Solutions techniques
Retour d’expérience : les véritables performances des bâtiments basse consommation
Jean-Charles Guézel | 28/02/2011 | 15:21 | Innovation chantiers
Livré en 2008, le Patio Lumière (ZAC de Bonne, Grenoble) visait 42,5 kWh/m²hab.an en chauffage. Il consomme en réalité 32 % de plus. En cause, notamment, des températures de consigne trop élevées et les ponts thermiques que révèle l'image infrarouge au niveau de la solidarisation des doubles murs. Sur d'autres réalisations, c'est parfois l'accrochage du bardage qui crée de mauvaises surprises.
La confrontation des bâtiments économes à la réalité des mesures est souvent cruelle pour les concepteurs. Au-delà des défauts de fond, le constat montre que des améliorations sensibles pourraient être obtenues en responsabilisant les usagers et en optimisant le pilotage des équipements.
«Tant de paramètres non maîtrisables entrent en jeu, à commencer par le climat et ses variations locales, qu’il est impossible de prévoir la consommation d’énergie d’un bâtiment », assène Olivier Sidler, le bouillonnant directeur du BET Enertech. Prononcés le mois dernier dans le cadre d’un colloque CSTB/Cete de l’Ouest consacré à l’évaluation de la performance des bâtiments basse consommation (BBC), ces propos font un peu désordre à l’approche de la RT 2012 et de la généralisation du BBC. Mais ils ont le mérite d’alerter sur les écarts parfois gigantesques entre les calculs des bureaux d’études et la réalité du terrain. « Dans les logements de la ZAC de Bonne (Grenoble), nous avons relevé pour le chauffage 58,3 kWh (énergie utile) en moyenne par mètre carré de surface habitable et par an, au lieu des 42,5 kWh prévus. A l’Ineed de Valence, un bâtiment tertiaire, les 25 kWh envisagés (énergie primaire) ont été tenus la première année… avant de passer à 35,2 kWh deux ans plus tard. » Exemples que l’on pourrait multiplier à l’infini et qui montrent l’incertitude des prévisions mais aussi l’amplitude des dérives.
15 % à 20 % de surconsommation par degré supplémentaire
La faute à des erreurs de conception et/ou de construction, mais pas seulement. « Faire des bâtiments performants, c’est d’abord respecter la loi qui fixe la température maximale à 19 °C en période de chauffage. Or l’expérience montre que cette température est plutôt de 21 °C en moyenne. » Et d’expliquer, résultats de simulations dynamiques à l’appui, que les fameux 7 % de consommation supplémentaire par degré valaient peut-être pour les constructions non isolées, mais qu’ils se sont transformés depuis en 15 %, voire 20 % pour les logements performants. D’où les conséquences désastreuses de l’usage inconsidéré des thermostats par pièces « qu’il faudrait peut-être accepter de brider », lance l’ingénieur. Si les comportements constituent une donnée du problème, restent évidemment les anomalies techniques, au premier rang desquelles les ponts thermiques non pris en compte et les défauts d’étanchéité à l’air. « Un mode d’accrochage de bardage non approprié et c’est le coefficient de transmission thermique qui grimpe de 0,2 à 0,3 W/m².K en donnant des allures de peau de léopard à la cartographie thermique des façades. Quant à l’étanchéité, c’est 3 à 4 kWh/m².an de perdus par vol/h supplémentaire sous 50 pascals… » Des problèmes que l’on peut régler par l’intelligence de conception, insiste Olivier Sidler. « De bons dessins, le souci du détail, voilà ce qu’il faut. Et surtout arrêter de compter sur les joints au pistolet ! » Du côté des équipements, l’une des erreurs les plus souvent rencontrées est le surdimensionnement des générateurs, redoutable au plan des rendements. A l’Ineed, Olivier Sidler a mesuré un taux de charge moyen de la chaudière de 21 %, avec un maximum de seulement 67 % de la puissance installée…
Pilotage approximatif
Autres erreurs de conception classiques : l’installation de pompes et de ventilateurs à débit variable… sur des installations à débit fixe. Aucun gain énergétique à espérer. Ou encore, vu à la ZAC de Bonne, le recours à une VMC à débit variable au soufflage, mais fixe à l’extraction. « Les infiltrations ont compensé, avec les conséquences énergétiques que l’on imagine… » En chaufferie, il y a aussi l’exemple de ces pompes jumelées fonctionnant toujours simultanément, même quand une seule suffirait. Bilan : 16 % de consommation additionnelle. Sans parler des défauts de maintenance, notamment l’encrassement des filtres d’air neuf sur les centrales de traitement d’air, qui augmente la consommation de chauffage. A l’Ineed, avec un pilotage optimisé des équipements et certains gestes simples, Olivier Sidler estime qu’il serait possible de réduire la consommation de 37 % pour l’éclairage, de 44 % sur la ventilation, et même de 48 % pour les pompes. Une belle marge de manœuvre pour un bâtiment censé être déjà très performant.
Mi-novembre 2010, des occupants frileux du Pallium (ZAC de Bonne, Grenoble) surchauffent leur logement pendant que d'autres, dessous, vivent fenêtre ouverte. Les pieuvres hydrocâblées diffusent une chaleur massive - mais voulue - dans le plancher de l'appartement du dessus. Faute d'isolation, comme en atteste le thermogramme, cette chaleur se transmet par le plafond à l'appartement du dessous, jusqu'à en devenir incommodante.
Même dans le cas des installations bien isolées, les mesures montrent que le rendement de la distribution d'eau chaude sanitaire peine à atteindre les 50 % ; la résolution de ce problème passera par l'hyper-isolation des réseaux et des organes de chaufferie.
L'étanchéité à l'air des bâtiments français laisse encore trop souvent à désirer, comme l'illustre le mauvais traitement de ce passage de fourreaux et de gaines entre un parking non chauffé et des locaux habités.
conception avec RT....échec programmé
C'est encore pire !
Conception et approximations thermiques