Point de vue

Lionel Carli (Cnoa) : « Pour une juste rémunération de la maîtrise d’œuvre »

Lionel Carli, vice-président du CNOA | 17/11/2009 | 13:28 | Profession

Agrandir la photo © DR
Lionel Carli, vice-président du Conseil national de l'ordre des architectes (Cnoa)

Le vice-président du Conseil national de l’ordre des architectes estime que pour servir la qualité de la production des bâtiments post-Grenelle, le travail de maîtrise d’œuvre doit être revalorisé.

Ce point de vue fait suite à la publication par le Moniteur.fr de l'article intitulé "Maîtrise d'œuvre et conseil : la CICF lance une opération vérité sur les prix".

Conscients des enjeux que le développement durable porte en lui, les acteurs de la maîtrise d'œuvre se sont mobilisés pour relever ce défi de société. Nul ne met en doute le rôle moteur des architectes dans la sensibilisation, l'innovation et la recherche dans cette composante essentielle de la construction. Depuis de nombreuses années le Conseil national de l'ordre des architectes (Cnoa) se bat pour le développement durable, et pour faire reconnaître que les dimensions culturelles et humaines, sont aussi importantes que les technico-économiques qui à elles seules sont insuffisantes pour construire des bâtiments respectant ce savant équilibre entre valeur d'usage, valeur esthétique et valeur "durable". C'est dans la recherche de ce juste équilibre que s'est toujours développée notre pratique, car les architectes sont porteurs de cette vision globale de la conception. Au sein de l'équipe de maîtrise d'œuvre concourant aujourd'hui, moins que demain, à la conception de bâtiments inscrits au cœur du développement durable, ils maîtrisent cette capacité de synthèse. Il est urgent de reconsidérer le niveau de la rémunération de la maîtrise d'œuvre, pour lui permettre de relever les immenses défis d'aujourd'hui.

Spirale de rémunération descendante

Alors que la somme de travail va croissant, de pair avec la responsabilisation de tous les acteurs de la maîtrise d'œuvre, on ne peut que constater une chute importante de leur rémunération globale, que la crise économique actuelle a amplifiée. Cette crise entraîne les maîtres d'ouvrages à vouloir produire autant mais pour le même prix, alors que les exigences réglementaires se sont renforcées; les entreprises à faire des offres anormalement basses pour résister, alors que la performance de l'ouvrage et sa mise en œuvre sont de plus en plus pointues; la maîtrise d'œuvre subit cette "double peine" - pourcentage de rémunération à la baisse sur une masse de travaux se restreignant (financièrement mais pas techniquement). C'est toute la maîtrise d'œuvre qui pâtit de cette spirale de rémunération allant à l'inverse de la proportion du travail fourni et de la responsabilité engagée.

Valorisation du temps de travail

Pour servir la qualité de la production des bâtiments post-Grenelle, nous devons tous ensemble sensibiliser la maîtrise d'ouvrage sur cette juste rémunération, au travers la mise en valeur de l'importance des tâches et leur valorisation en temps de travail pour chacun des membres de l'équipe de maîtrise d'œuvre. Cela nous paraît plus important que de raisonner en "parts de gâteau" brutes sans référence aux missions à accomplir par chacun. Vouloir imposer une vision prépondérante de la technique dans la conception des bâtiments par la revendication de la part la plus importante des honoraires est aujourd'hui caricatural et destructeur pour l'ensemble de la maîtrise d'œuvre. Prôner cette prépondérance de la valeur technico-économique de la prestation, et reléguer au second rang les dimensions environnementales, fonctionnelles, patrimoniales, culturelles et citoyennes indissociables du développement durable, portées par les architectes, va à l'encontre de la mise en œuvre du Grenelle et des objectifs que la RT 2012 vise à travers son objectif bioclimatique. Dans cette hypothèse, la maîtrise d'œuvre se résumerait à un acte strictement économique, sans valeur d'usage, ni esthétique et encore moins environnementale.

Patrimoine

Alors que nos élus politiques et que nos concitoyens prennent la mesure des enjeux de société portés par le développement durable, ne nous trompons pas d'objectif, et soyons à la hauteur de leurs attentes. N'oublions pas que dans un passé récent, ces visions réductrices et tronquées de l'acte de bâtir ont contribué à la production en série de millions de mètres carrés de logements, que l'on continue de démolir, alors même qu'ils étaient technico-économiquement viables pour l'époque. Ils n'ont produit ni bonheur pour leurs habitants, ni patrimoine pour les générations futures...

Une réaction ? Ecrivez-nous à courrier.moniteur@groupemoniteur.fr

 

 

Lionel Carli, vice-président du CNOA | Source LE MONITEUR.FR

 

Vos réactions

  • Anonyme | 20/11/2009 - 08:44

    Président du GIAc (groupement de l'ingénierie Acoustique) - CICF

    Je fais suite à l'article de Lionel Carli publié dans la newsletter du 17 novembre . Nous partageons au sein de notre syndicat professionnel l'avis de Lionel Carli. Le débat sur la juste répartition des honoraires entre BE et architectes se posent bien évidemment, mais ils ne doit pas être l'arbre qui cache la forêt de la réelle valeur que les MOA accordent aux équipes que nous formons. C'est tous ensemble que nous relèverons et gagnerons les immenses défis qui nous sont aujourd'hui face à nous. La solidarité doit avoir maintenant tout son sens et dépasser les combats d'arrière-garde. ll est temps de sortir des visions à courts termes, ou seule est vue la rémunération immédiate des équipes de maîtrise d'œuvre. En effet nous avons aujourd'hui a relevé des défis sans précédent et il serait illusoire de penser que cela peut de faire sur les mêmes bases de travail et de rémunération que celles utilisées jusqu'ici. Nous avons besoin de former nos équipes et nous mêmes à de nouveaux concepts, à de nouvelles techniques, nous avons besoin d'innover et de nous projeter dans l'avenir. Mais comment le faire si le temps dont nous disposons ne permet plus d'investir dans la formation et l'échange d'idées. Soyons audacieux, soyons responsables N'oublions pas que pour des ouvrages performants, il faut une ingénierie performante. Cordialement, Frédéric LAFAGE Président du GIAc

  • uu | 04/02/2010 - 16:22

    En réponse à président du Giac Il est surtout scandaleux que les salariés de la profession soient payés 30% en dessous des salaires communément appliqués dans les autres corps d'états. Sans salaires normaux, pas de motivation, pas d'efficacité, pas de rentabilité, et donc pas de rentrée d'argent. Cela explique très certainement le turn-over de la profession très important, entrainant la fuite des connaissances. Sommes nous réellement obligés de monter nos propres bureaux d'étude pour avoir la rémunération correspondante au fruit de notre travail ou doit on se faire débaucher par les BE généralistes, qui finiront ainsi par absorber les BE acoustiques ?!!

  • Anonyme | 04/02/2010 - 21:56

    Bonjour à tous, de la part d'un acteur majeur de l'acoustique en France qui plus est président du Giac, je trouve ces propos choquants. Pour l'acoustique seul domaine que je connais bien, on ne peut pas tout reprocher aux Maîtres d'Ouvrages. Ayant vécu au coeur du processus les méthodes et manières de faire de certains, je suis offusqué de voir qu'aujourd'hui ceux qui ont totalement dévalué ce métier en baissant les prix continuellement, ayant une logique commerciale digne de supermarché ( à l'aide de commerciaux qui n'ont rien à voir avec l'acoustique), en faisant travailler des stagiaires ou des gens débutants, en dévaluant les salaires continuellement, dans une logique d'économie implacable pour réduire les coûts au maximum, aujourd'hui se plaignent et se détournent de leur responsabilités ? Ils se sont tirés eux mêmes une balle dans le pied pendant des années ! J'ai entendu dans des cabinets des discours bien loin de la confrérie !! où il est beaucoup plus question d'éliminer ses concurrents. Et quand on voit comment est représenté le métier par le Giac aujourd'hui nous sommes bien tristes et plein de désillusion pour notre métier. Ce métier jeune a perdu en crédibilité à une vitesse effrénée car certains ont profité du fait qu'il est encore peu connu et qu'il est facile de faire avaler des couleuvres aux clients qu'ils soient architectes ou Maîtres d'Ouvrages. Je n'ai vraiment aucune sympathie pour les gens qui ont ce discours totalement hypocrite et qui font bien souvent partie du Giac. Pour ma part je suis très fier de ne pas faire partie du Giac et l'ironie c'est que je pense respecter son code de déontologie bien plus que certains de ses adhérents ! Pour finir et pour information un ingénieur acousticien démarrait sa carrière à environs 30 000 euros annuel en 2000 aujourd'hui il n'est pas rare de voir des propositions à 20 000 euros annuel. Vive la solidarité et vive le Giac !

  • Anonyme | 05/02/2010 - 12:32

    "Le débat sur la juste répartition des honoraires entre BE et architectes se posent bien évidemment, mais ils ne doit pas être l'arbre qui cache la forêt de la réelle valeur que les MOA accordent aux équipes que nous formons." - GIAC - Cette notion de valeur soulevée par le GIAC est intéressante : Quelle est la réelle valeur que les MOA accordent aux équipes: il faudrait leur demander et voir l'avis des membres des équipes de maîtrise d'oeuvre. Mais de la même manière, puisque le GIAC s'intéresse à la question, quelle est la valeur que l'acousticien apporte à son équipe et au MOA aujourd'hui au 21ème siècle dans un contexte ou les techniques de construction sont standardisées ( Qualitel, HQE, etc) et soumises au lobbying des géants du béton ou du silicium et bientôt du bio et du bois. Qu'attendent les MOA de leur acousticien qui ne soit pas déjà formulé par les autres membres de l'équipe d'ingénierie? En prenant la parole, le GIAC n'est-t-il pas en train d'essayer de systématiser une pratique : celle de rendre naturel, voire obligatoire, le fait d'intégrer un acousticien dans une équipe, alors que l'on sait pertinemment que lui même se pose la question de sa "plus-value". Toujours avec cette notion de valeur, quelle est la valeur qu'apporte le GIAC à la profession d'acousticien? Au vu des messages précédents, ceux qui disposent du pouvoir de contribuer à la reconnaissance du travail fourni par leurs salariés notamment par la répartition des bénéfices, ne se privent pas - et leurs pratiques l'illustrent tous les jours - de dévaluer la profession d'ingénieur, de précariser l'ensemble de leurs salariés, de recourir en masse aux stagiaires, etc... Le mot valeur est encore une fois détourné de son sens. Ne soyons pas dupes: venant de la part du GIAC, il ne se cache derrière le mot "valeur" que les mots "bénéfices financiers", très très loin, bien évidemment, de l'idée qu'ont les salariés de cette profession. N'oublions pas que le GIAC est composé en grande partie par les plus gros actionnaires des plus gros BE de France. On relèvera des propos du GIAC les formulations intéressantes suivantes: - "C'est tous ensemble que nous relèverons et gagnerons les immenses défis qui nous sont aujourd'hui face à nous." - "La solidarité doit avoir maintenant tout son sens" - "ll est temps de sortir des visions à courts termes" - "nous avons aujourd'hui a relevé des défis sans précédent" - "nous avons besoin d'innover et de nous projeter dans l'avenir." - "Soyons audacieux, soyons responsables" Ne nous trompons pas, tout ceci relève du registre de la "communication". Les propos du GIAC sont choquants et en total contradictions avec leurs mises en pratiques.

  • CARLA | 05/02/2010 - 15:58

    On dit souvent que l'arbre cache la forêt. Parlons en, de la forêt. Comme le dit la réponse précédente, si la "juste rémunération" des BETs acoustiques va dans les poches d'un "petit" patronat "gagne petit" qui ne s'intéresse qu'à la plus value des missions et non pas au contenu, il ne faudra pas s'étonner si d'ici quelques années il n'y ait plus de BET acoustique, tous ayant été absorbés par des plus gros BET " généralistes", dans lesquels les acousticiens auront au moins, à défaut de leur sacro sainte et hypocrite "indépendance", accès à d'autres corps de métier. Ils pourront au moins, à défaut d'une "juste rémunération" qui n'existe plus depuis que des parasites polluent le métier, disposer d'une formation de terrain qui ne se limite pas à des déclarations d'intention comme on peut trop souvent le lire.

  • CARLA | 05/02/2010 - 15:58

    suite

    Contrairement à certains préjugés, la plupart des maitres d'ouvrage sont tout à fait conscients de la nécessité ou non de l'acousticien sur leurs projets. Le problème c'est que la plupart du temps l'obtention du papier HQE,Règlementaire ou autre devient plus important que le succès de l'opération. Et beaucoup d'acousticiens ont pu constater que, dans bien des cas, si les critères "normatifs" ou "règlementaires" sont à peine atteints, il n'en va pas de même de l'adéquation entre les résultats acoustiques et la destination des locaux.

VOUS SOUHAITEZ REAGIR

Pour commenter un article vous devez vous identifier ou être inscrit.