Point de vue
« Communications » par Francine Fort
Defawe Philippe | 07/04/2008 | 11:09 | Réalisations
Pourquoi y a-t-il autant de [...]
Pourquoi y a-t-il autant de livres auto-produits par les architectes ?
Pourquoi y a-t-il, particulièrement en France, un nombre si faible de livres d’architecture édités et en outre vendus à si peu d’exemplaires ?
Pourquoi les revues françaises d’architecture, disparaissent-elles ?
Pourquoi les architectes se désabonnent-ils lorsque leurs projets donnent lieu à une lecture critique ?
Pourquoi boycottent-ils un annuel somme toute pas si mal fait ?
Pourquoi veulent-ils être publiés ?
Lorsque plusieurs architectes, dont la production a été remarquée ont pétitionné dans la plus grande confusion (NDLR : au sujet du dernier palmarès de l'Equerre d'argent), j’ai voulu voir – entendre, je devrais dire, un cri qui tentait d’articuler cette volonté des architectes de prendre position, prendre part, certes maladroitement, à un débat d’ordre politique et économique. Un débat où la culture est terriblement absente alors que l’architecture doit répondre à l’urgence du développement durable, en s’élevant au-dessus des panneaux photovoltaïques.
Dans des situations urbaines de plus en plus complexes, où le coût du foncier conditionne injustement la condition de l’habiter, comment l’architecte gère-t-il le passage du désir de l’œuvre absolue à la réalité du projet dans ses forces contraignantes – qu’il s’agisse de programmes exceptionnels, supports d’œuvres majeures, ou de programmes ordinaires enjeux de la création du cadre de vie ?
En ce début du 3e millénaire, où le temps et la culture sont devenus objet de marchandise, où l’inquiétude face à la mort annoncée de la planète exacerbe les nostalgies, comment l’architecture agit-elle ?
L’enjeu n’est-il pas de montrer le vif. Ne pas figer la qualité, et en montrer le caractère changeant.
Il ne s’agit pas de prôner "un présent déjà passé avant même d’être complètement advenu" comme l’écrit François Hartog.
On regrettera que la publication d'un "annuel optimiste" (NDLR : ouvrage édité par l'association French Touch à l'origine du débat sur l'Equerre d'argent) ne soit pas l'ocacsion une véritable sélection des oeuvres marquantes 2007. Les conditions dans lesquelles il a été réalisé ne l’ont pas permis, non plus de représenter l’architecture française.
De nombreux projets de qualité remarquable, réalisés par des équipes de talent manquent à ce sommaire.
Je citerai évidemment l’école Nuyens à Bordeaux, par les désormais célèbres architectes inconnus Nathalie Franck et Yves Ballot, lauréats de l’Equerre d’Argent cette même année, les logements de l’îlot St-Jean par les architectes basques Xavier Leibar & Jean-Marie Seigneurin, ou le Pôle universitaire de gestion de Anne Lacaton Jean-Philippe Vassal de Bordeaux – encore Bordeaux…, et la Airstream house à Bersee par tank architectes (59), des logements à Nantes par Nicolas Michelin, l’école élémentaire Stéhélin réalisée par l’Atelier provisoire à Bordeaux, le palais des sports de Jean Guervilly à Toulouse, La winery d’Arsac (33) par Patrick Hernandez, le Channel de Patrick Bouchain, à Calais, des logements collectifs à Lille par Philippe Dubus, la maison du parc écologique Izadia à Anglet par Philippe Madec, la cité artisanale de Valbonne par Pierre-André Comte et Stéphane Vollenweider, le complexe sportif de Brest par BLOCK et tant d’autres encore...
Cette liste ne peut pas être exhaustive.
Il y a les projets que l’on voit parce qu’ils sont accessibles au regard des passeurs – que nous sommes-, il y a ceux dont l’image est exposée dans la presse. Il y a les architectes qui communiquent et ceux qui ne communiquent pas. Il y a sans doute de nombreux beaux projets hors les projecteurs et totalement méconnus (j’en découvre souvent au détour de la route en France ou à l’étranger). Et il y a les œuvres exceptionnelles créées par les très grands architectes qui inventent le quotidien, qui anticipent le devenir de nos sociétés, avec gravité, ou avec légèreté. Ces stars qui nous font rêver, qui nous éclairent et montrent le chemin depuis la nuit des temps.
A l’ère du monde fini et de la connaissance du monde entier, la France qui a privilégié la possibilité d’accueillir des architectes internationaux, a cette volonté d’être au monde dans l’altérité.
Puisse cette publication optimiste être suivie de nouveaux projets avec une direction éditoriale fondée sur un travail critique.
Francine Fort est directrice générale d’Arc en rêve, centre d’architecture.
Nota :
- Ce texte a été écrit, à la demande de l'association French Touch pour son "annuel optimiste" mais il n'a pas été publié. Il sera en revanche publié dans le prochain numéro de D'A.
- Les logements expérimentaux à Mulhouse avec Jean Nouvel, Matthieu Poitevin & Pascal Reynaud, Duncan Lewis & Hervé Potin, Shigeru Ban & Jean de Gastines, Anne Lacaton Jean-Philippe Vassal, ont été retirés du texte initial, car ce sont des réalisations antérieures à 2007.
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