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La SNCF crée une société privée de travaux
Laurence Francqueville | 27/01/2012 | 11:39 | Transport et infrastructures
La SNCF créera, en février, une filiale de droit privé pour réaliser des travaux de voies, de maintenance et de caténaires. Son objectif : se mettre sur le champ concurrentiel. Une décision qui inquiète naturellement au plus haut point les entreprises privées du secteur.
Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Ecologie, et Thierry Mariani, ministre des Transports, ont présenté jeudi 26 janvier les premières mesures mises en oeuvre suite aux Assises ferroviaires qui se sont terminées le 15 décembre. L’une d’elles vise à fixer un objectif de gains de productivité dans la conduite des travaux d’entretien et de maintenance. Il devrait être atteint grâce à l’unification des métiers de gestion de l’infrastructure, actée lors des Assises, mais dont le projet opérationnel ne sera remis qu’au printemps par les services de l’État. Le président de la SNCF a d’ores et déjà proposé à son conseil d’administration un engagement d’amélioration de la productivité d’environ 1,5 % par an sur chacun des métiers de l’entretien et du renouvellement, sur la période 2013-2020, à compter de l’unification des métiers de gestion de l’infrastructure (0,8% par an avant). Le ministère indique qu’un tableau de bord devra permettre de suivre les volumes de travaux réalisés dans le cadre des futures conventions d’entretien, ainsi que la productivité réalisée.
Bras de fer SNCF – RFF sur la maîtrise des travaux
Parallèlement, la SNCF a présenté le 24 janvier à son comité central d'entreprise son projet de créer en février une filiale de droit privé pour réaliser des travaux de voies, de maintenance et de caténaires. Cette société emploiera des salariés dépendant de la convention ferroviaire (moins avantageuse que le statut de cheminot), nous confirme SNCF Infra, qui regroupe 33 000 personnes et réalise 5,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires en réalisant les travaux ferroviaires principalement pour le compte de Réseau Ferré de France, le gestionnaire de l’infrastructure. «Il s'agit d’être à armes égales sur le champ concurrentiel lors d'appel d'offres, face à Colas Rail ou Vinci», précise la SNCF. L’objectif étant de proposer au maître d’ouvrage des prix « de marché » puisque RFF estime que les entreprises privées pratiquent des tarifs 20 à 25% inférieurs à ceux de SNCF Infra. Hubert Dumesnil, président de RFF, l’avait déjà évoqué à plusieurs reprises : il faut réduire les coûts. Une manière de mettre la pression sur la SNCF, qui livre là une première solution. Cela démontre en tout cas que le bras de fer avec la SNCF est bel et bien engagé pour reprendre le pouvoir sur la gestion de l’infrastructure.
Inquiétude des entreprises
Cette initiative interpelle les entreprises du secteur, dubitatives sur son impact sur les prix pratiqués et préoccupées de sa structuration précise: cette société sera-t-elle dotée de moyens matériels et humains propres ou profitera-t-elle de ceux de sa maison-mère. Pour l’instant, la SNCF n’en dit pas plus. Selon Le Figaro, elle compterait une centaine de personnes et table sur un chiffre d’affaires de 17 millions. « Comment la SNCF, mandatée par RFF, va-t-elle pouvoir être à la fois maître d’œuvre et choisir, pour réaliser les travaux, entre sa propre filiale et une entreprise spécialisée indépendante», s’inquiète Philippe Imbert, président du syndicat des entrepreneurs de travaux de voies ferrées de France (SETVF). De là à y voir un problème de concurrence déloyale, il n’y a qu’un pas…