Culture

Biennale de Venise : l’architecture ne connaît pas la crise

Cinquante-cinq nations exposent des travaux pour explorer de nouvelles pratiques et idées en matière d’urbanisme et d’architecture à l’occasion de la 13e biennale d’architecture de Venise. Le pavillon de la France présente une réflexion sur l’avenir des grands ensembles de logements. A cette occasion, la ministre de la Culture répond aux inquiétudes des professionnels français.

Les idées connaissent-elles la crise ? Non, si l’on en juge par l’abondance de projets et mises en scène architecturales présentés à 13e Biennale d’architecture de Venise. Oui, si l’on considère que ces idées foisonnantes peuvent constituer des réponses aux crises de toutes sortes, économiques, sociales, écologiques, que nous connaissons désormais à un rythme accéléré.

Venise nous rappelle la puissance des réponses que peut apporter l’architecture. Elle montre aussi sa capacité à embellir ce que nous appelons aujourd’hui le « vivre ensemble ». Comme à chaque édition, cette 13e Biennale s’amuse de la vitalité créative des architectes de toutes origines. Cinquante-cinq pays y exposent cette année leurs travaux. Du très sérieux pavillon de la France consacré à l’avenir des Grands ensembles, au pavillon néerlandais qui offre un moment d’architecture instantané, les commissaires de chaque nation ont décliné à leur façon le thème général « Common ground (culture commune) » retenu par l’architecte anglais David Chipperfield,

 

Pas de restrictions budgétaires pour l’enseignement

 

L’ouverture de la biennale le 29 août a également été l’occasion pour Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, d’une première sortie architecturale (voir encadré ci-dessous).

En marge de l’inauguration du pavillon de la France dont elle a souligné la qualité du propos sur l’avenir des grands ensembles de logements, la ministre a apporté quelques éléments de réponse aux inquiétudes exprimées depuis plusieurs semaines, d’une part, par les directeurs d’école d’architecture à propos des faibles moyens alloués à l’enseignement et, d’autre part, par le président de l’Ordre concernant la place de l’architecte dans la société.

Ainsi, la ministre a indiqué que l’enseignement de l’architecture ne devrait pas souffrir des restrictions budgétaires annoncées pour 2013. De plus, une grande concertation entre les acteurs de la profession (étudiants, professeurs  et praticiens) sur l’enseignement de l’architecture en France s’engagera dans quelques jours pour aboutir en fin d’année sur des recommandations.

Enfin, la ministre s’est dite favorable à l’abaissement du seuil de recours obligatoire à l’architecte à 150 m2 suivant ainsi la demande de Lionel Carli , président de l’Ordre des architectes, et a précisé avoir engagé la discussion avec Cécile Duflot, ministre de l’Egalité des territoires et du Logement, à propos du décret du 7 mai 2012 qui réduit le champ d’intervention obligatoire de l’architecte en matière de maison individuelle.

Focus

Aurèlie Filippetti, ministre de la Culture : « Pas de redressement productif sans redressement créatif »

Extraits de la conférence du 28 août 2012 à l’occasion de l’inauguration du pavillon de la France à la biennale d’architecture de Venise

Donner un avenir aux Grands ensembles

« En France, les Grands ensembles sont regardés avec incompréhension. Avec peur. Ils sont une fracture qui divise la société française. Ils font pourtant partie de notre espace commun. Un espace commun dans lequel évolue notre société. Le travail d’Yves Lion, architecte, commissaire du pavillon de la France à la Biennale d’architecture de Venise, consiste à retisser des liens entre territoires. Les émeutes de 2005 montrent la nécessité de travailler sur ce sujet. L’approche ne peut pas être technologique. Elle est architecturale et sociale car les habitants sont attachés aux lieux où ils vivent. Le travail des architectes et des urbanistes est de redonner un avenir à ces territoires. Ne pas tout démolir. C’est une belle démarche. Même si l’architecture n’est pas uniquement sociale, elle est bien une création profondément ancrée dans la société. Le pavillon de la France délivre un message d’espoir sur les Grands ensembles, pour les générations futures.

Ce travail élaboré avec le concours étudiants de l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Marne-la-Vallée devra circuler. Il contribuera à la réflexion sur le Grand Paris, mais également ailleurs en France. Je veux faire connaître ce travail, notamment par l’intermédiaire de la Cité de l’Architecture et du Patrimoine. Nous devons faire évoluer notre regard sur les Grands ensembles ».

La créativité, un atout pour la France

« Il n’est jamais trop tôt pour commencer à sensibiliser les enfants sur la qualité des espaces dans lesquels ils évoluent. Des initiatives à ce sujet doivent être poursuivies, notamment en matière de formation des enseignants. L’architecture doit faire partie de la culture générale des Français. C’est une priorité du ministère de la Culture et de la Communication. Il faut également renforcer la sensibilisation des élus à l’architecture. Mais l’architecture, c’est aussi un secteur économique, des entreprises, des emplois, qui participent au redressement économique de notre pays : il n’y aura pas de redressement productif sans redressement créatif. La France a dans ses atouts sa créativité. L’architecture en fait partie… »

Un budget maintenu pour l’enseignement

« J’ai choisi de préserver le budget des écoles d’architecture et même de se donner la possibilité de créer en 2013 quelques postes pour le réseau des 20 écoles nationales, ainsi que des bourses pour les étudiants. C’est un geste fort du gouvernement dans un contexte budgétaire très contraint. C’est dire l’importance que nous accordons à l’enseignement et à la recherche architecturale ».

Un nouveau souffle pour les écoles d’architecture

« Je lance en septembre une large concertation sur l’avenir de l’enseignement de l’architecture et de la recherche. Elle sera menée avec les professionnels, les enseignants, les directeurs d’écoles, les représentants des organisations professionnelles, les étudiants et les maîtres d’ouvrage. L’objectif est d’élaborer des recommandations avant la fin de l’année, qui s’inscriront dans le cadre des assises nationales de l’enseignement supérieur et de la recherche qui se dérouleront d’octobre à décembre prochains. Nous aurons une analyse prospective de l’enseignement en architecture ».

Nous avons besoin d’architecture

« Je suis un ardent défenseur de l’architecture durable, mais je pense que la démarche qualitative en matière d’architecture doit être plus large. La qualité de l’architecture c’est aussi la qualité du « vivre ensemble ». Travaillons à la valorisation des réseaux d’architecture (écoles, Cité de l’architecture et du Patrimoine, maisons de l’architecture, CAUE). C’est un travail que je veux mener avec Cécile Duflot. Nous avons d’ailleurs déjà évoqué le décret du 7 mai 2012 sur la surface de plancher (ndlr : qui réduit le champ d’intervention de l’architecte en matière de maison individuelle). Je suis également favorable à l’abaissement du seuil de 170 m2 (seuil de dérogation au recours obligatoire à l’architecte). Cela s’inscrit dans une réflexion sur le territoire. Cécile Duflot et moi sommes décidées à travailler à la qualité architecturale des constructions, en particulier pour qu’elle ne se limite pas à la qualité environnementale.

Enfin, je souhaite également que l’on travaille sur la connaissance de l’architecture. La loi sur l’architecture est malheureusement trop peu connue de l’ensemble des Français. Plus des deux tiers des constructions en France se font sans architectes : c’est regrettable. Il y a trop de clichés qui malheureusement circulent sur le recours à l’architecte ».

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  • Michel-Olivier Dayot - Le

    Pas de crise ?

    Ah bon ! Pour Lion , certes une inconnue et ce depuis toujours ! Alors on reprend les mêmes et on recommence ? Le changement c’est quand déjà ? Michel Dayot architecte
  • Commenter cet article
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