Rétrospective

Quand la tour Taipei 101 coiffait le monde…

Séverine Bardon | 06/01/2010 | 18:52 | Réalisations

Agrandir la photo © DR
Taïpei 101

La tour taïwanaise Taïpei 101, inaugurée en 2004, allie les technologies les plus modernes et un design asiatique original, basé sur le chiffre 8, symbole de prospérité dans la culture chinoise.

La tour Taïpei 101, baptisée ainsi du fait de ses 101 étages a été, avec ses 508 mètres, la tour la plus haute du monde entre 2004 et… 2007. Un édifice technologique bâti pour résister aux séismes et autres typhons qui touchent l’île de Taiwan.

Œuvre du bureau d'architectes taïwanais C. Y. Lee & Partners, la tour Taïpei 101 est un véritable monstre de béton, d'acier et de verre qui prétend allier les technologies les plus modernes et un design typiquement asiatique. Les architectes ont donc joué sur la symbolique des chiffres et des formes de la culture chinoise, pour concevoir une tour aux allures de tige de bambou, un symbole de jeunesse et de longévité. Des ornementations de forme circulaire, placées sur les quatre façades extérieures du bâtiment au niveau du 27e étage, évoquent d'anciennes pièces de monnaie, symboles de prospérité et d'abondance. De même, des dragons stylisés protègent l'édifice de toute menace extérieure.

S'adapter à l'environnement hostile

Mais plus encore que le Feng-shui, la géomancie chinoise, qui a influencé les détails de la construction, ce sont les contraintes naturelles qui ont dicté la conception de la tour. Soumise à de fréquents séismes (celui de mars 2002 a d'ailleurs coûté la vie à cinq ouvriers du chantier, écrasés par la chute de deux grues), et à des typhons encore plus réguliers, la ville de Taïpei est connue pour son environnement hostile. La plupart des bâtiments de la capitale taïwanaise sont d'ailleurs relativement bas, comparés à d'autres capitales asiatiques d'un niveau de développement similaire. La tour 101 apparaît donc comme un véritable défi technologique, qui ne semble pas inquiéter les architectes taïwanais : "Si la tour 101 tombe au cours d'un séisme, cela signifie que plus aucun bâtiment de Taïpei ne sera plus debout", affirme D. C. Wang, l'un des partenaires du cabinet d'architectes.
Pour assurer la solidité de la tour, les architectes comptent sur une superstructure composée de huit colonnes de 2,5 m sur 3 m, composées de béton à hautes performances et renforcées de barres d'acier de 8 centimètres de diamètre. Les fondations, constituées de 557 piliers longs de 80 m environ, s'enfoncent sur plus de 20 m dans la couche rocheuse stable. Et les jointures de l'ensemble du bâtiment sont suffisamment souples pour absorber les chocs. Selon les architectes du projet, la tour pourrait résister à des tremblements de terre de 7 sur l'échelle de Richter.

Résister au vent

Mais, l'élément le plus contraignant dans la conception de la tour a été la résistance au vent. Dans les étages les plus hauts, le bâtiment peut avoir jusqu'à trois mètres d'amplitude, mais les mouvements sont censés être tellement lents qu'ils en deviennent imperceptibles. L'élément clé de la lutte contre les typhons est un astucieux mécanisme de balance, une technologie qui a déjà fait ses preuves, mais est ici exceptionnellement laissée à la vue de tous. Une énorme boule de 800 tonnes, suspendue à l'intérieur de la tour au niveau du 89e étage, a pour mission d'absorber les mouvements du bâtiment, à la fois pour les atténuer et les ralentir.
Pour diminuer la prise du vent sur la tour, les architectes ont également inventé un design original, basé sur le chiffre 8, encore une fois symbole de prospérité dans la culture chinoise. La partie haute de la tour est ainsi composée de huit unités de huit étages, qui ont la particularité d'avoir une base légèrement plus étroite que leur sommet. Deux avantages à cette ligne : techniquement, la tour offre moins de prise au vent que si elle se composait d'une vaste façade lisse ; esthétiquement, les occupants des étages élevés ont, du fait de la légère inclinaison des vitres, une vue ouverte sur la ville, et non pas seulement sur le ciel. Une vue dont peuvent jouir près de 10.000 personnes, réparties dans les 193.400 m2 de bureaux, après avoir utilisé l'un des 34 ascenseurs à deux étages, pouvant transporter simultanément jusqu'à 62 passagers chacun. Ils sont, à l'époque de la construction, les plus rapides du monde (60 km/h, soit 39 secondes pour franchir un dénivelé de 450 m entre le rez-de-chaussée et le 89e étage), grâce aux moteurs fournis par Toshiba.

Et être détrônée un jour...

La mairie de Taïpei, à l'origine du projet, a confié le design de la tour, sans concours international, à un cabinet d'architectes local, d'ailleurs fort contesté par les Taïwanais pour ses compromissions avec le parti nationaliste, et certaines réalisations à l'esthétique douteuse, dont un temple moderne et le siège du parti nationaliste. Ce projet est le premier BOT (built-operate-transfert, ndlr : que l'on peut traduire par concession de construction-exploitation) de Taïpei, qui s'étend sur 70 ans. L'entreprise responsable du développement, la Taïpei Financial Center Corp., présidée par Harace Lin, est une coalition de quatorze entreprises taïwanaises, dont les plus importantes sont la China United Trust and Investment Corp. et la China Development and Industrial Bank. Si le financement des travaux (estimés alors à 1,8 milliard de dollars) est exclusivement taïwanais, l'expertise technique, elle, est internationale. Elle implique des entreprises japonaises (Toshiba pour les ascenseurs, Kumagai qui contrôle une partie de la maîtrise d'oeuvre), allemandes (Josef Gartner fournit les éléments de la façade), américaines (Turner Construction Corporation, maître d'oeuvre principal) et canadiennes (Rowan Williams Davies & Irwin Inc, consultant sur les questions liées au vent). La tour 101 ne jouira pas longtemps du titre de plus haute tour du monde, détrônée en juillet 2007 par Burj Dubaï, baptisée Burj Khalifa le jour de son inauguration le 4 janvier 2010 aux Emirats arabes unis. Le record à battre à ce jour est désormais de 828 mètres.

www.taipei-101.com