Point de vue
Unsfa : « Etudier mieux et construire mieux aujourd’hui pour dépenser moins demain »
Philippe Klein, président de l’Unsfa et Lionel Vié, vice-président chargé des pratiques professionnelles et de la prospective | 05/11/2009 | 12:36 | Profession
© Dominique Errard/ Le Moniteur
Philippe Klein (49 ans), a été élu président de l’Union nationale des syndicats français d’architectes au congrès de La Rochelle (10, 11 et 12 septembre 2009)
Voilà ce que doit être le leitmotiv de l’ensemble de la maîtrise d’œuvre selon l’Union nationale des syndicats français d’architectes, en réaction à notre article « Maîtrise d’œuvre et conseil : la CICF lance une opération vérité sur les prix ».
La proposition de la CICF de méthode d'analyse des offres d'ingénierie publiée le 28/10/2009 sur le Moniteur.fr par Dominique Errard n'a pas manqué d'attirer notre attention.
S'il n'est pas contestable que les honoraires de maîtrise d'œuvre ont dramatiquement baissés, victimes de la double peine de la baisse conjoncturelle des coûts de travaux et de l'âpre négociation des maîtres d'ouvrage sur les taux d'honoraires, il n'en est pas moins vrai que la mission de l'architecte s'est à l'inverse considérablement complexifiée, au gré des évolutions réglementaires, dont il reste d'ailleurs le garant dans son rôle de mandataire.
En effet, si l'amélioration des performances énergétiques des bâtiments engage également un surcoût d'études pour les BET, la grande majorité des autres attentes environnementales relèvent de la conception initiale de l'architecte.
De même et par exemple, le durcissement de l'application des lois sur l'accessibilité des personnes handicapées a entraîné de fait une valeur ajoutée très importante à la conception architecturale qui ne se traduit malheureusement pas par une revalorisation financière de la matière grise.
En outre, par excès de zèle ou de prudence des maîtres d'ouvrage, il n'est pas rare de voir s'aligner sur le moindre avis de candidature 7 à 8 compétences de spécialistes qui pourraient être risibles si elles n'avaient pas pour conséquences de ruiner l'ensemble des cotraitants.
Enfin, à mission égale, les honoraires de maîtrise d'œuvre "de base" sont nettement inférieurs en France à ceux de la plupart des autres pays d'économie et de technologie comparable et ce, d'autant plus que ladite mission de base se voit souvent assortie de notables surenchères "noyées dans la masse" (démarches environnementales, certifications diverses, labellisation de tout poil).
Par conséquent, l'architecte doit aujourd'hui non seulement s'entourer de nombreux "experts" mais également développer au plus haut niveau sa valeur technique par une formation toujours plus pointue de l'ensemble du personnel de ses propres structures.
Nous partageons donc la volonté de la CICF de sensibiliser les maîtres d'ouvrage à mieux appréhender la complexité des projets et opérations et à en tirer une saine attitude, tant sur "le prix de la qualité" que sur la "qualité du prix" de l'ingénierie (mais a t'on besoin d'un logiciel pour cela !).
Par contre, nous ne pouvons accepter ses propos quant à la révision de la répartition des honoraires sous prétexte de la seule évolution thermique des projets liés aux objectifs du "Grenelle" en faisant abstraction de toutes les autres incidences conceptuelles qu'ils engendrent.
Davantage qu'une hasardeuse analyse mathématique à coûts de ratios en pourcentage entre cotraitants, il serait nettement préférable de poursuivre assidûment l'effort de partenariat commun tendant à une réflexion en économie globale au bénéfice des maîtres d'ouvrage et au final des usagers.
Ce travail de fond, démontrant l'intérêt de la prise en compte de la qualité durable de l'architecture en y associant les économies induites en termes de maintenance et de consommation, serait beaucoup plus pertinent et permettrait très aisément de justifier pleinement une meilleure rémunération des études.
"Etudier mieux et construire mieux aujourd'hui pour dépenser moins demain."
Voilà ce que doit être le leitmotiv de l'ensemble de la maîtrise d'œuvre.
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