Rétrospective
La Hongkong and Shanghai Bank Tower fête ses 25 ans
Catherine Sabbah | 17/08/2010 | 13:08 | Réalisations
En avance sur le plan technologique et pleine d'astuces, la tour de la Hongkong and Shanghai Bank (Norman Foster, architecte) marque un tournant dans les pratiques constructives de l'île, caractérisées dans les années 70 par des gratte-ciel de style international banal.
Reconnaissable entre toutes, la tour de la Hongkong and Shanghai Bank doit sa célébrité à son architecte Norman Foster autant qu’à l’activité financière de l’île où elle fut construite entre 1980 et 1985. Hommage suprême, elle figure depuis sur les dollars de Hongkong !
Entre les murs de miroirs et les lignes épurées qui s'élancent de l'île de Victoria, la Hongkong and Shanghai Bank Corporation (HSBC pour tous les financiers de la ville) surgit du paysage. Ce super-Meccano auquel il semble manquer encore les façades est le premier gratte-ciel construit par Norman Foster, vainqueur du concours en 1979. S'il ne fallait qu'un défi pour motiver l'architecte anglais rarement en panne de commandes, le cahier des charges du directeur de l'établissement, réduit à quelques mots, aurait sans doute suffi : "Construisez-moi la meilleure banque du monde", aurait-il demandé. Le site exigu, une bande de littoral asséchée et instable, ajouté à une enveloppe financière sans fond achevèrent de convaincre Foster.
Ses équipes, aidées du bureau d'études Ove Arup, conçurent la moindre pièce technique de ce bâtiment de 47 étages et de 179 m de haut. Ils signèrent tout le mobilier jusqu'à la signalétique des sorties de secours. Record à l'époque, le siège de la banque atteignit le prix exorbitant de 1 milliard de dollars pour 98.000 m2, presque 10.000 dollars par mètre carré (plus de 60.000 francs au taux du début des années 80). Pour ce budget royal, l'architecte conçut un immeuble plein d'astuces. En avance sur le plan technologique, la HSBC offre aussi des espaces de travail décloisonnés et facilement modulables encore qualifiés de "révolutionnaires" un quart de siècle plus tard en Europe.
Etages suspendus
La tour marque aussi un tournant dans les pratiques constructives de l'île. Dans les années 70, les gratte-ciel de Hongkong adoptent un style international banal et un peu clinquant, qui sert surtout à défier, en face, le continent communiste. De l'extérieur, la "HSBC" ressemble à un pas de tir de fusée ou à une énorme machine aux structures grossières et apparentes. Quatre paires de mâts scellées dans des fûts de béton à 5 m sous la roche sont reliées par des poutres Vierendeel disposées horizontalement (aux 11e, 20e, 28e et 35e étages) et délimitent trois travées de plateaux (de 950 à 3 200 m2). A ces portiques sont suspendus les étages par "paquets", séparés les uns des autres par des travées vides, susceptibles de recevoir un jour de nouveaux espaces aménagés. Plus serrés à la base qu'au sommet, ces "villages", comme les appelle Foster, recomposent la perspective des pagodes anciennes. La structure en paliers s'explique par la réglementation de l'île dont le plan de développement impose de laisser visible la ligne de crête des collines.
Indifférent à l'image de sa tour, l'architecte anglais a pensé d'abord à la fonctionnalité de la banque, et à son intégration dans un environnement très dense. L'appui du bâtiment sur les portiques latéraux libère entièrement son centre du traditionnel noyau : la rue passe sous la banque dont l'accueil accessible par des escaliers mécaniques se situe 12 m au-dessus du rez-de-chaussée. A ce niveau, un "filet" de verre et de métal sépare l'espace privé du public tout en laissant passer la lumière.
Fonctionnement économique
Grâce à un récepteur solaire installé sur toute la largeur du 11e étage, les rayons du soleil pénètrent dans la tour horizontalement, sont renvoyés vers les miroirs du plafond de l'immeuble, puis presque verticalement vers le sol. En dessous, et loin de la lumière directe, les passants sont toujours suivis par leur ombre. Reliée à la mer par un tunnel d'une longueur de 350 m, creusé à 75 m de profondeur, la tour puise directement dans le port l'eau de refroidissement nécessaire à son système de climatisation. L'économie de fonctionnement est énorme sur une île où l'eau douce est une denrée rare. Enfin, pour construire la tour sans fissurer (au mieux) les immeubles mitoyens, très proches, Ove Arup imagina des digues étanches d'un mètre d'épaisseur pour isoler l'espace des fondations. C'est là qu'aujourd'hui, dans des coffres bien isolés, sont stockés les dollars.
A l'intérieur, les "villages" fonctionnent comme de petits immeubles indépendants et communiquent par des escaliers mécaniques, sans cage d'ascenseur. La tour de Foster, considérée, lors de son inauguration en 1985, comme l'immeuble de bureaux le plus moderne au monde, n'a pas fait école. Seul un building construit plus haut et plus tard identifie Hongkong aussi sûrement que lui : comme par hasard, on le doit à un architecte au moins aussi célèbre, Pei, et à un maître d'ouvrage peut-être aussi riche, la Banque de Chine.