Profession

Nouveaux albums des jeunes architectes et des paysagistes 2009-2010 : premier contact

Avec le printemps 2010 arrive sur le marché une nouvelle saison de jeunes architectes et paysagistes promus hier soir à Paris par le ministère de la Culture au titre des Nouveaux albums. Un élan de fraîcheur.

Tous les deux ans, le ministère de la Culture donne un « coup de pouce » aux jeunes pousses de l’architecture et du paysage pour se faire connaître et reconnaître des maîtres d’ouvrage publics et privés. La session 2009-2010 des Nouveaux albums des jeunes architectes et des paysagistes (Najap) a été proclamée au soir du 10 mars, dans le hall de l’immeuble parisien dit des Bons-Enfants. Ils étaient nombreux à trépigner d’impatience à l’annonce, ou pas, de leur nom par leur ministre de tutelle, Frédéric Mitterrand. Mais le jury de professionnels co-présidé par l’architecte-urbaniste Christian Hauvette et l’architecte-paysagiste Pascal Cribier n’a choisi que quinze équipes de concepteurs (voir liste ci-dessous), sur un total de 234 dossiers de candidatures. « Aux lauréats, j’adresse mes sincères félicitations et tous mes vœux pour que ce ne soit là qu’un premier chapitre, et pour qu’ils écrivent encore beaucoup de belles pages dans les albums de l’architecture et du paysagisme de demain, a commenté le ministre. Je tiens aussi à exprimer à ceux qui ont fait le choix audacieux de la confrontation, et dont les noms ne sont pas sur la liste dressée par le jury, toute ma sympathie et mes chaleureux encouragements pour la suite de leurs parcours. Concourir, c’est témoigner déjà de son courage, de son implication, et de l’amour que l’on porte à son métier. »

Promotion Vasconi

« La sélection a été difficile mais loyale », a indiqué Christian Hauvette. Les candidats ayant présenté des dossiers avec de la « mise en œuvre, même très petite » ont été préférés à ceux qui – dixit le président du jury – ont « trop utilisé Photoshop ». Cette sélection veut mettre en avant des bâtisseurs, comme l’était l’architecte Claude Vasconi, décédé en décembre dernier, et dont la promotion Najap 2009-2010 porte le nom. Une proposition formulée oralement à la tribune par Christian Hauvette envers le ministre, qui a accepté d’un hochement de tête. « C’est une très très bonne idée », a estimé après coup Bernard Desmoulin, architecte et membre du jury, qui avoue porter de l’ »estime pour le bonhomme ». Au sujet des dossiers de candidatures, le lauréat de l’Equerre d’argent 2009 a exprimé sa « surprise » par rapport à leur « qualité ». Certains d’entre eux, qui « se dégagent tout de suite », comportent selon lui « déjà de petites œuvres » ; tandis que d’ »autres », écartés, ne font que suivre les « tendances ».

Bizarrerie

« Les dossiers trop tendances ou trop professionnels ont été évacués tout de suite », raconte le paysagiste belge Bas Smets, membre du jury. Alors à qui a-t-il dit « oui » ? A des « gens bizarres comme Freaks Free Architects », répond-il. Un exemple de bizarrerie ? La diffusion d’une vidéo sur YouTube dans laquelle les trois architectes – Guillaume Aubry, Cyril Gauthier et Yves Pasquet – réalisent une visite de chantier en tenue de cambrioleur, pour faire découvrir les espaces intérieurs d’une maison bâtie sur un toit de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) ! « Apporter une fraîcheur différente », tel est le crédo de ce trio formé à l’école d’architecture de Paris-La Villette, et qui a transité par Berlin, Tokyo, San Francisco, Pékin, et même par la Mongolie. Hier soir, tous trois, décagoulés, étaient « séchés », « contents » et « fiers » pour leur qualification de Najap. Il ne leur reste, disent-ils, qu’à « transformer l’essai ».

Alternative

D’un ton tout aussi décalé, l’architecte Stéphane Malka a exprimé son envie d’ »aller vers ce à quoi il croit vraiment », à savoir « laisser la place dans la cité à ceux qui ont des choses alternatives à dire ». « Contrairement à ceux qui font de grands gestes architecturaux, et ils sont nombreux dit-il, je prends les petites ruelles… » Voire le métro parisien, sous lequel il a imaginé construire un musée modulable et appropriable par tous à la station Barbès-Rochechouart. Enfin, le plus ému et émouvant de la soirée a été Xavier Wrona. Les yeux embués de larmes, l’architecte de l’agence Est-ce ainsi était chamboulé d’être reconnu par le ministère de la Culture, car il « essaye, avec de petits moyens, de travailler pour des gens qui n’ont ni argent, ni culture architecturale ». Au ministère de la Culture à présent de faire fructifier les espoirs germés chez ses jeunes pousses de la maîtrise d’œuvre.

 

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