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Maîtrise d’oeuvre et conseil : la CICF lance une opération vérité sur les prix

Dominique Errard | 28/10/2009 | 11:12 | Profession

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Exemple de répartition des coûts des prestations d'ingénierie

La Chambre de l’ingénierie et du conseil de France (CICF) vient de lancer une méthode d’analyse des offres d’ingénierie. Une réponse à la baisse généralisée de la rémunération de la maîtrise d’œuvre.

Avec la crise économique, c'est un peu le régime de la double peine qui s'applique aux maîtres d'œuvre. Leur rémunération souffre à la fois d'une baisse des taux de calcul de leurs honoraires qui font l'objet d'âpres négociations avec les maîtres d'ouvrage -quand elles ne sont pas tirées vers le bas par les maîtres d'œuvre eux-mêmes dans une sorte d'enchère négative- et à la fois d'une dévalorisation des travaux sur lesquels s'appliquent ces taux.
En clair, "ce qui valait 100 dans le bâtiment il y a un an à peine ne vaut pas plus que 90, et le taux de rémunération de la maîtrise d'œuvre qui s'y applique pour le calcul des honoraires est, dans le même temps, passé de 10 à 8% environ", commente François Amblard, président de la Chambre de l'ingénierie et du conseil de France (CICF).
Perte sèche : près de 30% des honoraires, alors que les missions restent généralement les mêmes et la complexité des études ne faiblit pas (elle a plutôt tendance à augmenter du fait des nouveaux objectifs environnementaux).

"Une heure d'ingénieur vaut environ 80 à 90 euros"

"La CICF a écrit à quelques 3.000 maîtres d'ouvrage publics pour les sensibiliser à cette baisse anormale des prix, réagit François Amblard, et encouragés par leurs réponses nous avons élaboré une méthode d'analyse des offres de prestations intellectuelles à leur attention". Ainsi, cette méthode -sorte d'opération vérité sur les prix- doit éclairer les maîtres d'ouvrage sur le coût des prestations intellectuelles.
Objectifs déclarés : les responsabiliser et éviter qu'ils ne tirent davantage les prix vers le bas, entraînant la maîtrise d'œuvre, ou le conseil, dans une spirale de moindre rémunération et, au fond, de moindre qualité des prestations : "une heure d'ingénieur vaut environ 80 à 90 euros (secrétariat inclus) et nous constatons qu'il existe des opérations où elles sont négociées à moitié moins cher" poursuit le président de la CICF qui dénonce cette pratique dangereuse à laquelle contribue parfois la maîtrise d'ouvrage.

Un logiciel pour analyser les offres

Pour tenter d'enrayer cette descente aux enfers économique, la CICF propose un petit module de formation à l'attention des maîtres d'ouvrage publics et privés (mais également des autres composantes de la maîtrise d'œuvre : architectes et économistes). Un tour de France est d'ailleurs organisé par les représentants de la Chambre qui parcourront tous les départements pendant plus d'une année pour porter la bonne parole en matière de calcul du coût des études d'ingénierie*. La méthode élaborée par la CICF y est expliquée et distribuée sous la forme d'un logiciel qui permet de cerner la valeur des prestations, de consulter en transparence et d'analyser les offres. "Nous voulons aider les maîtres d'ouvrage à comprendre le prix d'une prestation intellectuelle et attirer leur attention sur les offres d'ingénierie anormalement basses pour qu'elles fassent l'objet d'une analyse approfondie", précise François Amblard qui estime, au fond, qu'il est anormal que les prestations soient rémunérées en fonction du coût de l'ouvrage. Le calcul au pourcentage étant également souvent suspecté de ne pas inciter les maîtres d'œuvre à l'optimisation économique du projet.

Une question dont on sait qu'elle est débattue au sein même de la maîtrise d'œuvre et qu'elle a fait l'objet, en 2002, de l'élaboration d'une "méthode de calcul du prix horaire de l'agence" proposée par l'Ordre des architectes, permettant de déboucher sur une rémunération "au temps à passer". Ingénieristes et architectes se rejoindraient donc sur ce point. Reste que la répartition entre eux des honoraires de maîtrise d'œuvre demeure un autre et épineux problème... (voir l'avis d'expert).

* Le tour de France de la CICF a débuté à Annecy et se poursuivra à Rennes le 1er décembre, Marseille le 7 décembre, Paris le 11 décembre, Strasbourg le 14 décembre et Bordeaux 16 décembre (plus d'informations sur www.Cicf.fr, rubrique "actualités"). Contact CICF, Anne-Marie Lallemant : 01.44.30.49.48 ; e-mail : lallement@cicf.fr (Le logiciel coûte 120 euros HT).

 

FOCUS

Avis d'expert : François Amblard, président de la CICF

"Architectes-Ingénieurs : les usages de rémunération doivent être revus"

"La CICF n'accepte pas les tendances que prend la répartition des honoraires entre architectes et ingénieristes dans le contexte économique actuel. Dans leur rôle de mandataire de la maîtrise d'œuvre, certains architectes tentent de récupérer sur l'ingénierie ce qu'ils perdent avec la baisse de leur taux de rémunération appliqué à des travaux dont la valeur est également en baisse. Ce point nous inquiète d'autant plus que le besoin d'études supplémentaires techniques dues aux nouveaux objectifs du Grenelle (bâtiment BBC), et donc la rémunération de l'ingénierie, devrait être plus importante.
Le traditionnel "55% pour l'architecte, 45% en mission de base seule pour les bureaux d'études (répartis de façon synthétique en 13% pour les études économiques, 13% pour les études structure, 13% pour les études fluides et 6% pour d'autres spécificités)" n'est plus nécessairement la solution.
Pour lutter contre les prix d'ingénierie anormalement bas qui ont cours actuellement et pour encourager les maîtres d'ouvrage à mieux répartir les honoraires entre architectes et ingénieristes, la CICF projette la création d'une association de valorisation de l'achat responsable et équitable de prestations intellectuelles. Sa mission serait d'assister la maîtrise d'ouvrage dans ses choix de rémunération de sa maîtrise d'œuvre."

Propos recueillis par Dominique Errard

 

Dominique Errard | Source LE MONITEUR.FR

 
  • Laurent FAY |

    rémunération de la maîtrise d'œuvre

    Commentaire Le seul chalenge qui doit occuper les archis comme les BE c’est d’obtenir des maitre d’ouvrages d’augmenter nos rémunérations du fait des nouveaux objectifs environnementaux. Les grands principes du développement durable doivent s’appliquer à la matière grise !
  • Sylvain Mansois |

    bet fluides,thermique et hqe

    Dans notre région le tau de base à baissé, l’architecte 60 % + parfois 5% d’apporteur d’affaire. Je sais que notre métier est ignoré. Nous sommes avec mon associé obligés de travailler 6 jours par semaine et parfois 18 heures malgré des embauches (chiffre d’affaire stable et masse salariale plus importante puisque les salaires ont augmentés de 30% en 5 ans). Formation sur 9 logiciels en 2ans pour + de 30000 euros (très élevé pour une structure de 7 personnes), sans retour sur investissement pour le moment. J’ai fait tous corps d’état chez un économiste et mon métier de base est l’architecture, alors je sais qu’il faut revoir sur la répartition des honoraires et valoriser les missions complémentaires (RT, BBC, HQE, étude de faisabilité, FLJ, études dynamiques). Ce débat arrive quand les petites structures n’en peuvent plus, le rapport honoraires / travail ne répond plus aux exigences actuelles. Le métier de bureau d’étude est en pleine évolution, il faut payer les compétences.
  • Cyril BENIGNI |

    Etonnant, non?

    Étonnant, non ? Le débat est tout juste lancé sur un point essentiel des missions de prestation intellectuelle que les architectes, leur président en tête, nous préviennent : « Non, les architectes ne sont pas des voleurs ! » C’est curieux comme phrase, non ? La CICF n’a rien dit de tel, mais les architectes sont déjà sur la défensive. On a touché à un truc auquel il ne fallait pas ? C’est une démarche légitime pour tous, de savoir précisément qui fait quoi sur un projet, combien de temps est affecté à chaque phase de la mission, par quel type de personnel, et à quel prix ! Comment voulez-vous comparer plusieurs offres entre elles sans ses éléments ? C’est uniquement cela qu’il s’agit, une façon équitable et juste d’appréciation des offres de chacun. Mais à la lumière, certains préfèrent rester dans l’ombre, pour continuer dans l’obscurité à mener leurs affaires à l’abri des regards indiscrets ! Raoul VOLFONI, membre de la CICF
  • François AMBLARD |

    Maitre d'oeuvre

    Commentaire Bravo la CICF ! Enfin quequ’un qui a le courage de dire clairement les choses en étant une force de proposition. Que chacun face le ménage devant sa porte sans poussser ses ordures devant celle du voisin. Soyons clairs entre nous pour dire ce que chacun doit faire, faisons le valider par le MOa et disons alors ce que cela coûte en additionnant les valeurs des compétences empillées. C’est aussi simple, et c’est ce que propose la CICF.
  • Laurent PIRIOU |

    BE VRD infra concerné aussi

    Je pense que les querelles ci dessus sont celles d’archi envers des BE structures, fluides. Les BE VRD Infra sont dans une autre catégorie et pour notre part l’entente avec les archis les urba et + encore les paysagiste est plutôt constructive et cordiale. Mesdames, Messieurs les architectes votre titre est tout à votre honneur, honneur qui devrait vous amener à plus de modestie. N’oublions pas que la chute vertigineuse des prix a été sinon activée, du moins aggravée, par les géo experts (expert en tout et bon à pas grand chose) qui affolés de voire leur activité de pseudo urba-ingénieur-paysagiste-hydraulicien-borneur de terrain dans l’immobilier, se sont rabattus sur les nôtres, cad à nous tous, pour maintenir leur niveau de CA, leur seule motivation. Architectes-urbanistes: solidarité donc! et Mesdames, Messieurs les quelques honorables géo experts, désolés pour les généralités bien fondées. Bravo au CICF dont on attend encore plus d’actions.
  • David ORBACH |

    Architecte

    Le débat est mal posé. Ce n’est pas le coût horaire qui est intéressant (il est par nature incalculable pour une opération), mais le coût total de maitrise d’oeuvre pour une opération (plus atteignable). Il vaudrait encore mieux que l’on avoue le vrai prix de construction d’un ouvrage livré, mais là je rêve.
  • Victor Martins |

    ARCITECTE

    la chasse aux architectes est de retour
  • François Haton |

    architecte

    Commentaire Les ratios type que vous évoquez sont encore bien trop élevés pour les BET, qui se comportent comme des enfants gâtés, dans un marché où, pour eux, la concurrence est absente. Qui passe des journées à monter des candidatures, à valoriser son travail et les équipes constituées, sinon l’architecte, alors que le BE se contente d’attendre que l’un des architectes qui l’a sollicité "se défonce". Architectes, un bureau d’ingénierie vous a-t-il jamais amené une affaire saine et verrouillée? Dans mon cas, cela a toujours été l’inverse.
  • Olivier ANDREOLI |

    guéguerre architectes / ingénieurs ?

    Je ne crois pas que l’objet soit d’opposer les composantes de la maitrise d’oeuvre qui ont tous besoin les uns des autres… et qui devraient plutôt se battrent tous ensemble pour freiner cette course au moins que moins côté rémunération alors que l’on nous demande plus que plus… Peut-être que l’architecte ci-dessus à force de réduire les honoraires de ses co-traitants …. s’interdise par là de s’adjoindre les compétences bien réelles de bons nombres de Bureaux d’études… Je félicite la CICF qui va dans le bon sens et remplit ainsi son rôle de fédérateur et je souhaite fortement que la sensibilisation des Maîtres d’ouvrage soit accentuée…
  • Thierry Binachon |

    ARCHITECTE

    Commentaire il serait grand temps que les BE se réveillent Les architectes assument en général la totalité du chantier Les Be pourront voir leur rémunération à la hausse lors qu’il assureront la même présence que les architectes

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