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Les systèmes de chauffage en Europe : état des lieux

Defawe Philippe | 10/11/2008 | 13:01 | Energie

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De gauche à droite : Pierrick Rabillon et Hervé Thelinge d'Energies et Avenir et Jean-Paul Dallaporta de l'Anah. Photo Hugues Haëntjens (JDC)

L’association « Energies et Avenir », qui [...]

L’association "Energies et Avenir", qui regroupe l’ensemble des professions de la filière du chauffage à eau chaude, présente une étude sur les systèmes de chauffage en Europe et en profite pour avancer quelques idées sur le chauffage et l’environnement. Détails.

La période est propice. A l’heure du Grenelle de l’Environnement et de la réduction de la consommation énergétique des bâtiments, Energies et Avenir (1) s’est intéressé à la situation européenne pour dégager des enseignements pour la France. L’étude intitulée "Systèmes de chauffage des bâtiments en Europe : tendances, enjeux et enseignements pour la France" (2) dresse un état des lieux puis zoome sur 6 pays de l’Union européenne (Royaume-Uni, France, Espagne, Suède, Allemagne et Italie).

Un marché soutenu par le renouvellement du parc existant
Près de 80% des quelque 200 millions de logements européens sont équipés d’un système de chauffage organisé, c'est-à-dire permettant de chauffer plusieurs pièces et fonctionnant sur une même source de chaleur. Les 40 millions restants sont chauffés grâce à une cheminée, un poêle, des radiateurs électriques, etc. ; ils sont principalement situés en Espagne, Italie et Portugal, là où le climat est plus clément.
Le marché européen est soutenu par le neuf, mais surtout par le remplacement des chaudières vétustes, qui représente 60% des ventes.
"Le chauffage individuel à eau chaude est le système de référence en Europe, commente Pierrick Rabillon d’Energies et Avenir. C’est une tendance lourde. Dans plusieurs pays, plus de la moitié des logements en sont équipés. Ce taux atteint même 9 logements sur 10 au Royaume-Uni, 3 sur 4 aux Pays-Bas et plus de la moitié en Belgique et en Italie".
En revanche, la part des solutions de chauffage collectif tend à reculer (- de 20% des logements) et celle du chauffage urbain à se stabiliser à environ 10% des logements, avec toutefois un fort développement lorsqu’il s’appuie, par exemple, sur de la géothermie, comme c’est le cas au Danemark.

L’exception électrique française
Avec sa tradition nucléaire, la France occupe une position originale en Europe. Elle arrive largement en tête avec 25% de son parc de logements existants chauffé à l’électricité (soit quatre fois plus que la moyenne européenne) et 70% des logements neufs. "La France est ainsi le seul des grands pays européens où la part du chauffage électrique direct s’accroît, déplore Pierrick Rabillon. Cette exception française conduit à un retard dans l’utilisation des nouvelles technologies (condensation, solaire, PAC et bois/biomasse) : 33% des ventes en France contre 56% en Europe. Cette pratique du «tout électrique» surtout dans le neuf, ajoute-t-il, est justifiée sur le plan environnemental, par l’hypothèse, selon laquelle l’électricité consommée pour le chauffage est produite par le nucléaire, faiblement émetteur de CO2. Or, le nucléaire ne suffit pas à faire face aux pics de demandes d’électricité en hiver, assurées alors par des centrales hydrauliques et des centrales thermiques productrices de CO2". L’association "Energies et Avenir" plaide pour un retour à l’équilibre, dans le neuf, entre les deux types de chauffage, à eau chaude et électrique.

Diversité des solutions de chauffage
Capables d’assurer la transition du parc installé vers des solutions économes en énergie, les chaudières à condensation, les pompes à chaleur et les chaudières à bois ou à biomasse connaissent des succès différents selon les pays.
Par exemple, la condensation peut aller de 1% des matériels vendus en Espagne à 95% de ceux commercialisés au Royaume-Uni où elle est devenue obligatoire en 2005, en passant à 24% en France.
Les pompes à chaleur, quant à elles, connaissent un développement soutenu en Allemagne et en France, qui se classe au 2ème rang européen en terme d’unités vendues pour les PAC air-eau et eau-eau. La tendance est identique pour le chauffage au bois ou à biomasse, avec cependant une croissance tributaire de la disponibilité en bûches et granulés.
Le solaire thermique est lui aussi implanté de manière très disparate : 40% des capteurs européens se trouvaient, en 2004, en Allemagne, suivie par l’Italie et la France, mais il reste sous-développé au Royaume-Uni (2,3%).
Parmi les solutions d’avenir, la micro-cogénération arrive sur les marchés en Allemagne et au Royaume-Uni et les piles à combustible sont attendues à l’horizon de la prochaine décennie.

Une série de mesures proposée

Ce panorama européen montre que l’efficacité énergétique coûte cher, notamment dans le neuf, où le décideur est le plus souvent le promoteur. Pierrick Rabillon regrette qu’en France, alors que 7 constructeurs de maisons individuelles sur 10 considèrent la géothermie comme le système idéal, ils retiennent 3 fois sur 4 un mode de chauffage électrique direct. Et d’insister sur l’attribution des différentes incitations financières et réglementaires, véritables moteurs pour le développement de nouvelles technologies.
Parallèlement, l’association "Energies et Avenir" défend la mixité des énergies ("vecteur de développement des énergies renouvelables"), de plus associée au crédit d’impôt, comme en Allemagne où se développent les systèmes couplés condensation/solaire thermique. Des aides fiscales qu’elle aimerait voir étendre aux bailleurs et aux résidences secondaires dans l’existant et aux chaudières à condensation dans les bâtiments neufs. "Nous souhaitons une plus grande équité dans la distribution des crédits d’impôts. Pourquoi les PAC bénéficient-t-elles d’un crédit d’impôt de 50%, alors qu’aucune aide n’est dispensée sur les chaudières à condensation ?", s’interroge Hervé Thelinge d’Energies et Avenir.
Partant toujours des exemples européens, l’association formule d’autres idées pour la France.
Pour le parc existant, là où se situe le principal gisement de croissance, les représentants du chauffage à eau chaude proposent de contraindre l’occupant d’un logement à réaliser un entretien annuel et un contrôle de son installation si elle a plus de 15 ans (une chaudière sur trois actuellement). Ils préconisent aussi d’augmenter les compétences thermiques des diagnostiqueurs. "Dans 80% des DPE réalisés, ils recommandent l’isolation, regrette Hervé Thelinge; une meilleure connaissance thermique leur permettrait de proposer à leurs clients d’autres solutions". Enfin, ils militent pour la création d’un Observatoire officiel des émissions de CO2 par énergie et par usage pour aider à l’établissement des politiques publiques et ainsi mettre fin aux polémiques actuelles sur les rejets de CO2. Des idées que l’on peut retrouver pour certaines dans les propositions du Com op du Grenelle de l’Environnement "rénovation des bâtiments existants".

Frédérique Vergne

FOCUS

(1) "Energies et Avenir" réunit l’ACR (Syndicat des Automatismes du génie Climatique et de la Régulation), la CAPEB (Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment), le CFBT (Comité Français de Butane et du Propane), l’association Chauffage Fioul, le CTCC (Centre Technique du Cuivre pour les Canalisations), le FF3C (Fédération Française des Combustibles, Carburants et Chauffages), la FG3E (Fédération Française des Entreprises Gestionnaires de Services aux Equipements, à l’Energie et à l’Environnement), la FNAS (Fédération nationale des négociants en Appareils Sanitaires, chauffage, climatisation et canalisation), GDF-SUEZ, le GFCC (Groupement des Fabricants de matériel de chauffage central par eau chaude et de production d’eau chaude sanitaire), Profluid (Association Française des pompes, des compresseurs et de la robinetterie), l’UCF/FFB (Union Climatique de France) et l’UNCP/FFB (Union Nationale des Chambres Syndicales de Couverture et de Plomberie).

(2) L’étude a pour source un rapport de la Business Research Group Ltd, complété d’éléments fournis par le GFCC (Groupement des Fabricants de matériel de chauffage central par eau chaude et de production d’eau chaude sanitaire) et l’EHI (Association of the European Heating Industry)

Defawe Philippe | Source LE MONITEUR.FR