Portrait

OFF fait son entrée sur scène

Marie-Douce Albert | 23/01/2012 | 17:32 | Profession

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Manal Rachdi, Tanguy Vermet et Ute Rinnebach, architectes de l’agence OFF

Tanguy Vermet et Manal Rachdi bouillonnent d’idées depuis plusieurs années. Rejointe par Ute Rinnebach, leur agence d’architecture créée en 2006 a fini 2011 en beauté, en fêtant notamment le concours remporté avec BIG pour un nouvel immeuble sur le campus de Jussieu à Paris.

La scène architecturale, c’est comme Avignon, avec ses têtes d’affiches dont les noms sont inscrits sur la porte de leur cabinet. Et il y a le « off », les petites mains qui s’activent sur les projets des premiers avant de décrocher le rôle principal. C’est un peu pour ça qu’Off s’appelle Off, parce que l’agence qui associe Tanguy Vermet, Manal Rachdi et Ute Rinnebach a d’abord vécu dans un monde parallèle avant de s’installer officiellement en 2006. Aujourd’hui, le trio fait ses premiers pas sur la grande scène, en particulier avec le projet Paris-parc. L’an dernier, Off a ainsi remporté avec BIG, cette agence danoise à l’impressionnante force de frappe, le concours pour la réalisation d’un immeuble qui viendra compléter le campus de Jussieu.

Des trois architectes, aucun n’était « pré-programmé » pour le devenir. Tanguy Vermet, né à Tréguier, dans les Côtes-d’Armor? « Mon père me voyait faire Centrale ou Polytechnique», raconte-t-il. Il en rit : « Je n’en avais pas les capacités », s’amuse encore un peu plus tard : «Je n’avais pas de talent particulier… Je n’en ai toujours pas d’ailleurs». En revanche, un de ses meilleurs amis d’enfance, qui dessinait des maisons splendides, en avait. Celui-ci est depuis décédé. Tanguy a navigué de l’école de Strasbourg à celle de Nantes, de l’agence du Duncan Lewis à celle de Gaëlle Peneau.

Dans la famille de Manal Rachdi, né en 1978 à Rabat, au Maroc, «on est médecin ou ingénieur. Et moi je voulais faire autre chose que ce qu’on attendait de moi ». Pour expliquer son choix, il dit juste : «Je voyais autour de moi des choses qui ne me plaisaient pas forcément.» Il passe sa première année passé à Bruxelles, à la Cambre, où on le «bassine avec Le Corbusier et Horta», puis rejoint à son tour l’école de Nantes. Ce n’est pas là qu’il rencontre Tanguy Vermet, ni dans l’agence de Duncan Lewis où il lui succède. «J’y ai travaillé sur un projet que Tanguy avait gagné. Je ne cessais d’entendre parler de lui.» Manal Rachdi passe ensuite chez Du Besset-Lyon, puis chez Jean Nouvel. Entre-temps, lui et Tanguy Vermet se sont finalement croisés, ont commencé à échanger et se sont jetés ensemble dans la compétition.

Ils sont primés pour l’édition de 2006 « Minimaousse », réflexions sur la micro-architecture animée par Fiona Meadows, à la Cité de l’architecture et du patrimoine. Puis mentionnés la même année pour cet autre concours d’idée lancé par l’Etat pour réfléchir à l’installation du nouveau Palais de Justice de Paris dans la ZAC Paris-Rive-Gauche, dans le XIIIe arrondissement. Les idées fusent, les garçons sont de sacrés numéros complémentaires. «Je suis dans le : « Il faudrait», note Tanguy. J’ai d’ailleurs fait des tas de concours que je n’ai jamais rendus. Manal, lui, dit : «Faisons » ! » «Ils partagent un référentiel d’idées mais leur manière de travailler est différente», confirme la troisième complice, Ute Rinnebach, devenue leur associée l’an dernier, en provenance de chez Jean Nouvel. «C’était une des stagiaires, les plus consciencieuses », raconte Manal Rachdi.

Née à Cologne (Allemagne) en 1981, elle avait bien eu un grand-père architecte - «mais je ne l’ai jamais vraiment connu» - puis, à l’époque du lycée, avait passé trois semaines en observation chez un architecte qui lui «avait dit : «Surtout ne fais jamais ça ! » Un vrai stage de démotivation». Il n’empêche, elle part faire ses études à Aix-la-Chapelle,  établissement où l’on privilégie la technique, et se découvre une passion pour la réflexion en 3D, «le plaisir de dessiner l’espace et de le tester».

L’architecte Philippe Rizzotti qui partage les bureaux de OFF, rue Saint-Denis à Paris, confirme que ces trois-là «se sont bien trouvés. Tanguy est le cerveau fou, le poète ; Manal a l’énergie et les mains virtuoses ; quant à Ute, elle représente le travail, la sérénité. » Lui-même a testé dès 2010 l’efficacité de la formule OFF quand avec un autre comparse architecte-ingénieur, Samuel Nageotte, ils ont planché sur la reconversion de viaducs en Calabre, en Italie. L’équipe a été déclarée lauréate en imaginant une série de ponts habités et a été distinguée dans la foulée par un Holcim Award, récompense que le cimentier décerne à des projets d’architecture durable. «Avec le recul, c’est ma plus belle expérience de concours, assure Philippe Rizzotti. C’est allé très vite aussi bien dans les idées que dans leur auto-critique». Off a fait la démonstration de sa puissance de conception. Il ne lui reste plus qu’à passer au stade suivant. La construction.

www.offarchitecture.com

Marie-Douce Albert | Source LE MONITEUR.FR