Point de vue
« Le logement n’est pas une simple marchandise »
Emmanuelle Colboc, architecte | 11/03/2010 | 16:31 | Profession
En trente ans de carrière, les 3-pièces ont perdu 10 m2, constate l’architecte Emmanuelle Colboc, pour qui « concevoir des logements, c’est comme coudre un gant que l’on retourne sans cesse. Il faut être bien dedans et qu’il soit bien fini dehors ».
Le logement est le sujet le plus grave et le plus urgent. Les budgets permettent de réaliser des boîtes, mais je ne me résoudrai jamais à ne proposer que des boîtes ! C'est le programme le plus important dans nos villes, celui qui crée le lien entre toutes les parties de la cité, celui qui condense le plus d'affects. C'est à la fois un lieu du quotidien et de la mémoire. Concevoir des logements, c'est comme coudre un gant que l'on retourne sans cesse. Il faut être bien dedans et qu'il soit bien fini dehors. C'est imaginer simultanément des espaces d'intimité, des lieux de vie et de bien-être, tout en fabriquant la ville. Tout cela doit durer. Son rôle de mémoire induit le charme dans le temps. Le charme dépasse la notion de beau, il est de l'ordre du ressenti, et donc profondément humain. Aujourd'hui, le système nous demande de produire des logements moins grands pour loger une population de plus en plus précaire. Depuis le début de ma vie professionnelle, les 3-pièces ont perdu 10 m2, c'est terrible ! Les philosophes parlent très bien de cette incapacité des SDF d'être au monde, puisqu'ils n'ont pas de lieux pour être eux-mêmes. Se loger est un acte fondateur de notre être, et pas une valeur marchande. A cela s'ajoutent les règles, les normes, les contraintes environnementales. Sur ce sujet, notre rôle est de décloisonner les problématiques, de tirer la pertinence de chacun, de motiver, de transmettre. "Projeter c'est transformer", ce qui demande du temps et des échanges. Nous devons être ensemble au service du projet. Il faut évidemment tenir compte de toutes les données environnementales, mais notre rôle élargi devrait permettre une mise en place plus rapide et pertinente de ces règles. Tout cela est essentiel, bien sûr. Mais pourrions-nous un instant aborder la question par le cœur, plutôt que de l'atomiser en capsules étanches de compétences, qui multiplient les acteurs autour d'une table où la discussion dure parfois des heures pour parvenir, non pas à résoudre la question de fond, mais à satisfaire à la norme !
Ce point de vue est extrait d'un entretien avec l'architecte Emmanuelle Colboc publié dans "Le Moniteur des Travaux Publics et du Bâtiment" n°5546 du vendredi 12 mars 2010, pages 52 à 55.
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JEAN LUC | 13/03/2010 - 06:22
BRAVO
ENFIN QUELQU'UN QUI PARLE D'ARCHITECTURE ... SANS BLING BLING NI BUSINESS ... IL EST DOMMAGE EN FRANCE QUE LES POLITIQUES DE GAUCHE COMME DE DROITE... ETC NE S'EN OCCUPENT PAS .... OUI AU CORPORATISME ET AU SYNDICALISME LORSQU'ILS NE SONT PAS AFFAIRISTES ... MAIS QUI DEFEND LA PROFESSION D'ARCHITECTE AUJOURD'HUI ...? A QUAND UN GRENELLE DE D'ARCHITECTURE ...? JL ROMMELAERE DPLG