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Expoprotection 2008 : la détection de fumée se généralise

Defawe Philippe | 03/11/2008 | 19:24 | Industrie/Négoce

Les fumées seront d’ici peu [...]

Les fumées seront d’ici peu pourchassées jusque chez les particuliers au moyen de capteurs optiques économiques, hélas pas toujours irréprochables. Au salon Expoprotection, qui se tient jusqu'au 7 novembre à Paris Nord Villepinte, les fabricants rivalisent d’ingéniosité pour rendre la détection toujours plus sûre.

En matière d’incendie, les grands désastres commencent presque toujours par de petites fumées. Des flammèches, voire de simples échauffements de câbles électriques, simples à combattre pour peu qu’on les détecte à temps, c’est-à-dire dans les premières minutes. De jour, la vigilance peut suffire à éviter le pire. C’est donc de nuit qu’ont lieu 70 % des décès imputables aux incendies domestiques, faute d’un système capable d’alerter les occupants durant leur sommeil. Or ce système existe : c’est le DAAF (détecteur avertisseur autonome de fumée), un capteur bientôt obligatoire dans le résidentiel et dont l’alarme sonore très puissante peut protéger tout un étage d’habitation. Selon des études menées dans les pays anglo-saxons où ces matériels sont banalisés, on estime que la mortalité incendie est réduite de moitié lorsque le taux d’équipement passe de zéro à 80 %. Avec de bons matériels du moins !

En effet, lors de tests réalisés sur un échantillonnage de produits commerciaux dans des conditions réelles de feu domestique, la commission de sécurité des consommateurs a mesuré des temps de réaction généralement compris entre 1 et 3 minutes pour les feux déclarés, mais pouvant aller jusqu’à 10 minutes sur feu couvant. «Seule une minorité de détecteurs se montrent suffisamment actifs sur les feux localisés», regrette l’organisme, qui demande aux pouvoirs publics une intensification des opérations de contrôle. «Dans les grandes surfaces de bricolage, on trouve 25 % à 30 % de produits douteux. Bien souvent du matériel chinois très peu coûteux, parfois vendu moins de 10 euros», prévient Michel Mallard, délégué général de la Fédération française de matériel d’incendie (FFMI). D’où l’importance des marques pouvant apporter des preuves de conformité à des référentiels techniques connus. «Au-delà du marquage CE et de l’EN 14 604, il y a la marque NF qui applique des critères supplémentaires garantissant la qualité et l’efficacité des produits », plaide ainsi l’Afnor, créateur du label NF DAAF. Ces critères portent, entre autres, sur l’aptitude à l’emploi, l’ergonomie et la qualité de fabrication (audits indépendants en usine).

Un secteur en mutation
Pas de souci de qualité en revanche dans le domaine professionnel où les spécialistes de la détection, pour la plupart présents à Expoprotection, développent des produits toujours plus performants, faciles à utiliser et esthétiques. Pour preuve la sensibilité et le silence de fonctionnement du nouveau système aspirant Titanus Silent de Wagner Group, la convivialité repensée de la centrale incendie Sensea de Nugelec ou encore le design verre-acier des détecteurs de la gamme Architecture d’Aviss. Pour ne citer que ces quelques exemples.

En réalité, du détecteur domestique à la centrale haut de gamme, c’est tout un secteur qui est en train de muter, porté par le formidable développement de l’électronique et des liaisons sans fil. Il y a plusieurs années déjà, les fabricants avaient opéré une importante reconversion industrielle en remplaçant les détecteurs de particules de fumée à l’américium 241 – l’élément radioactif présent dans les «vieilles» chambres d’ionisation – par des capteurs d’opacité basés sur l’effet photoélectrique. Désormais interdits à la vente en France pour le neuf, les détecteurs «ioniques» ne sont plus autorisés que dans le cadre de la maintenance (remplacement, rajout de capteurs) sur les systèmes de sécurité incendie (SSI) existants, et cela jusqu’en juillet 2009. Par la suite, seul le reconditionnement des sources sera possible, pour au maximum deux cycles supplémentaires de quatre ans. Plus aucun détecteur ionique ne devrait donc être en service à compter de 2017, année du passage au «tout optique».

«Notre gamme de détecteurs s’étend des modèles ponctuels filaires, vendus autour d’une centaine d’euros, jusqu’aux détecteurs linéaires, dix fois plus chers mais capables de scruter des espaces mesurant 100 m de longueur sur 10 m de largeur», détaille Michael Auffret, spécialiste de la sécurité incendie chez Siemens Building Technologies. Entre ces deux extrêmes, l’industriel propose des détecteurs radio capables de fonctionner en réseau et à différentes fréquences (pour s’affranchir des problèmes de propagation électromagnétique), ou d’étonnantes centrales à aspiration (technologie dite «multiponctuelle»). A chaque famille ses avantages et ses inconvénients : simplicité de mise en œuvre mais volume assez important pour le «sans-fil» ; intégration architecturale et rapidité de réaction, mais véritable travail de plomberie (jusqu’à la chambre de détection) pour le multiponctuel... Avec un émetteur/récepteur infrarouge d’un côté, un réflecteur de l’autre (tous deux à 1 m du plafond), la détection linéaire exige, quant à elle, une mise en œuvre soignée et des supports rigides et stables. En cas contraire, le désalignement du faisceau de surveillance peut provoquer de fausses alarmes. Mais cette technologie est la plus avantageuse pour les grands volumes (entrepôts, musées, etc.) et parmi les plus fiables grâce à la possibilité d’asservir le récepteur aux déformations mécaniques.

«Les détecteurs évoluent au rythme des progrès de l’intelligence embarquée, souligne Régis Cousin, président du Gesi (Groupement français des industries électroniques de sécurité incendie). Des produits dits "multicritères" combinent plusieurs modes de détection, fumée et chaleur (statique ou dynamique) ou fumée et flamme par exemple, ce qui était assez compliqué autrefois.» La modélisation des phénomènes, l’algorithmique, le traitement par logique floue, constituent aussi de puissants leviers d’amélioration dans le domaine de la détection. A l’image de la Sinteso de Siemens, les centrales de détection peuvent distinguer à coup sûr (ou presque) un véritable incendie d’une simple perturbation liée à la présence de poussière, de gaz d’échappement ou d’humidité. En plus d’être de plus en plus sensible, la détection se fait sûre. Un progrès considérable pour les professionnels.

Jean-Charles Guézel (Le Moniteur)

Retrouvez un dossier complet sur la protection incendie dans "Le Moniteur" du 31 octobre.


Lire l'interview de Jean-François Sol Dourdin, commissaire général du salon Expoprotection

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Defawe Philippe | Source LE MONITEUR.FR