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Indicateurs : les défaillances d’entreprises augmentent dans le BTP
Axelle Saada | 24/09/2009 | 17:31 | Vie de l'entreprise
Les experts le confirment : le BTP connaît toujours un fort taux de sinistralité. Baisse des prix et assèchement du carnet de commandes en sont les principaux responsables.
Les chiffres des analystes confirment les difficultés rencontrées sur le terrain par les entreprises, tout en les nuançant. Ainsi, selon Euler Hermès Sfac, les défaillances dans la construction avaient augmenté, à fin août 2009, de 23,7% par rapport à août 2008. Ce chiffre, qui était à 16,4% à fin juin, montre bien "une accélération dans la dernière période", comme l'indique Laurent Bonhoure, conseiller sectoriel chez Euler Hermes Sfac. Lequel souligne toutefois que "le nombre de défaillances croît au même rythme que celui de l'économie française dans son ensemble", qui affiche, tout secteur confondu, une hausse des défaillances de 22,7% à fin août 2009. Le constat est sensiblement le même pour Thierry Millon, directeur des études chez Altares, spécialiste de la connaissance inter-entreprises : "Dans un contexte encore sévère mais qui se détend, le bâtiment conserve sur 8 mois une évolution de + 24 % des défaillances, contre 18 % pour l'ensemble des entreprises", explique-t-il.
Chaque mois, ce sont désormais, en moyenne, entre 1500 et 1700 entreprises du secteur qui déposent le bilan - pour une grande majorité des entreprises de bâtiment, les travaux publics ne représentant qu'une part minime de ces défaillances. Pascal Gillette, expert-comptable et commissaire aux comptes (cabinet Dauge et associés) constate quant à lui que "la plupart des défaillances concernent des entreprises qui étaient déjà fragilisées, et ne pouvaient encaisser à la fois une perte de clients, et des prix si tendus."
Parmi les activités les plus touchées, Euler Hermes Sfac met en avant le terrassement, la maçonnerie, ou encore les travaux de second œuvre et de finition tels que la plâtrerie, la menuiserie, la peinture et le revêtement de sol. En outre, les analystes notent désormais une représentativité de plus en plus forte des PME de plus de 50 salariés parmi les sociétés défaillantes. Une tendance qui n'est pas sans conséquence en termes d'emplois : ainsi, selon Euler, à fin juin 2009, 254500 salariés étaient concernés sur les douze mois précédents, par la défaillance de leur entreprise, la construction représentant 20% de ces emplois.
La faute à la LME ?
Même si le premier bilan de la réduction des délais de paiement issue de la loi de modernisation de l'économie (LME) ne pourra se faire qu'en 2010, à partir des comptes de 2009, les experts en tempèrent toutefois déjà les effets sur l'hécatombe des derniers mois. "Si la LME a eu immanquablement un effet négatif sur les entreprises, elle n'est pas responsable de leur défaillance, avance ainsi Thierry Millon, directeur des études d'Altares. Elle a simplement accru leur déficit de trésorerie, lequel est d'abord imputable à l'assèchement du crédit, et à la perte de clients. En outre, il est important de rappeler que le secteur du bâtiment, bénéficiaire d'accords dérogatoires, est loin d'être le plus mal loti."
Pour autant, les grandes entreprises du secteur se plaignent du coût de la LME en termes de trésorerie. Pour Laurent Bonhoure, d'Euler Hermes Sfac, cela s'explique en partie par le fait que, traditionnellement, elles paient plus tardivement que les petites structures. "Elles vont devoir payer plus tôt, sans pour autant être payées sensiblement plus vite en retour, explique-t-il. Il est certain qu'elles auront une trésorerie moins belle, aggravée par la diminution de leur carnet de commande."
Certains experts déplorent toutefois l' "effet ciseau" induit par la LME, qui limite la possibilité, pour les fournisseurs, de répercuter des délais de paiement particulièrement longs pratiqués par certains donneurs d'ordre publics. "Il n'est pas rare de voir des Administrations exiger que des situations de travaux soient refaites deux ou trois fois avant de commencer à calculer les délais de paiement... ce qui les repoussent d'autant !" s'insurge l'un d'eux. Des procédés déloyaux qui, dans le contexte actuel, peuvent être lourds de conséquences.