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Mises en chantier, négoce… zoom sur les indicateurs du BTP
Françoise Vaysse | 29/01/2010 | 19:35 | Conjoncture
Des statistiques de la construction pour 2009 quelques peu déprimantes, le négoce bâtiment en petite forme, des défaillances en progression… mais le marché du logement ancien reprend quelques couleurs et les entreprises des TP sont moins pessimistes.
Promotion : vers un redémarrage des mises en chantier ?
Selon l'enquête trimestrielle de conjoncture dans la promotion immobilière menée en janvier par l'Insee, les chefs d'entreprise font état d'une nouvelle hausse de la demande de logements destinés à la location et d'un redressement de la demande de logements à acheter. Surtout, le solde d'opinions entre ceux qui ont l'intention de mettre en chantier des logements et ceux qui ne le prévoient pas est redevenu nettement positif (10). Il faut remonter à octobre 2007 pour retrouver un solde positif. Les promoteurs sont moins nombreux à prévoir une baisse des prix (voir graphique).
Logements : la construction à la peine
333.247 logements ont été mis en chantier en 2009, soit 16,7% de moins qu'en 2008, selon les statistiques du MEEDDM qui sont susceptibles d'être corrigées en janvier. Ce chiffre concerne la France entière. Pour la seule métropole, il baisse à 321.605. En outre, à la suite des modifications statistiques apportées en cours d'année par le ministère, il se décompose entre 298.778 logements neufs (- 16,1%) et 34.469 logements réalisés sur des bâtiments existants.
Les mesures de soutien prises en faveur des promoteurs ne font pas encore sentir leurs effets : le logement collectif baisse de 19% là où la maison individuelle - qui bénéficie aussi du doublement du prêt à taux zéro - recule de 17,9% (France entière, toutes constructions confondues). Régionalement, on voit Rhône-Alpes caracoler en tête des bâtisseurs, avec 40.092 logements commencés l'an passé (- 19,5%), suivie par l'Ile-de-France (34.412, - 18,1%, la moitié de l'objectif annoncé par Nicolas Sarkozy). Paca affiche un recul de 29%, à 19.811 logements là où Languedoc-Roussillon ne baisse que de 5,6% (24.939).
Les tendances les plus récentes montrent une amélioration qu'il faut relativiser car les statistiques sont comparées au dernier trimestre 2008, déjà déprimé: le nombre de logements commencés baisse de 10,6%. L'individuel pur reste aussi mauvais alors que le recul du collectif n'est plus que de 7,5%. Une tendance que ne confirme pas l'analyse des autorisations de construire du trimestre : en baisse globale de 7,3%, elles se replient de 1,5% dans l'individuel pur et de 18,7% dans le collectif. Le MEEDDM précise que ces chiffres là sont définitifs. Cumulés sur douze mois, les permis de construire tombent à 397.310 logements (France entière) : « Il faut remonter à novembre 2003 pour observer un cumul sur douze mois inférieur à 400.000 logements autorisés », écrit le ministère.
Moins de 28 millions de m2 de locaux non-résidentiels mis en chantier en 2009
Les mises en chantier de locaux non-résidentiels ont chuté de 22,8% en 2009 pour ne s'établir qu'à 27,9 millions de m2 (France entière). Les plus gros postes de la commande privée ont été particulièrement déprimés : l'industrie avec - 39,8%, dépasse à peine les 5 millions de m2 ; en recul de 28,1%, les bureaux n'atteignent pas les 3,5 millions ; les commerces, en repli de 16,8%, sont à 3,88 millions de m2. La tendance trimestrielle n'est guère meilleure au niveau général (- 21,9%) et encore plus déprimée pour les trois secteurs privés analysés : - 57,5%, - 22,9% et - 25,7% respectivement. Régionalement, les mises en chantier s'effondrent de 31% en Ile-de-France. Avec 3 millions de m2 commencés, cette région dépasse à peine Rhône-Alpes (- 17%).
Les autorisations de construire sont bien meilleures : le recul est limité à 10,7% sur l'année mais il remonte à - 14% au dernier trimestre (comparé à un quatrième trimestre 2008 déjà en crise). Les performances du privé restent moroses avec - 33,7% pour les bureaux et - 43,2% pour l'industrie. Paca redémarre, avec une hausse de 11,9% des permis de construire, à près de 2,5 millions de m2
Commentaire : attention à ces statistiques, polluées par les difficultés statistiques du ministère : les chiffres des mises en chantier sont susceptibles d'être corrigés le mois prochain.
Ancien : retour à la normale en Ile-de-France ?
Les notaires Paris-Ile-de-France notent une hausse de 17% du nombre de logements anciens vendus dans la région pendant les mois de septembre, octobre et novembre. On rattrape ainsi une partie du terrain perdu l'an passé (- 26%). Sur 2009, le nombre de transactions devrait se situer aux alentours de 120 .000 logements, la baisse étant ramenée à 15%. Elle a été forte au premier semestre mais « le second semestre marque plus un retour à un rythme normal de fonctionnement qu'une étape déterminante vers une reprise durable », selon les notaires.
La baisse des prix est sur un rythme annuel de 7% (- 5,6% à Paris). Sur les trois mois étudiés, on enregistre une hausse de 1% (+ 1,6% à Paris). « La stabilisation des prix semble donc toujours d'actualité », notent-ils.
Commentaire : Tous les acteurs s'accordent à considérer que la solidité de la reprise du logement dépend du redémarrage de la secondo-accession. Ils suivent donc avec une attention toute particulière l'évolution du marché de l'ancien, qui conditionne la reprise des reventes. A noter toutefois que l'Observatoire Crédit logement/CSA, piloté par le professeur Michel Mouillart, fait état en décembre "d'un palier dans le mouvement de baisse des taux amorcé en novembre 2008". Mais, depuis cette date, ils ont reculé de 136 points de base.
Négoce : - 5,5% en décembre
Le chiffre d'affaires du négoce bâtiment calculé par I + C pour le Négoscope de notre confrère Négoce a reculé de 5,5% en décembre, ce qui porte à 9,4% sa baisse en valeur sur l'année. Ce sont les spécialistes du bois et le négoce matériaux qui sont les plus touchés. Géographiquement, le Nord-Ouest est la région dans laquelle l'activité baisse le plus.
Construction : Progression du nombre de défaillances en août
Le nombre de défaillances d'entreprises jugées au mois d'août a progressé en août, s'élevant à 1354 (CVS-CJO) contre 1307 en juillet et 1281 en juin.
Travaux publics : l'Insee un peu plus positive
Dans son enquête trimestrielle de conjoncture, l'Insee fait état d'un meilleur moral des entrepreneurs : « selon les chefs d'entreprises, le repli de l'activité a été moins prononcé au quatrième trimestre ». « La contraction de l'activité a continué de s'atténuer sur la période récente », assure l'institut au vu des enquêtes d'opinion, avant d'ajouter que « l'activité se contracterait au même rythme au cours des trois prochains mois ». « Les entrepreneurs sont moins nombreux qu'en octobre à juger leurs carnets de commandes inférieurs à la normale pour cette période de l'année ».
Les artisans plus pessimistes que les entreprises de plus de 10 salariés
Les artisans du bâtiment, interrogés en janvier par l'Insee, se montrent moins optimistes que les chefs d'entreprises de plus de 10 salariés : alors que le entreprises de plus de 10 faisaient état la semaine dernière d'un « maintien » du climat conjoncturel et s'attendaient à une contraction moins forte de l'activité au cours des trois prochains mois, les artisans estiment que « l'amélioration du climat conjoncturel marque le pas » et que la construction de l'activité « pourrait être plus marquée au cours des trois prochains mois ».
Commentaire : Il faut peut-être trouver la réponse à ce paradoxe dans la maison individuelle, dont les mises en chantier ne flamboient guère, tandis que l'éco-prêt à taux zéro tarde à faire sentir ses effets.
Parole de patron
Nicolas Vuillier, président de l'Union nationale des producteurs de granulats
« La production d'un major en moins en un an »
« A partir du 3e trimestre 2008 jusqu'à la fin 2009, nous avons été sur un toboggan assez raide, puisque nous sommes revenus en 2009 aux volumes que nous avions connus en 1999 (380 millions de tonnes). En 2007 et jusqu'à l'été 2008, nous atteignions des niveaux historiques. Nous sommes revenus, sur une période très courte, dix ans en arrière : 50 millions de tonnes en moins, c'est comme si la production d'un de nos trois majors avait disparu dans l'année.
Nos entreprises ont dû s'adapter rapidement : elles ont fait preuve de sang-froid, gérant au mieux les équipes sans générer trop de stocks excédentaires. Cette chute de production n'a pas entraîné de rachats d'entreprises, peut-être se passera-t-il des choses en 2010-2011.
Sur la suite de l'année 2010, nous ne savons pas si nous serons au niveau de 2009 (le meilleur des cas) ou toujours dans une baisse estimée dans le pire des cas à 5 %. En 1999, nous n'étions pas en crise économique, le volume n'était pas considéré comme celui d'une mauvaise année. Nous pouvons encore résister à ce niveau, même si c'est moins confortable qu'en 1999 car nos coûts de revient ont progressé en dix ans. En revanche, si nous devons atteindre les volumes des années 1994-1995 (320 millions de tonnes), des adaptations lourdes sont à attendre ».