Profession

Les architectes n’ont plus le moral

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Architecte

Le conseil national de l’ordre des architectes livre sa 5e vague de chiffres sur « la profession face à la crise ». L’évolution depuis 2008 montre des professionnels inquiets, majoritairement impactés par la crise, en perte de commande publique, et plus nombreux à augmenter le contenu de leur mission pour le même prix.

49% des architectes affichent désormais leur pessimisme concernant l’évolution de leur activité dans les prochains mois. C’est ce qui ressort de l’étude réalisée par l’institut de sondage Ifop pour l’ordre des architectes*. « Alors qu’il était majoritaire et en constante augmentation parmi les architectes entre 2009 et 2011, le sentiment d’optimisme est aujourd’hui minoritaire », admet Lionel Carli, président de l’Ordre. Ainsi, seulement 46% des architectes sont optimistes concernant l’évolution de leur activité dans les prochains mois, soit une proportion en baisse de 21 points par rapport à l’enquête précédente de juillet 2011.

Ce pessimisme est plus particulièrement lié à l’ancienneté dans l’exercice de la profession : seulement 42% des architectes ayant au moins 31 ans d’exercice sont optimistes contre 57% pour les personnes ayant entre 0 et 10 années d’exercice. « Nous glissons vers un ralentissement d’activité durable sans perspective de meilleur lendemain », constate le président de l’Ordre. Ainsi, la profession constate que 2012 n’est pas l’année de sortie de crise… alors que 2013 n’offre pour l’instant guère plus d’espoir pour un redressement significatif. 

 

 

Moins d’équipements publics…

 

Globalement, le chiffre d’affaires de la profession est en repli, en particulier dans les équipements publics (29% des réponses), le logement individuel et collectif (24%), les équipements culturels et sportifs (20%). Concernant les équipements publics, la proportion des architectes affirmant que le chiffre d’affaires a tendance à augmenter décroît depuis 2010. Elle était de 12% en mars 2010, de 10% en octobre 2010 et elle est de 8% aujourd’hui. Pour les logements collectifs, elle était de 18% en mars 2010 avant de rebondir magistralement à 23% en octobre de la même année, pour finalement rechuter à 17% aujourd’hui.

Pour faire face à ces mauvais chiffres, les architectes adaptent leur stratégie commerciale : ils abaissent leurs honoraires (63% des réponses, stable par rapport à 2011), prospectent dans une zone géographique élargie (63%, +3 points), augmentent le contenu de leur mission pour le même prix (47%, +11 points) et ouvrent des activités annexes (diagnostic, expertise, etc.) (40%, stable). L’ancienneté aidant, les architectes expérimentés privilégient l’ouverture d’activités annexes, tandis que les plus jeunes élargissent plutôt leur territoire de prospection.

 

…mais toujours plus de candidats

 

Pour faire face, les architectes devraient également être plus nombreux à participer aux concours d’architecture publics : 32% d’entre eux participent ou ont l’intention de participer davantage que par le passé aux concours publics d’architecture. C’est 5 points de plus par rapport à l’enquête précédente de 2011 sans pour autant être au niveau de 2009 (38%). Ce résultat est particulièrement corrélé à la taille de l’agence : plus elle est grande, plus la participation aux concours est grande.

 

Enfin, et c’est un paradoxe, le nombre moyen de salariés en agence atteint 2,1 personnes, soit 0,4 point de plus par rapport à juillet 2011. C’est le plus haut score mesuré depuis le début de la crise. Les agences sans salarié sont moins nombreuses (- 9 points à 50%) et les agences de plus de 4 salariés sont plus nombreuses (17% du total contre 14% en 2011).

Que faut-il y voir ? De nombreuses études en cours sans réelles perspectives pour 2013 ? Un sursaut d’énergie pour conquérir de nouveaux marchés ? Ou, et c’est inquiétant, des espoirs d’activités qui ne vont pas tarder à être déçus ?

* Etude réalisée par l’Ifop pour l’ordre des architectes à partir d’interviews réalisées par téléphone du 25 juin au 2 juillet 2012, sur un échantillon de 804 architectes, représentatif de la population des architectes inscrits à l’Ordre et en activité (dont 23% de femmes).

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  • Pierre HUYARD - Le

    Monsieur Le Moniteur du BTP a le sens de l’humour!

    De l’humour vache, je veux dire. Quand j’ai commence, le Moniteur publiait la liste des Permis de Construire avec les noms de Architectes. Et, puis, les noms des architectes ont disparus… Je veux dire que les noms ont cesse d’etre publies par le Moniteur. Pourquoi? Ca fait 40 ans que les missions des architectes sont decoupees en tranches et redistribuees (a d’autres). Les Architectes ont un grand tort: ils ne font pas partie des grands corps de l’Etat et les Ecoles d’Architecture ne sont pas des Grandes Ecoles. Aujourd’hui, chers confreres (mais neanmoins concurrents) intermitents de la conception, si vous voulez sur-vivre et nourrir une famille, faites X-Ponts-Archi, … ou X-Ponts-Archi, ou Mines-Archi, ou Centrale-Archi,… Bref, ne faites pas Archi. Et puis ensuite, faites plutot du “project management” avec le maitre d’ouvrage et le financier; bien en amont de la commande architecturale. Et bien mieux paye.
  • Sylvain Garnier - Le

    Plus dure sera la chute...

    Il ne faut pas s’étonner d’une situation entretenue depuis des décennies avec un marché privé individuel qui échappe toujours aux architectes. L’Ordre aurait plus d’efficacité à faire valoir l’intérêt général des accédants à la propriété en mettant en exergue la qualité des projets et la compétence des confrères pour intégrer l’Europe de l’architecture où aucun acte de bâtir quel qu’il soit ne peut être entrepris sans architecte et / ou ingénieur. On ne peut se lamenter éternellement d’une situation que l’on entretien. La réglementation est plétorique, la responsabilité est croissante mais la rémunération part à volo par le jeu d’une concurrence de « prix » justifiée par la survie… Quel avenir prometteur !!! Réveillez-vous Salutations confraternelles.
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