Solutions techniques

L’isolation par la paille prend son essor

Olivier Berthelin | 02/06/2010 | 11:52 | Innovation chantiers

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Isoler avec de la paille

Deux opérations, dans les Vosges, totalisant quatorze logements, dont quatre locatifs sociaux, illustrent les atouts de la paille dans la construction. La filière s’engage dans des process industriels.

Le Toit Vosgien réceptionnera, mi-juin, un bâtiment en bois, isolé par de la paille , à Gerbépal (Vosges). Les quatre logements seront conformes aux exigences du label allemand Passiv Haus. En mariant pompe à chaleur et poêle à bois, le coût énergétique d'un logement de 74 m2, isolé par la paille , peut descendre jusqu'à 112 euros par an.
« Les qualités thermiques d'un mur isolé par 40 cm de paille équivalent à celles d'un mur de 20 cm de polystyrène, avec les avantages d'un matériau renouvelable produit localement », précise Jean-Luc Charrier, directeur technique du bailleur social de Saint-Dié.
Au sol, l'isolation par un radier sur un lit de billes de verre limite l'usage du béton au minimum requis par la réglementation parasismique. Sous les combles, 50 cm de ouate de cellulose complètent l'étanchéité du bâtiment compact conçu par Colin architecture. « Nous attendons d'ici à l'été les arrêtés de certification des systèmes de fixation de la paille dans la charpente », précise Vincent Coliatti, ingénieur de Terra Energie. Dans le cadre très strict du logement social, ce bureau d'études a mis au point avec le Critt bois un système de vis permettant de fixer la paille dans les poutres.

Ecoconstruction industrielle

Terra Energie mène conjointement un programme de dix maisons passives porté par l'association Ecolline à Saint-Dié. La plus grande taille de cette opération justifie, pour certaines maisons, un début d'industrialisation de la construction : avant le chantier, le charpentier enferme la paille compressée dans des caissons. « Les deux techniques offrent des résultats équivalents sur le plan de la performance énergétique », remarque Laurent Bone, l'architecte du projet partiellement réalisé en autoconstruction.
Comme le Toit Vosgien, l'association a prévenu l'humidité de la paille en l'installant par l'intérieur, une fois les murs et la toiture achevés. Dans les deux cas, la coordination entre l'étancheur et le fournisseur de paille constitue la clef de voûte de la réussite.
« Cela exige beaucoup de réactivité, mais comme nous n'utilisons pas de joints en PVC, nous y gagnons sur le plan de la santé des ouvriers », estime François Petit-demange, gérant de TAE, PME en charge de l'étanchéité sur ce chantier. L'expérience a conduit l'architecte à assumer une fonction pédagogique : « La plupart des artisans ne connaissent pas ces matériaux. Ils doivent remettre en cause leurs habitudes de travail et apprendre à mieux collaborer entre les différents corps de métiers, car les normes de la maison passive ne laissent pas beaucoup de place à l'erreur. Il en va de même pour les autoconstructeurs désireux de s'impliquer dans un projet environnemental ambitieux. »

FOCUS

Unité de production mobile en 2011

Expérimentant depuis deux ans le pressage de bottes de pailles pour la construction, Univert'foin investit 2 millions d'euros dans une usine mobile de façonnage d'éléments pour murs de paille . Conçu en partenariat avec les ingénieurs de l'Ecole nationale supérieure des techniques et industries du bois d'Epinal, ce compresseur répondra, début 2011, aux exigences des architectes gênés par la qualité aléatoire des ballots pressés de manière artisanale. Pour résoudre les problèmes du transport et du stockage d'une matière première encombrante et fragile, le compresseur doit se déplacer chez les agriculteurs fournisseurs. « Nous devons aller au plus près des sources et des clients pour répondre à des commandes très exigeantes sur les normes de qualité et les délais de livraison », explique Joseph Geltz, gérant d'Univert'foin, prolongement de l'exploitation agricole familiale de Bouzonville (Moselle).
A proximité des frontières belge, luxembourgeoise et allemande, un large réseau de fournisseurs permet à l'entreprise d'offrir 130 qualités différentes de fourrage. « Les architectes ont besoin de formats et de densité de compression précis qui ne sont pas incompatibles avec les exigences des centres équestres et des zoos », précise l'entrepreneur, qui traite environ 4 000 t de fourrage par an. La PME compte faire passer la part de la construction de 1 à 33 % de son activité.

Olivier Berthelin | Source LE MONITEUR HEBDO