Point de vue
2010 : La Direction de l’architecture disparaît
Richard Klein, Gérard Monnier et Paul Quintrand | 22/01/2010 | 16:47 | Culture
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Extrait du bloc-note d'un penseur de la RGPP, en poste au ministère de la Culture et de la Communication
Les professeurs Richard Klein, Gérard Monnier et Paul Quintrand réagissent à la disparition de la Direction de l’architecture du ministère de la Culture et de la communication. Selon eux, l’enseignement et la pratique de l’architecture ne peuvent pas s’administrer comme une action patrimoniale parmi d’autres.
La nouvelle organisation du ministère de la Culture et de la Communication, recentrée sur le secrétariat général et trois directions - la Direction générale de la création artistique, la Direction générale des médias et des industries culturelles, et la Direction générale des patrimoines - ne comprend plus de Direction de l'architecture et du patrimoine. L'architecture est intégrée dans la direction générale des patrimoines en tant que simple "service de l'architecture" (*).
Sans autre forme de procès, des composantes comme la recherche, l'enseignement, la création architecturale, les actions sur la qualité architecturale et le pilotage de la profession d'architecte sont enfouies dans un ensemble dominé par des dispositifs - archives, archéologie, monuments historiques, inventaire, musées - dont l'essence et les objets, les outils et les pratiques, sont tournés vers le passé.
Montage incongru, assemblage de circonstance, improbable usine à gaz, carpe et lapin : on veut bien laisser ouvert le champ de l'interprétation sardonique.
Nous sommes quelques-uns, pour avoir beaucoup investi dans l'histoire scientifique de l'architecture et dans la promotion du patrimoine architectural, à connaître de première main les raisons fondamentales pour inscrire les édifices, comme d'autres objets, dans la construction d'une histoire culturelle, technologique et sociale. Et nous en savons les limites : le programme, les formes et les contenus d'une action de l'Etat dans la fabrique de l'architecture et du cadre de vie ne peuvent pas s'administrer comme une action patrimoniale parmi d'autres.
L'expérience depuis 1998 du binôme architecture et patrimoine, mesurée à l'aune des ses effets, est suffisante : l'Etat a besoin d'autres outils que les instruments de la confrontation entre entités divergentes.
Inexorablement, une politique prospective de l'architecture, tournée vers de nouveaux usages, vers de nouvelles contraintes, vers de nouveaux moyens - et le contexte ne permet pas d'autre choix - sera en porte-à-faux dans un dispositif patrimonial, qui produira ses représentations et ses critères, et qui répartira ses moyens à l'architecture par défaut. Cette péripétie calamiteuse ne convient pas.
A moins d'admettre que l'Etat annonce par ce décret qu'il n'entend plus poursuivre une ambitieuse politique de l'architecture, avec ses outils appropriés - recherche, expérimentation, formation des professionnels. A moins de comprendre que le nouvel organigramme cautionne et anticipe les dérives à venir, le renoncement à l'investissement de l'Etat dans l'architecture, ou l'action de l'Etat assimilée à une pratique réduite, qui aurait pour objectif ubuesque - et pour limites - la production du patrimoine de demain, la production synthétique d'un ersatz.
L'issue est dans la réflexion sur le périmètre souhaitable du ministère de la Culture et de la Communication, et sur la place de l'architecture et de son enseignement dans l'appareil de l'Etat. A tout le moins, si on veut maintenir le potentiel d'action dans le service public de l'architecture, s'imposera le rattachement de la recherche et de la formation - en clair les Ecoles d'architecture et du paysage - au ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.
(*) Cf décret n°2009-1393 du 11 novembre 2009
Richard Klein, architecte, professeur HDR, Ecole nationale supérieure d'architecture et du paysage de Lille
Gérard Monnier, historien, professeur émérite de l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne
Paul Quintrand, architecte, professeur honoraire, membre de l'Académie d'architecture
A lire aussi : "L'école d'architecture Paris-La Villette prend position sur la disparition de la Dapa"
Pierre | 24/01/2010 - 10:18
Architecte et historien de l'architecture
Je partage entièrement le point de vue développé dans cette lettre. Pierre Lebrun Chef de service Qualité des espaces publics. Lille Létropole Communauté urbaine
Frédéric | 24/01/2010 - 15:25
Tutelle de l'Architecture : sortir du placard ?
Je souscris à ce texte et en remercie ses auteurs. Le rattachement de l'enseignement de l'architecture au ministère de l'Enseignement supérieur et de la recherche devient plus que jamais impérieux. Cela devrait lever quelques ambiguïtés qui nuisent aux ENSA, dont : (1) la reconnaissance du statut d'enseignant-chercheur pour les docteurs et habilités à diriger des recherches actifs ; (2) l'aménagement d'un statut adapté, comme dans un grand nombre d'établissements d'enseignement supérieur professionnalisant, pour les enseignants opérationnels, c'est à dire qui exercent en parallèle une autre activité professionnelle que l'enseignement ; (3) la tutelle du Ministère de l'Écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer pour dynamiser la profession d'architecte, avec ses multiples métiers, dans notre société contemporaine. Frédéric Bonneaud, maître-assistant à l'ENSA de Toulouse
catherine | 25/01/2010 - 14:26
Je souscris également à ce texte, et espère une issue favorable à ce débat. C. Blain, architecte, docteur en aménagement et urbanisme, chercheur ENSA de Versailles
Thibaut | 26/01/2010 - 14:50
Je partage également le propos des auteurs. L'architecture est un patrimoine culturel fondamental, et la faire disparaitre sous la tutelle de la notion très vague de patrimoine sème le doute sur la volonté réelle de laisser à l'architecture son libre arbitre essentiel. Quant à son enseignement, il semble tellement évident qu'il doive s'opérer dans le cadre du Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche. Thibaut ROBERT - Architecte
Bruno | 26/01/2010 - 15:45
architecte, ancien professeur à l'école de Chaillot et de Paris-Malaquais, ACMH
Commentaire Déjà la direction de l'Architecture et du Patrimoine laissait planer un sérieux doute quant aux intentions du Ministère de la Culture vis à vis de la création que l'on opposait à la conservation, la vie face à la mort et le patrimoine était décliné à toutes les sauces sauf celle, plat de résistance, de l'architecture. L'époque n'est pas dans la confiance en l'avenir, aussi l'architecture devient elle, avant même d'exister patrimoine, c'est à dire figée, embaumée. Quel non sens! Je souscris totalement aux propos de mes confrères KLein,Monnier et Quintrant
Bruno | 26/01/2010 - 15:52
Architecte, ancien enseignant à l'école de Chaillot et Paris Malaquais, architecte en chef des monuments historiques
Commentaire Déjà le siggle DAPA, direction de l'architecture et du patrimoine laissait planer le doute quant aux intetnions du ministère de la Culture vis à vis de l'architecture, opposant le présent au passé, la vie à la mort, accomodant le mot patrimoine à toutes les sauces, hormis le plat de résistance qu'est l'architecture. Les deux camps retranchés semblaient satisfaits de ce malheureux compromis.
Bruno | 26/01/2010 - 16:08
Architecte, ancien enseignant à l'école de Chaillot et Paris Malaquais, architecte en chef des monuments historiques
Commentaire Déjà le sigle DAPA, direction de l'architecture et du patrimoine, laissait planer le doute quant aux intentions du ministère de la Culture vis à vis de l'architecture qu'elle souhaitait différencier du patrimoine sous la poussée des conservateurs. On opposait ainsi de fait la création à la conservation, le doute à la certitude, la vie à la mort. On a ainsi célébré le patrimoine à toutes sauces les plus indigestes, oubliant qu'avant tout il s'agissait d'architecture en ce qui nous concerne. Aujourd'hui il n'y a même plus d'opposition, il y a seulement une disparition, celle de l'architecture. Quel gâchis! Certains qualifient le Ministère de la Culture de Titanic, Il est cependant difficile de ne considérer qu'il ne s'agisse que d'une simple avarie.. Je ne peux que partager totalement les propos de mes confrères Klein, Monnier et Quintrand
henri | 28/01/2010 - 17:25
art et architecture
Commentaire C'est un retour en arrière, rien ne nous sera épargné en ce XXIe siècle. Je ne vais pas refaire l'historique des différentes réformes; mais ce qui me vient à l'esprit, c'est que nos instances de tutelle ont déjà oublié que "l'architecture n'est pas un art mais un processus autonome qui les englobe tous". Voilà ce que mes professeurs ont énoncé au jeune éudiant qui débutait se études d'architecture!
Evelyne | 28/01/2010 - 22:07
CommentaireIl est vrai que l'architecture aurait eu une meilleure place dans la nouvelle direction générale de la création artistique, mais passer de la Culture à l'Enseignement Supérieur et à la Recherche, est-ce mieux? Que faites-vous de la valeur économique de l'architecture, de sa puissance, au service des habitants, au service, ou anticipant la vie sociale des quartiers et des villes du monde? De sa temporalité, "aujourd'hui et maintenant", qui n'est pas la priorité de la recherche? De son agilité, qui risque de disparaître dans un gros et lourd ministère ? Mais bon, qu'est-ce qu'un ministère , aujourd'hui? Une machine à légiférer des procédures, sans grands moyens, et qui, faute de pouvoir très bien les payer, n'a pas toujours les meilleurs. Faisons donc confiance à l'architecture et à tous ses acteurs, qui sont magnifiques, à leur force de conviction, à leur talent, avec ou sans ministère, l'architecture est une grande fille, elle va y arriver, elle est trop belle!
alain | 28/01/2010 - 23:28
Architecture et patrmoine
Commentaire: Impliqué dans la recherche depuis 1975, merci pour ce texte. Comment réduire la pensée sur l’architecture et la ville au seul filtre du patrimoine ? Nous vivons une époque où les enjeux urbains sont passés de « la croissance » à « l’acroissance », voire « la décroissance ». Comment faire mieux avec moins ?. Aujourd’hui la recherche en architecture est indispensable pour interroger et tenter de répondre à l’organisation des établissements humains, la structure urbaine, les mobilités, le logement, les équipements, les matériaux nouveaux, l’espace public, la rôle de l’art dans la ville… Une réflexion permanente est nécessaire sur la mutation des habitudes et des usages. L’architecture nouvelle et le "déjà là" doivent être investis à parité. Alain Guyot MA1- ENSA Marseille
luc | 29/01/2010 - 01:25
C'est une direction interministérielle qu'il nous faut!
La Direction de l'Architecture ne passionnerait elle (ici) que les enseignants, les chercheurs ou les Docteurs? Simple architecte du quotidien, je pense que l'architecture est partout, et que c'est un peu de chacun des ministères qui doit se préoccuper d'architecture. Car pourquoi le Développement Durable ne parlerait pas d'architecture, ainsi que l'Economie ou le Travail? Et la Santé, avec tous ces matériaux plus ou moins bons pour les générations futures... Un peu d'industrie parmi une réforme agraire du territoire? Et pourquoi pas l'Armée pendant qu'on y est! Quoi, n'y a t il pas en ce moment une équipe d'Architectes de l'Urgence en Haiti? et quid du Cri de l'Architecte, collectif qui exige 1 million de logements sociaux ici et maintenant! Sisi, la seule issue est la transversalité, alors oui la direction de l'architecture doit se dissoudre dans un cocktail interministériel. Luc Baillet, Architecte et formateur Titulaire du siège de l'Ordre au CODERST 59
Anonyme | 29/01/2010 - 08:53
Archirecte DPLG
Commentaire Allons plus loin, pour que les architectes quittent le Ministère de la Culture… Les chercheurs ont exprimés leurs préoccupations, rappelons que dans pratique les architectes conçoivent des ouvrages techniques, fédèrent des ingénieurs, chercheurs et compagnons de techniques différentes sur tous les sujets allant de la structure aux fluides, des vitrages à la peinture, et croyez qu'il y a de nombreuses personnes cultivées. La culture n'est pas l'apanage des seuls architectes dans le monde de la construction. L'urbanisme est autant sinon plus initié par la sociologie, la politique et l'économie que par l'art. Enfin il est gravissime que la technique ne soit pas principale dans l'enseignement de l'architecture. Profitons de cet abandon de reconnaissance au Ministère de la Culture pour le quitter. Cela est indispensable. Nous exerçons dans un monde technique et de prospective, pas dans l'histoire (passée)…
Anonyme | 01/02/2010 - 10:33
Un seul être vous manque ...
CommentaireL'Architecture n'a plus sa Direction (avec un D majuscule) au Ministère de la Culture et tout s'écroule !!! Quel vision du rôle social et du métier avez-vous pour croire que seule l'existence de cette direction donnait du sens à l'Architecture ? Combien de métiers artistiques se passe de Direction au Ministère de la Culture ? Votre métier n'est pas qu'artistique ou bien je me trompe ? Et faut-il absolument des fonctionnaires dédiés à voter écoute pour exister ? Alors que le Grenelle Environnement a créé un électro-choc qui va boulverser à un rythme jamais connu auparavant le monde du bâtiment dans son ensemble, il faut faire bouger voter métier à vitesse accélérée, prendre un rôle actif pour sauver notre planète. Enfin ! Si le parc immobilier consomme 46% de l'énergie en France, la responsabilité n'est pas que les autres. D'ailleurs peu importe, ce qui compte c'est d'agir vite avec ou sans sa Direction de l'Architecture!
Anonyme | 05/02/2010 - 13:03
Vincent du Chazaud, architecte et historien
Commentaire: Cette information est affligeante, mais j'ai toujours pensé que l'architecture n'avait pas sa place dans un Ministère de la culture, mais dans un ministère de la Construction, de l'urbanisme et de l'environnement, en tous les cas le même ministère dont dépendent les acteurs de ces disciplines. Quant à l'histoire, l'enseignement et la recherche sur l'architecture, c'est au ministère de l'Enseignement et de la recherche qu'ils devraient être rattachés. Enfin le patrimoine architectural doit lui rester au Ministère de la culture. Voilà mon avis en tant qu'architecte ENSAIS et historien (diplômes délivrés par le Ministère de l'enseignement et de la recherche) et praticien (à un moment sous tutelle du Ministère de l'équipement et du logement, celui qui fit le plus pour l'architecture, qualité, promotion, etc... notamment avec Joseph Belmont). Cependant je soutiendrai toute action permettant d'éviter de dissoudre la "direction de l'architecture", même pour la maintenir au Ministère de la culture et bien que je considère que ce n'est pas sa place.... Cordialement Vincent du Chazaud