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Le BTP, nouveau dieu du stade
Michel Dalloni et Jean-Marc Matalon | 25/11/2011 | 16:10 | Transport et infrastructures
© Max Lerouge/Elisa/valode&Pistre Architectes/Atelier Ferret Architectures.
Chantier du Grand Stade de Lille Métropole, hissage de la toiture.
A travers des PPP et autres BEA, le secteur privé – et notamment les entreprises de construction- est désormais en première ligne pour financer la réalisation et la modernisation de grands équipements sportifs. A l’heure où se prépare l’Euro 2016 dans onze villes françaises, cette évolution est jugée irréversible par les spécialistes
Quels partenariats pour organiser un grand évènement sportif ? Ce thème d’actualité a fait l’objet d’une table ronde très suivie à l’occasion du salon des maires et des collectivités locales, le 23 novembre à Paris. Organisé par notre confrère « Acteurs du sport », le débat a notamment permis de faire le point sur la meilleure manière de répondre aux conditions draconiennes imposées aujourd’hui par les instances sportives internationales aux Etats et fédérations candidats à l’organisation d’une compétition d’envergure mondiale. A la tribune, David Douillet, ministre des sports, Bernard Amselem, président de la fédération française d’athlétisme, et Jacques Lambert (photo), président d’Euro 2016 SAS, société d'organisation de l’Euro 2016, se sont appliqués à décortiquer les processus mis en œuvre pour bâtir un dossier de candidature solide et réaliser ensuite les équipements destinés à accueillir des millions (2,5 millions pour l’Euro 2016) de spectateurs.
Cahiers des charges draconiens
Pour obtenir le droit d’organiser sur leur sol un championnat d’Europe de football, une coupe du monde de rugby, des Jeux olympiques, ou tout autre évènement de portée planétaire, Etats et collectivités territoriales doivent, en effet, se doter d’infrastructures obéissant à des cahiers des charges particulièrement exigeants. Les normes très précises concernant la jauge de l’équipement, le confort des spectateurs, le développement durable ou l’organisation des retransmissions télévisées viennent s’ajouter aux exigences de la réglementation nationale portant sur la sécurité et l’accessibilité. Aligner les stades français sur les standards modernes des grands stades européens est d’autant plus coûteux que la France a, ces dernières décennies, construit très peu de stades neufs capables d’accueillir des compétitions internationales (seulement 3 trois enceintes de plus de 30 000 places depuis 1945). Ceci oblige les villes d’accueil à imaginer des montages financiers, juridiques et opérationnels compatibles avec des budgets publics extrêmement tendus.
« Bien sûr, instances sportives internationales et nationales, Etats et collectivités, restent le « noyau dur » de l’organisation, mais autour de ce noyau dur se nouent désormais des partenariats à géométrie variable, impliquant des partenaires privés, sans lesquels beaucoup d’infrastructures ne pourraient voir le jour », devait souligner Jacques Lambert. L’ancien préfet, véritable cheville ouvrière des JO d’Albertville ou de la Coupe du monde 1998, jugeait par ailleurs « de plus en plus incontournable » le rôle joué par les opérateurs privés dans le montage des plans de financement.
« Sans eux, il serait impossible de financer la construction et la modernisation de la plupart des stades de l’Euro 2016 », indiquait Jacques Lambert en rappelant que pour la prochaine épreuve organisée dans l’Hexagone, l’intervention du secteur privé représentera les deux tiers des financements mis en œuvre pour la construction et la rénovation des stades. L’enveloppe globale de 1,8 milliard d’euros permettra de construire quatre nouveaux stades (Lille, Lyon, Bordeaux et Nice) et de réaliser six rénovations majeures (Marseille, Paris, Lens, Saint-Etienne, Nancy, Toulouse), un seul stade (Saint-Denis) étant globalement aux normes.
Les constructeurs en première ligne
« Le BTP joue un rôle décisif dans notre dispositif, précisait Jacques Lambert. En étant impliqués dans les PPP (partenariats publics-privés) et les BEA (baux emphytéotiques administratifs), les grands groupes du secteur de la construction et leurs partenaires assument une part du risque financier et rentabilisent leur investissement sur longue période grâce aux recettes d’exploitation. Leur intervention est d’autant plus indispensable qu’il s’agit de réaliser des ouvrages techniquement et architecturalement très complexes ». Le responsable de l’Euro 2016 soulignait par ailleurs «l’immense impact de ces projets sur les territoires concernés » (voir par exemple la transformation radicale de la Plaine Saint-Denis depuis la construction du Stade de France).
« Pour une ville ou une agglomération, se doter d’un grand équipement dans le cadre de l’organisation d’une épreuve de dimension internationale, c’est la garantie de bénéficier d’une activité économique supplémentaire avant, pendant et après le chantier et de développer la fréquentation touristique et l’activité commerciale pendant l’évènement. Mais c’est aussi l’opportunité de s’offrir une exposition médiatique exceptionnelle, d’acquérir une visibilité mondiale», ajoutait Jacques Lambert.
Un avis partagé par Bernard Amselem, qui observait que « les entreprises ont également tout à gagner à se positionner sur les équipements sportifs ». « Ces opérations constituent pour tous les acteurs un extraordinaire vecteur de communication », poursuivait le patron de l’athlétisme national.
De son côté David Douillet estimait que le savoir-faire des entreprises françaises en matière d’infrastructures sportives doit être mieux valorisé à l’international. « Il y aura à l’avenir d’importantes parts de marchés à conquérir à l’export, observait le ministre. Je souhaite d’ailleurs créer un comité stratégique pour aider nos entreprises à mieux se positionner sur les opérations liées aux grands évènements sportifs organisés dans le monde ». L’ancien champion du monde de judo annonçait également la mise en place d’un comité « grands équipements ».
« Sa mission consistera à préparer les futures candidatures françaises, car pour décrocher l’organisation d’une manifestation de l’ampleur des Jeux olympiques ou d’un mondial de football, il y a en amont plusieurs décennies de travail », ajoutait David Douillet.