Portrait
Patrick Berger et les équations de l’architecture
Marie-Douce Albert | 18/06/2009 | 11:12 | Profession
Le Grand Prix national de l’architecture 2004 et concepteur, avec son associé Jacques Anziutti, des futures Halles à Paris, est un homme discret, soucieux de justesse aussi bien dans ses solutions architecturales que dans ses paroles.
Patrick Berger pèse ses mots, ne délivre aucune information à la légère. L'homme paraît prudent, très discret. Surprenant peut être pour un architecte propulsé sous les projecteurs en 2007 lorsqu'il a remporté un des concours les plus médiatisés. Patrick Berger sera en effet, avec son associé Jacques Anziutti, le reconstructeur des Halles, en plein cœur de Paris. Après avoir marqué depuis trente ans le paysage de la capitale.
Patrick Berger est sans doute un vrai Parisien. Il y est né en 1947, près de la Bastille, et il y a toujours exercé. Issu d'un milieu modeste, il n'est pas de ceux qui se rêvaient petits en bâtisseurs de nouvelles cathédrales mais il a grandi un crayon à la main. "J'ai toujours adoré dessiner. J'aimais aussi la musique et les mathématiques", raconte-t-il. Au début de ses études, il n'avait d'ailleurs pas choisi: il a fait maths-physique et les Beaux-Arts. Là, il a connu 68 mais, plus que l'aspect politique, il retient la richesse d'un printemps qui a vu passer l'enseignement de l'architecture "d'un système très académique à un vaste champ d'expériences".
Grand écart
Sorti de l'école en 1972, il est d'abord parti à Vancouver (Canada) où il a travaillé comme charpentier sur des chantiers avant d'intégrer un service municipal où l'on dessinait des maisons pour des personnes aux petits revenus. Peu après, il a découvert ce que voulait dire le mot "ville" dans la vallée de Katmandou (Népal), lors d'une mission du CNRS et de l'Unesco.
Patrick Berger a pratiqué le grand écart, puisqu'à la même époque, Fabrice Emaer, roi des nuits parisiennes, l'a recruté pour réaménager le Palace, rue du Faubourg Montmartre. Dans ce temple de la branchitude, ouvert en 1978, le jeune architecte a passé des soirées et trouvé une clientèle fortunée. Mais en 1985, il renonçait à l'univers "Palace" pour se lancer dans les concours publics.
L'architecte est en effet attaché "à la portée des bâtiments publics", ainsi qu'à la démarche volontaire des maîtres d'ouvrage. Patrick Berger ne manque jamais de souligner, y compris à l'heure de recevoir son Grand Prix national d'architecture en 2004, que sa discipline se fait d'abord sur des programmes. "Il y a toujours quelqu'un avant l'architecte qui décide de créer une forme d'activité humaine à un endroit donné", dit-il. Excès de modestie ? "Plutôt une façon de remettre les choses à l'endroit", répond-il.
Diversité
Il a été de l'équipe qui a imaginé le parc André-Citroën (Paris, 15ème), il a métamorphosé l'ouvrage ferroviaire de l'avenue Daumesnil en Viaduc des arts (Paris, 14ème) et récemment, l'agence Berger-Anziutti a livré la nouvelle piscine Alfred Nakache, à Belleville (Paris, 20ème). Hormis les futures Halles, baptisées la Canopée, le duo se concentre aujourd'hui sur la réalisation du pôle de périnatalité de Cochin (Paris, 14ème). Patrick Berger a aussi bâtit au Japon ou en Suisse mais il ne recherche pas l'accumulation. C'est la diversité qui l'attire, la complexité aussi. Un projet après tout est une équation, un "motif qui résout un ensemble de questions posées", dit-il en citant les Halles. La solution n'est pas une science exacte, car au-delà de l'acte de construire, "il faut, assure Jacques Anziutti, une approche plus sensible, plus poétique et Patrick porte une attention extrême à cela". Anziutti qui fut l'élève du professeur Berger à l'école de Saint-Étienne dit encore: "Il a cette fibre pour transmettre l'envie d'architecture". Un joli compliment dont on parie qu'il le fera rougir autant qu'il lui fera plaisir.