Portrait

Jean-Daniel Gary, l’homme de sable

Jacques-Franck Degioanni | 12/03/2009 | 16:19 | Profession

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Jean-Daniel Gary, plasticien-verrier

Il a fait du sable et du verre le cœur de son métier. Jean-Daniel Gary, plasticien-verrier, travaille par la technique du sablage à la main, des pièces destinées à prendre place dans les réalisations des architectes et architectes d’intérieur. Portrait d’un artisan d’art doublé d’un expérimentateur.

L'une de ses sœurs est violoniste, l'autre est harpiste, son frère est luthier et lui - cherchez le grain de sable - Jean-Daniel Gary, est... plasticien-verrier. Le grain de sable, précisément, il en a fait son métier puisque c'est par la technique du sablage sur verre qu'il réalise et peaufine les pièces qu'il imagine et qui s'intègreront ensuite aux architectures d'un Christian de Portzamparc, pour ne citer qu'un de ses plus célèbres commanditaires (Studio Desseins, SM Design, Ecart International, etc.). Rien n'était pourtant joué d'avance...

Après de longues années à travailler le hautbois et le saxophone, il décroche son bac technique "bois" et, lassé d'attendre une place disponible chez le luthier où il souhaite entrer en apprentissage, il intègre l'école des Arts Déco de Strasbourg. "Je ne souhaitais pas être un autodidacte", explique-t-il. Là, grâce à un enseignant céramiste, il découvre... le travail du verre! Puis il s'initie ensuite à la ferronnerie et à l'orfèvrerie. Son travail de fin d'études (1989), en bonne place dans son atelier, rend compte de son parcours. Il consiste en d'étranges "sculptures sonores" aux formes inspirées de celles des instruments de l'orchestre. Pour ces "chefs-d'œuvre", au sens compagnonnique du terme, "l'idée a été d'utiliser les différents matériaux et techniques que j'avais appris à connaître et maîtriser pendant ma scolarité aux Arts Déco", avance-t-il.

Iridescent

Il travaille huit ans chez d'autres confrères, dont le verrier Guillaume Saalburg, avant de s'installer à son compte en 1999. "Le sablage, précise-t-il, consiste à intervenir directement sur le verre, avec ou sans pochoir, pour enlever la matière, la matifier plus ou moins, obtenir des dégradés. Comme avec un chalumeau sur un glaçon! C'est un travail très difficile, sans repentirs possibles, sur la vibration, le trait. Un résultat qui ne s'obtient que grâce à la précision du geste, à l'intervention de la main. Nous sommes à peine quatre ou cinq sur Paris à afficher la même spécialité."

Qu'il s'agisse de réinventer un type de motif "années 1930", comme pour le restaurant Prunier, ou bien de réinterpréter le veinage du bois massif sur un panneau de verre, Jean-Daniel Gary travaille indifféremment aux côté des architectes, architectes d'intérieurs et particuliers. Il vient d'achever une imposante réalisation dans un palace slovène, à Portoroz, et souhaite à présent développer un travail plus personnel sur le verre, ses textures, les reflets, les moirages, les pigments.

Et, s'il regarde volontiers en direction de "l'univers du luxe" pour la liberté d'invention qu'il imagine y trouver - "je suis toujours à la recherche d'effets" - il poursuit ses recherches sur le verre iridescent (*), les miroirs, le travail à la feuille d'or, d'argent, de cuivre, voire de palladium. Des métaux aux nuances mystérieuses dont les techniques d'application conservent leur part d'opacité et de secret... C'est ainsi : le verre n'est pas toujours synonyme de transparence.

www.jdgary.fr

(*) Se dit d'une une surface qui paraît changer de couleur selon l'angle sous lequel on la regarde ou selon l'angle selon lequel elle est éclairée. A la manière de nombreux poissons, coléoptères ou papillons, voire même des bulles de savon!

Jacques-Franck Degioanni | Source LE MONITEUR.FR