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Paris : 100 logements sociaux par Jakob
Karine Dana | 21/04/2009 | 17:41 | Réalisations
Photo n° 1/15 - © Milena Chessa/Le Moniteur.fr / LE MONITEUR.FR
Rochers
Les 100 logements PLI et PLA conçus par l’agence d’architecture Jakob & Macfarlane à Paris (19e), opération nommée au prix de l’Equerre d’argent 2008, se remplissent petit à petit de leurs occupants. Visite.
Par cette opération de logements implantés le long de la petite ceinture parisienne, dans le 19ème arrondissement, les architectes Dominique Jakob et Brendan Macfarlane mettent en regard la construction du plan avec la fabrication de proximités. S'appuyant sur la densité du collectif, ils organisent des relations assez inattendues et usent d'un système constructif efficace qui libère les façades de points porteurs, lesquelles profitent de balcons filants et coursives intérieures pour distribuer des logements aux géométries disparates.
Cette opération s'inscrit dans un programme plus large lancé il y a plus de dix ans sur la parcelle de l'hôpital Hérold, gros équipement construit en 1900 et démoli en 1988. La vaste emprise a été réaffectée. La parcelle nord, cédée à l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, inclut la construction de 100 logements sociaux répartis sur trois plots conçus par Jakob & Macfarlane. Cette opération sera à terme complétée par des jardins familiaux le long de la rue Francis-Ponge et des arbres à haute tige conservés en périphérie. Nouvel îlot de verdure qu'une percée ménagée depuis la rue du Général Brunet ouvrira sur l'espace public.
Contexte hétérogène
Le site est caractérisé par sa topographie qui détermine un paysage pentu, de plain-pied au sud, descendant le boulevard extérieur. Le contexte immédiat de l'opération - hétérogène - comprend des immeubles de type HBM de sept étages, boulevard Sérurier, le monumental lycée Diderot, rue Francis Ponge, des immeubles de cinq étages, rue du Général Brunet et les petites maisons du quartier de la Mouzaïa, place de Rhin et Danube. Le projet d'aménagement coordonné par Philippe Madec continue cette diversité : la hauteur des constructions prévues varie de deux étages sur rez-de-chaussée pour une crèche donnant sur la place, à quatre étages sur rez-de-chaussée pour une résidence santé rue du Général Brunet, en passant par six étages pour les logements du boulevard Sérurier.
La relation de ces nouveaux logements avec les HBM en vis-à-vis sur le boulevard est assez troublante. Tel un rapport de voisinage. Des proportions volumétriques, une densité ainsi qu'une disposition des plots comparables définissent une stratégie du rapprochement opportune. Les plans des trois ensembles contenant les logements façonnent des contours polygonaux complexes : lignes brisées, évasements, angles saillants et rentrants. Ces lignes exaltent les points de contact possible pour le regard, les habitants. La notion de proximité semble ici travaillée comme une mise en situation de la densité.
Plan actif
Les circulations horizontales interrompues par les refends béton, tantôt coursives extérieures ou intérieures distribuent les logements autour de patios plantés d'essences existantes, très justement situés côté boulevard et non pas côté cœur d'îlot, un noyau de circulations verticales en regard. Telle une intériorité inversée. La relation avec la rue, non alignée, zigzagant, chahutée par les lignes brisées et les creux détourant les patios établit un rapport à la ville assez joyeux. Les plots, dont l'œil peine à mesurer l'impact au sol, ne font aucunement écran mais l'invitent à se faufiler le long de ces découpes. Selon les profils et la position du passant, chaque unité semble étroite ou très large. Les perspectives échappent. Le passant suppose qu'il se déroule une vie de cœur d'îlot, comme dans les logements de briques en vis-à-vis.
Cette dynamique du plan - démultipliée sur sept niveaux - est accentuée par un système constructif efficace à base de dalles et refends et par l'usage de béton autoplaçant. Le principe structurel en œuvre a déjà été expérimenté par les architectes à l'occasion de la production des étagères "Three" en méthacrylate, éditées en 2002. De grands refends béton traversent ainsi les dalles des planchers attribuant à chaque niveau de larges terrasses en lignes brisées et des coursives intérieures tout aussi généreuses. Un système constructif qui laisse une assez grande liberté pour concevoir les plans des logements. Agissant telles de grandes lames verticales, ces refends font office de porteurs principaux relayés par des descentes en acier galvanisé placées aux extrémités des diagonales quand l'évasement est maximum. Le recours au béton autoplaçant a permis de diminuer les épaisseurs de ce maillage structurel, d'en accentuer leur netteté, leur caractère tranchant.
Béton teinté
La perception de cette opération se pose ainsi en énigme en ce qu'elle place la réalité de la matérialité du projet au plan de sa représentation. La texture, l'homogénéité et la finesse des dalles et refends en béton autoplaçant renvoient à l'imaginaire d'un carton contrecollé utilisé pour construire une maquette. Le béton a été teinté dans la masse d'une couleur terre inspirée de l'unité chromatique du site. Les façades percées de fenêtres fixes et ouvrantes sont revêtues de panneaux de tôle laquée marron glacé.
Les terrasses bénéficient de rideaux thermiques plus ou moins écartés des garde-corps métalliques à montants verticaux. Ces rideaux en ETFE dont l'usage sera explicité par un mode d'emploi conçu par les architectes à posteriori, confèrent un statut de jardin d'hiver à la partie protégée des terrasses. La continuité des planchers avec les terrasses et coursives pose la question du traitement des ponts thermiques. Côté coursives, le traitement s'opère par un rupteur, ressort qui octroie également une désolidarisation acoustique. Côté terrasse, par une isolation traditionnelle. Les jardins d'hivers participent également de cette rupture.
Les débords des dalles béton sont ourlés de pierre de tuf - une pierre volcanique poreuse - dans laquelle mousses et graminées organisent quelques petites pousses favorisées sur les flancs sud des bâtiments. Là encore, semblent se superposer réalité du projet et représentation, comme une allusion à un propos sur l'invraisemblance.
FOCUS
- Maîtrise d'ouvrage : RIVP.
- Maîtrise d'œuvre : Jakob+Macfarlane, architectes ; Philippe Krych chef de projet avec Sébastien Gamelin, Manuel Becera, architectes ; Batiserf, BET structure ; ingénierie Louis Choulet, BET Fluides ; Cap Paysage, paysagiste ; Michel Forgue, économiste ; Jean-Paul Lamoureux, acoustique ; S'pace environnement, bureau qualité environnementale.
- Programme : 100 logements PLA/PLI (bât A : 29 logements, bât B : 28 logements, bât C : 43 logements du studio au quatre pièces, dont dix destinés à des lourds handicaps).
- Surface : 6600 m2.
- Entreprise générale : Hervé SA.