Profession

Karine Chartier et Thomas Corbasson, ni com’, ni mode

Premier Prix du grand public francilien pour l’immeuble de la rue Saint-Antoine, à Paris, en juillet et inauguration du musée Paul-Belmondo à Boulogne-Billancourt en septembre : 2010 tire ce duo d’architectes de leur habituelle discrétion.

Internet les a fait chouchous du public. Début juillet 2010, Karine Chartier et Thomas Corbasson ont reçu le tout premier « Prix grand public des architectures contemporaines de la métropole parisienne » (www.prixpublicarchi.com) lancé, notamment, par le Pavillon de l’Arsenal. Leur opération de logements sociaux de la rue Saint-Antoine à Paris (IVe), avec pignon en résille métallique sur rue (voir portfolio du Moniteur.fr), a été élue bâtiment préféré des Franciliens, par un jury d’amateurs et surtout 28.453 votes en ligne. Ils n’ont pourtant pas vraiment fait campagne sur la toile. Certes, ils se sont créé un profil sur Facebook, mais la veille ou l’avant-veille de la clôture du scrutin. « Alors ça nous a peut-être rapporté une voix », s’amusent-ils.
La communication à outrance n’est pas dans leur tempérament. « Nous avons déjà monté notre site Internet (chartcorb.free.fr), font-il remarquer mais, cette page Facebook (à voir ici), nous ne nous en occupons pas assez ». Ils se sont d’ailleurs un peu améliorés mais dans les premiers temps, leur bio sur le réseau social se résumait à « Chartier-Corbasson Architectes est une agence d’architecture parisienne créée en 1999 et dirigée par Karine Chartier et Thomas Corbasson. » Et encore, c’est parce qu’il fallait bien écrire quelque chose… « Car on n’a jamais vraiment décidé de créer notre agence, avouent-ils. On ne s’est pas associés. En fait nous avons toujours travaillé ensemble… On était déjà assis côte à côte en cours d’informatique. »

« Leur agence, c’est chez eux »

Karine Chartier et Thomas Corbasson se sont rencontrés à l’école de Paris-La-Villette. Ils avaient 24 ans. Tous deux sont nés en 1968. Petite, Karine Chartier avait suivi son père ingénieur sur ses chantiers d’ouvrages d’art. Les parents de Thomas Corbasson, eux, étaient antiquaires mais il raconte avoir été « poussé » par sa mère qui, elle, « n’avait pas pu devenir architecte ». Il rit : « Mais tout petit déjà je dessinais des maisons ! » En revanche ni l’un ni l’autre ne se souvient d’avoir eu le genre de conversations qu’ils surprennent parfois chez leurs fils de 5 et 7 ans : « L’autre jour ils étaient en train d’imaginer où construire des mezzanines. Nous ne sommes pas très sûrs de ce qu’ils comprennent réellement. »
Faut-il vraiment s’en étonner ? « Leur agence, c’est chez eux », raconte Adrien Robain, de l’agence RH+. Au sens propre : la famille vit au-dessus du bureau, dans le IXe arrondissement de Paris. « Ils vivent dans leur truc », poursuit l’architecte qui les connaît et les apprécie depuis une dizaine d’années. Il leur reconnaît « la force de très bien comprendre et analyser le lieu et le contexte. Ils ont toujours une réponse pertinente. »

« Le désir ne doit pas aller à l’encontre des contraintes »

A écouter Karine Chartier et Thomas Corbasson, là est le fruit de l’expérience – lui chez Nouvel pendant dix ans ; elle dans plusieurs agences – dont Architecture-Studio -, de confrontations avec d’autres visions notamment grâce à leur passage par l’école polytechnique de Barcelone ou encore de voyages. « Nous avons passé trois mois en Inde et j’ai l’impression que ça correspond au moment où nous avons compris une chose, dit Thomas Corbasson. C’est difficile à expliquer mais le bouddhisme dit que c’est le désir qui crée le malheur. J’ai le sentiment qu’en architecture c’est pareil : vouloir à tout prix quelque chose quelque part, ça ne peut pas marcher. Le désir ne doit pas aller à l’encontre des contraintes. »
NAJA en 2000, le duo tire d’abord les potentialités de la chapelle de l’ancien couvent des Récollets à Paris (Xe) pour y installer la maison de l’architecture en Ile-de-France, de l’immeuble de logements de la rue Saint-Antoine pour en faire une opération contemporaine en plein Marais et d’un petit château déserté de Boulogne-Billancourt pour y installer la collection de sculptures de Paul Belmondo, le père de l’acteur. D’une élégante sobriété, le musée a ouvert ses portes en septembre.
Adrien Robain poursuit : « Ils savent résister à la pression de la mode », quand il serait si simple de proposer ce qui plaît. Là n’est peut-être pas le plus sûr moyen de séduire les maîtres d’ouvrage et Karine Chartier et Thomas Corbasson reconnaissent qu’ils sont peu retenus pour des concours. Mais Adrien Robain loue cette « constance » : « Karine et Thomas ont une direction et la tiennent. Je me souviens d’un projet de logements fait il y a une dizaine d’années pour un appel de la Jeune architecture organisé par l’Arsenal (*). La Chambre de commerce et d’industrie qu’ils construisent à Amiens en est la parfaite continuité. » Pas com’, pas fashion-victim, peut-être. Mais cohérents.

(*) Karine Chartier et Thomas Corbasson avaient alors obtenu la première mention.

 

Vous souhaitez réagir

Pour commenter l'article, vous devez être identifié ou vous inscrire
S'identifier

Pour accéder aux contenus et services en accès libre, identifiez-vous

Mot de passe oublié
S'inscrire

Vous souhaitez vous inscrire aux services proposés en accès libre.

Newsletter quotidienne et thématiques, alertes e-mail, commentaires sur les articles...

S'inscrire
Newsletters