte. Résultat : les joints ont été réalisés à l’aide d’un mortier constitué de chaux blanche (NathuralTM de Lafarge) et d’un sable de granulométrie 0/4 pour que le relief puisse accrocher la lumière. Autre point délicat de cette restauration : la reconstruction après démontage des quatre clochetons. Trop abîmés, les pierres d’origine ont été remplacées par des pierres tendres venant de la carrière d’Estaillades en Provence. Lesquelles présentent les mêmes caractéristiques mécaniques et esthétiques que les pierres initiales. Après reconstruction, les clochetons ont été jointoyés à l’aide d’un mortier à base de chaux blanche mais avec des sables plus fins (0/2) auxquels ont été ajoutés quelques pigments colorés pour obtenir la teinte jaune-ocre originelle. Dernière étape : un ragréage et le passage d’une eau forte à base de chaux pour uniformiser la façade et lui créer un nouvel épiderme protecteur.
FOCUS
Maître d’ouvrage : Holy Trinity Anglican Church
Maître d’œuvre : agence Griesmar Architecte A-GA
Dates d'exécution : août 2011 - janvier 2012
Entreprise de restauration Sele (13)
Nature des travaux réalisés :
• Micro gommage
• Déjointoiement et rejointoiement
• Dessalement
• Taille de pierre
• Ragréages.